Il y a quelques mois nous ouvrions dans nos colonnes une nouvelle rubrique intitulée Visages d'un jour qui se focalisait essentiellement sur ces acteurs d'un jour ou d'un film dont on ne sait quasiment rien et qui disparurent pour la plupart sans laisser de trace. Il font pourtant partie intégrante de ce paysage cinématographique qui est le notre. Non seulement ils ont bel et bien leur place dans notre grand musée du souvenir mais revoir et mettre un nom sur ces visage trop souvent anonyme devrait en ravir plus d'un amateur de cinéma de genre. Après Gianluca Farnese, Settimo Segnatelli et Claude Maran, braquons aujourd'hui nos projecteurs afin de mettre en lumière trois figures christiques, un dieu, un ange et un démon, à savoir Franco Pugi, Fabio Meyer et Robert Egon.

Si son visage et encore plus son nom sont pour beaucoup totalement inconnus, il n'en demeure pas moins pour tout ceux qui ont fait de son seul et unique film une sorte d'oeuvre culte un véritable symbole christique. Et le terme dans ce cas précis n'a jamais été aussi parfait pour qualifier un acteur. En effet, le jeune Franco Pugi fut en 1979 le principal protagoniste du film qui lança la carrière du réalisateur
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Antonio D'Agostino, La cerimonia dei sensi / Cérémonie des sens. Franco y incarnait un étrange jeune cascadeur qui suite à un accident se retrouve plongé dans le coma. Oscillant sans cesse entre rêve et réalité, D'Agostino, un des pionniers du hardcore transalpin, nous entraine dés lors dans un inquiétant voyage durant lequel Franco se transforme en une sorte de nouveau messie, une réincarnation du Christ doté de bien mystérieux pouvoirs qui erre dans cet univers qui se veut une revisitation non cachée de Salo et les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini .
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Certainement choisi pour une certaine ressemblance avec le Christ, Franco disparut comme il était apparu après cet unique coup d'essai devant la caméra. Si D'Agostino a tout au long de sa carrière toujours aimé avoir recours à des comédiens professionnels ou non qui lui étaient propres, se créant ainsi son petit univers d'acteurs, Franco Pugi fait partie de ces noms mystère dont on retiendra surtout la beauté et sa facilité à jouer nu. Pour ses admirateurs et gageons qu'ils sont nombreux il restera ce Dieu qu'il était censé incarner à l'écran, superbe jeune homme aux cheveux longs, au corps longiligne et velu que nous pûmes admirer dans ce qu'il avait de plus intime. Voilà de quoi faire oublier ses piètres talents d'acteur.

Des yeux d'un bleu limpide, des cheveux blonds comme les blés, un regard candide, un magnifique corps d'éphèbe, un seul adjectif pouvait qualifier ce jeune acteur qui traversa telle une météorite le paysage du cinéma de genre transalpin: angélique. Bien difficile de ne pas succomber au charme de Fabio Meyer, un jeune acteur inconnu découvert chez Umberto Lenzi en 1982 dans son remake du Lagon bleu Due gocce d'acqua salata. Telle une Vénus au masculin, il sortit de l'onde ou plutôt de la carcasse d'un avion afin de séduire outre le spectateur la toute aussi blonde Sabrina Siani, seule rescapée d'un crash aérien.
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Durant 90 minutes les deux jeunes naufragés allaient se chercher, se découvrir, s'aimer puis se donner l'un à l'autre sur le sable chaud balayé par les vagues de couleur émeraude comme le firent deux ans plus tôt Brooke Shield et Christopher Atkins à qui Fabio n'a rien à envier. Torse nu, vêtu d'un jean fabio_meyer_8.jpgou tout simplement d'un cache sexe qu'on aurait aimé qu'il perde, Fabio s'inscrivait soudain directement dans la catégorie des sexy divo à qui on aurait pu prédire une jolie carrière. Malheureusement celle ci sera de courte durée puisque le cinéma le bouda à moins qu'il ne fut guère sa priorité première. On ne reverra Fabio que trois ans plus tard dans l'intéressant The Assisi underground dans lequel il apparait brièvement dans la peau d'un soldat SS. Il faut attendre 1987 pour que Fabio ne réapparaisse sur nos écrans et incarne de nouveau un personnage de premier plan. Il est en effet le fils incompris et frustré de Al Cliver dans une petite production érotique signée Bruno Gaburro Laura oggetto sessuale.
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Ceux qui jadis avaient succombé à son irrésistible charme pourront enfin le retrouver, plus séduisant que jamais, dans cette traditionnelle histoire d'adolescent mal dans sa peau amoureux d'une femme mature. Troublé par Laura, une ex-amie de son père et prostituée de luxe jouée par la charnelle Simonetta Caro, Fabio perdra sa virginité dans ses bras. Située une fois de plus au bord de la mer, le regard bleu de Fabio épouse à merveille l'azur de l'eau et c'est ravis que ses admirateurs pourront enfin l'admirer nu lors de la torride scène finale. Ce sera là l'ultime apparition de Fabio sur le grand écran puisqu'il disparut par la suite sans laisser de trace pas même dans l'esprit de Gaburro qui ne se souvient guère de lui, le qualifiant d'acteur anecdotique. Une chose est quant à elle certaine, ses fans pour qui il est loin d'être une anecdote se rappellent très bien de lui et de sa beauté angélique, son regard pur brilleront encore longtemps dans nos esprits.

