La vengeance du faucon

Autres titres: Banovic Strahinja / The Falcon / Revenge of the falcon / Il Falcone / Der falke / Falken
Réal: Vatroslav Mimica
Année: 1981
Origine: Yougoslavie / Allemagne
Genre: Drame / Aventures
Durée: 100mn
Acteurs: Franco Nero, Dragan Nikolic, Sanja Vejnovic, Rade Serbedzija, Nikola-Kole Angelovski, Gert Fröbe, Stojan Arandjelovic, Rados Bajic, Mirko Boman, Gisela Fackeldey, Mirjana Kauzlaric, Zlatko Madunic, Charles Millot, Vladimir Oblescuk, Igor Galo, Nina Palmers-Karin, Bozidar Pavicevic-Longa, Petra Peters, Neda Spasojevic, Janez Vrhovec...
Résumé: Dans l'ancienne Serbie, en l'an 1388, des pillards turcs attaquent le domaine fortifié du brave Banovic Strahinja, tuent la plupart des villageois et enlèvent sa femme Ania. Strahinja se voit refuser l'aide de son beau-père, le Duc Bogdan, pour retrouver Ania. Il part donc sauver sa femme des griffes du terrible Alija en compagnie d'une bande de forçats...
1388 en Serbie. Des pillards renégats turcs avec à leur tête le redoutable Alija surnommé le Diable de l'Anatolie pénètrent dans la région frontière du Kossovo. Ils ont pour objectif de piller et s'emparer de l'or du domaine fortifié où vit le noble Banovic Strahinja surnommé le Faucon de Serbie et son épouse Ania, fille du duc Bogdan. Les hommes d'Alija profitent de l'absence de Strahinja parti à la chasse pour prendre d'assaut le village et massacrer hommes, femmes et enfants. Alia est faite prisonnière et enlever. Fou de rage Strahinja est décidé à retrouver sa femme. Il parvient à capturer Abdallah, le bras droit d'Alija. Après lui avoir soutiré des


informations il décide de le laisser en vie. Le duché de Serbie étant en pleine décomposition il est impossible à Stranhinja de former une armée pour attaquer les hommes d'Alija. Il part donc seul accompagné d'une bande de malfrats. Il est capturé par Abdallah qui à son tour lui laisse la vie sauve. Furieux Ali le condamne à être empalé. Cette même nuit, nommée la nuit du supplice, Ania qui jusque là lui avait résisté offre son corps à Ali et devient sa maitresse. Strahinja rejoint le camp d'Ali et doit maintenant l'affronter lors d'un redoutable face à face. Strahinja tue Alija et ramène Ania au château de son père. Elle va devoir y être jugée pour adultère. La loi serbe est intransigeante. La jeune femme doit avoir les yeux crevés pour


expier ses péchés. Au moment où elle s'apprête à recevoir son châtiment Strahinja décide par amour de rompre les lois et quitte le duché avec Ania qui échappe ainsi à l'atroce supplice...
Banovic Strahinja est à l'origine un personnage légendaire issu d'un célèbre poème épique serbe. L'histoire de ce noble chevalier a inspiré trois récits médiévaux dont un des plus célèbres fut adapté au cinéma en 1981 par le yougoslave Vatroslav Mimica, un des piliers de l'école su film d'animation de Zagreb qui en quelques trente ans de carrière s'est surtout illustré dans le court-métrage. Banovic a t-il seulement existé un jour? Pour certains historiens il s'agirait en fait de George II, seigneur de Zeta, petit-fils de Vratko Nemanjić devenu dans la


poésie serbe, le Duc Bogdan. Peu importe! Pour son onzième et ultime long métrage Mimica met en scène les aventures du preux chevalier, un conte épique, dense, qui n'a malheureusement pas bénéficié des moyens nécessaires à la hauteur de l'ambition du projet. Film d'aventures épiques par excellence La vengeance du faucon souffre d'une mise en scène peu énergique, sans grande rigueur, qui trop rarement parvient à donner au récit toute sa force, sa grandeur, à traduire toute son ampleur. La mise à feu et à sang du domaine de Strahinja qui ouvre le début du film puis le massacre qui s'ensuit donnent ainsi le ton.


Décapitations, viols, empalements, démembrements, saccages... on est entre Flavia la défroquée et La chair et le sang mais sans cette fureur qui aurait été ici de bon aloi. L'horreur, le choc, le malaise s'en trouvent par conséquent bien moindres. Cette folie, cette rage, cette barbarie propre à ces temps médiévaux font tout autant défaut aux multiples scènes d'action qui peinent à convaincre même si le récit en lui même reste fort heureusement captivant. On suit avec intérêt la quête du brave Stranhinja qui met en avant divers thèmes dans un souci de reconstruction historique qui se veut assez précis. L'honneur, le pardon, la complexité humaine, l'abandon de lois ancestrales, l'amour sont ainsi traités et portent le récit dans un contexte rude, âpre, particulièrement religieux, un aspect renforcé par la tristesse


des décors naturels hivernaux, ceux des plaines et montagnes sauvages croates où fut entièrement tourné le film, et une partition musicale solennelle composée essentiellement de chants religieux et guerriers.
La vengeance du faucon n'est pas un film très violent en soi comme pourrait le faire croire la séquence d'ouverture. Une fois la mise à sac du village et le massacre des villageois terminé le film prend une douce vitesse de croisière et s'intéresse bien plus aux passions amoureuses dont la jeune Ania est l'enjeu, celle de son époux et de son bourreau-amant Alija, et aux cérémonies sacrées, rituelles des peuples de l'ancienne Serbie. Le film perd donc


assez vite en brutalité et en viscéralité même s'il est parsemé de scènes d'une grande cruauté qui devraient marquer certains esprits et de quelques touches gore (les têtes coupées dans la besace). Parmi celles ci l'affrontement sauvage de Stranhinja et d'Alija dans la boue mais c'est surtout le long supplice d'Abdallah, empalé sur ordre de son maitre, qui restera graver dans la mémoire du spectateur, une scène montée en parallèle avec les ultimes renoncements aux désirs de chair d'Alija pour la pauvre Ania qui finit par se donner à lui. Marquants également sont quelques visages dont celui de cette monstrueuse femme chauve aux yeux crevés, des moments de fascination indéniable.


Toujours aux crédits du film son interprétation. C'est toujours un plaisir de retrouver Franco Nero, ici dans le rôle titre. Même si on l'aurait aimé un peu plus expressif il occupe cependant l'écran de par sa stature et sa présence. La distribution serbe est excellente avec en tête Dragan Nikolic (Alijah) et Rade Serbedzija (Abdallah). C'est l'allemand Gert Froebe qui endosse le rôle du Duc Bogdan. Célèbre dans son pays natal la douce et charmante Sanja Vejnovic interprète le rôle difficile d'Ania.
Présenté pour la première fois à la Mostra de Venise en 1981 puis tristement distribué à la sauvette en France en plein été 1983 La vengeance du faucon est un film d'aventures


historiques malheureusement pas toujours à la hauteur de ses ambitions, faute de moyens et de rigueur, mais la violence de certaines de ses scènes, l'atmosphère morne dans laquelle baigne le film et la justesse de l'interprétation font de ce mélodrame médiéval sombre, ténébreux, un film par instant fascinant qui malgré ses défauts ne peut laisser indifférent. Il se laisse visionner avec plaisir même si on est assez loin de certaines autres fresques épiques du cinéma slave.

