Due gocce d'acqua salata est certainement l'ersatz le plus insipide du Lagon bleu dont il reprend l'intégralité du scénario. La question qui vient immédiatement à l'esprit est quel fut le but de Luigi Russo, spécialiste de la comédie érotique, lorsqu'il mit en chantier ce copier-coller du film de Randall Kleiser si ce n'est passer quelques semaines de vacances au soleil sur une île paradisiaque. On ne peut même pas dire que Due gocce d'acqua salata est un mauvais film puisqu'il n'y a pas de film pour ainsi dire, son scénario étant réduit au maximum.
Suite au crash de leur vol, deux adolescents se retrouvent sur une île déserte où ils vont découvrir l'amour et vivre quelques péripéties aussi palpitantes qu'une aventure de Martine à la plage. Le problème avec le film n'est pas son scénario-confetti mais l'indigence de l'ensemble et le je-m'en-foutisme qui s'en dégage. L'ouverture est une catastrophe et c'est bel et bien ici le terme adéquat. Peu concerné par l'explosion de son avion, Russo secondé par son comparse habituel Enzo Doria se contente de filmer quelques trente secondes une maquette d'avion ridicule sur fond d'images de ciel zébré d'éclairs, puis quelques bulles d'eau afin, de simuler le naufrage de l'épave pour finalement nous présenter les deux survivants, deux adolescents flottant sur une bouée, heureux de se rencontrer sur une vague.
Aucun préambule, nous ne verrons même jamais les 178 autres passagers dont nous parle. Nous voilà immédiatement emportés sur une magnifique île déserte comme si cela était l'objectif premier de Russo. Et ce ne sera pas la compassion ou la psychologie qui étouffent nos deux beaux survivants puisque à aucun moment ils ne semblent concernés par la mort de leurs compagnons de vol fantômes encore moins traumatisés par le cauchemar qu'ils viennent de vivre. Le film accumule alors dans la plus totale désinvolture les dialogues les plus ineptes qui soient, d'une banalité déconcertante, presque incongrus vu les circonstances, tant et si bien qu'on arrive à se demander s'ils sont bêtes ou tout bonnement inconscients.
Ils ne pensent donc qu'à folâtrer sur la plage, rêver de glace à la vanille et même danser au son d'un magnétophone qui diffuse un air disco insupportable. Peu importe le danger, leur avenir ou leur survie, les jours passent et ils ne font que nager, faire du surf et se promener dans la forêt jusqu'au jour où ils vont enfin éprouver une certaine attirance physique. Le désir monte enfin mais il ne faudrait pas qu'il monte trop vu le microscopique string que s'est fabriqué l'adolescent... même si cela ne nous dérangerait pas le moindre du monde, bien au contraire! Reste à savoir s'ils se laisseront aller ou non à la tentation. Russo va faire durer ce lourd suspens jusqu'à la dernière bobine donnant ainsi une raison au public de visionner jusqu'au bout cette tropicale idylle. Vu les circonstances et la féerie de l'endroit, on aurait pu penser que Russo fasse part belle à l'érotisme. Que nenni! Pas une once d'érotisme à l'horizon et les quelques rares séquences de romance sont d'une telle fadeur qu'elles tombent totalement à... l'eau. Même la fameuse scène où nos deux tourtereaux perdront leur virginité est ratée. Russo se contente de filmer pudiquement les deux corps nus serrés l'un contre l'autre, le poing de son héroïne se crispant de plaisir sur le sable.
Ce n'est pas l'apparition d'un géant poilu qui fait ici office de Vendredi pour nos deux Robinson qui pimentera les aventures de nos deux jeunots. Stupide, jamais drôle malgré les efforts désespérés de Russo, son arrivée fait définitivement sombrer le film dans les abysses de la crétinerie jusqu'au final plus que prévisible.
Pourtant tout aussi absurde que soit Due gocce d'acqua salata, on se surprend à le visionner avec un certain plaisir si menu soit il. Peut être est ce dû aux flots bleu turquoise, la plage de sable blanc baignée de soleil, la beauté de ces forêts vierges et de leurs cascades cristallines le tout entrecoupé de stock- shots animalier. Due gocce d'acqua salata est un beau défilé de cartes postales où s'étalent les formes de la blonde Sabrina Siani enfin sortie de l'Heroic fantasy, toujours aussi peu avare de ses charmes et toujours aussi peu charismatique. Sabrina tourna la même année une autre aventure tropicale sous la direction cette fois de Umberto Lenzi, Incontro nell'ultimo paradiso. A ses cotés, certainement choisi pour sa ressemblance avec Christopher Atkins dont il emprunte même le string de fortune, le séduisant Fabio Meyer, véritable bimbo boy dont le vert des yeux n'a d'égal que le bleu de l'océan. On le reverra cinq ans plus tard dans une polissonnerie aux cotés de Al Cliver, Laura oggetto sessuale.
Hormis apporter un peu de soleil et de rêve un soir d'hiver, le film de Russo n'a ni su profiter de la beauté des paysages ni de la beauté de ses deux protagonistes, pas même des possibilités qu'offrait le scénario. C'est une farce tropicale bien fade devant laquelle on somnole comme on somnole sous le soleil estival allongé sur son transat.