Beaucoup plus dense et malheureusement plus tragique est l'histoire de ce troisième jeune acteur dont la plupart d'entre vous se souvienne de son apparition remarquée dans Les fantômes de sodome de Lucio Fulci. Robert Egon y incarnait Willy, un jeune soldat SS au regard de glace dont la beauté du visage tranchait avec le coté sadique de son personnage.
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De son véritable nom Robert Egon Spechtenhauser, Robert Egon s'il a très tôt émigré à Rome, est né à Sindelfingen en Allemagne de l'ouest le 19 février 1966. Passionné d'art depuis sa plus tendre enfance, Robert fait de cette passion sa priorité. Il entame donc des études d'arts, de musique et de photographie dont il sort diplômé et parallèlement il fait son entrée dans l'univers du 7ème art à l'âge de 21 ans. C'est Giuliana Gamba qui lui offre cette chance en lui proposant un des rôles principaux de Profumo aux cotés de Florence Guérin. Robert incarne le jeune garçon Robert_Egon_2b.jpgsoumis aux fantasmes sadomasochistes et pervers de Florence qui le sodomise avec une brosse et le travestira. Pour ce premier rôle bien peu évident, Robert, très souvent nu, irradie littéralement l'écran de sa troublante beauté androgyne. Suivront l'année suivante le film musical Voglia di rock de Massimo Costa avec Karl Zinny et surtout Les fantômes de sodome dans lequel toujours aussi androgyne il joue Willy, le soldat nazi au regard glacial qui tourmente les protagonistes. La seule présence de Robert sauve le film de la catastrophe, unique atout de ces Fantômes. Il est également au générique de Massacre de Andrea Bianchi. S'il est au générique de Un gatto nel cervello de Fulci il s'agit simplement de quelques séquences empruntées au Fantômes de sodome.
Hormis le grand écran Robert s'adonne également au théâtre expérimental et tourna quelques courts métrages aujourd'hui invisibles. Sa carrière en tant qu'acteur sera brève. Il apparait au générique de Captain America, Francesco et My own private Idaho dans lequel il joue un prostitué italien aux cotés de Massimo Di Cataldo.
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Ce ne seront toujours que de petits rôles, de courtes apparitions et c'est en 1993 que Robert met un terme à sa carrière d'acteur qui pour lui n'a toujours été qu'une parenthèse. Il avouait ne pas aimer ce métier encore moins les films dans lesquels il avait joué hormis Voglia di rock car il s'était beaucoup amusé sur le tournage. En fait Robert détestait l'univers du cinéma et c'est la raison pour laquelle il décida d'arrêter. S'il eut un temps une agence de cinéma à Parioli, seul l'art l'intéressait vraiment. C'est à la peinture, au graphisme et à la photographie que sa nouvelle vie allait être désormais dédiée.
Malheureusement, la vie fut cruelle avec Robert. Il fut victime d'un terrible accident qui l'obligea à se retirer un temps. En 2008, Robert s'installa à Torvaianica où il poursuivit ses activités artistiques. Le sort s'acharna sur le malheureux jeune homme et il nous quittera beaucoup trop tôt le 30 janvier 2010 à l'âge de 44 ans.
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