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La leyenda del cura de Bargota


Réal: Pedro Olea
Autres titres: La légende du curé de Bargota / La sombra di Lucifer / La leggenda di Juan
Année: 1989
Origine: Espagne
Genre: Fantastique
Durée: 84mn
Acteurs: Fernando Guillén Cuervo, Lola Forner, Jaume Valls, Mabel Ordóñez, Carlos Lucena, Albert Vidal, Encarna Paso, Raf Vallone, Eduardo Calvo, Francisco Curto, Carlos de Gabriel, Julio Escalada, Mikel Garmendia...

Résumé: Au XVIème siècle à Navarre le père Juan est accusé par l'Inquisition d'être le fils de Lucifer. Il est contraint d'avouer sous la torture. Sa mère, une sorcière, s'est accouplée autrefois avec le Diable et a mis au monde son fils. Devenu adulte elle le force à entrer dans les ordres. Il devient le curé de son village natal, Bargota. Non seulement il courtise et couche avec la fille d'un légat papal mais ses étranges agissements éveillent les soupçons chez ses paroissiens qui finissent par alerter l'Inquisition...

Réalisé par l'espagnol Pedro Olea La leyenda del cura de Bargato fait partie d'une série de six téléfilms franco-italo-germano-espagnols regroupés sous le titre Sabbath/ Sabbats qui vit le jour en 1989. Chacun des six épisodes avait pour thème unique la sorcellerie à travers les âges. Peu connue en France la série s'ouvrait par Lilith, la luna negra suivi par Le masque de Satan, le pseudo remake du Masque du démon de Mario Bava par son fils Lamberto. La leyenda del cura de Bargota est le sixième et dernier téléfilm de la série.

Au XVI siècle à Navarre le jeune père Juan est suspecté par l'Eglise d'être le fils du Démon. Arrêté puis torturé par l'Inquisition le père Juan doit avouer qui il est réellement. Il raconte alors son histoire au Grand Inquisiteur. Sa mère est une sorcière adepte d'une secte diabolique. Il y a bien des années elle s'est accouplée avec le Démon et a mis au monde son fils. Juan est le fruit de cette union luciférienne. Devenu adulte il est entré dans les ordres pour obéir à la volonté de sa mère qui pensait ainsi le protéger. Juan suit des cours de théologie à l'université de Salamanque. Devenu prêtre Juan exerce désormais ses fonctions dans son petit village

natal de Bargota. Il est attiré par les femmes plus particulièrement par la belle Dona Beatriz, la fille d'un membre du légat papal avec qui il finit par sortir en cachette. Elle finira par passer du coté du Mal. Un étudiant en théologie nommé Sinogenes avec qui Juan étudiait à l'université lui fait visiter la grotte de Salamanque réputée être le repère du Démon. Face au visage d'une icône païenne sculptée sur l'une des parois Sinogenes signe un pacte de sang avec Lucifer. Conduit dans les bois par Sinogenes Juan va finalement s'accoupler avec Beatriz lors d'une messe noire qui se termine en orgie. Intrigués les paroissiens de Bargota perdent confiance en Juan lorsqu'ils le voient arriver à la messe la soutane trempée par la pluie en pleine

sécheresse ou les souliers couverts de neige en plein été. Lorsque d'étranges morts ont lieu au village Juan devient donc le premier suspect. Alertée par le puissant Conde l'Inquisition se saisit de l'affaire. Il est arrêté et condamné au bûcher. Un évènement inattendu va le sauver des flammes et prouver qu'il n'est pas le fils de Satan. Mais si finalement il l'était bel et bien...
Pour ce sixième opus des Sabbath Pedro Olea qui deux ans plus tard sera oscarisé pour Le maitre d'escrime met en images la fameuse légende du curé de Bargota, un des récits de sorcellerie les plus populaires du folklore navarrais. Pour se faire Olea utilise le ton de la fable et préfère à l'horreur une atmosphère bien plus cléricale. Il ne faut donc pas s'attendre

ici à un film d'horreur satanique. La leggenda di Juan (titre italien du film) à l'exception de la splendide scène d'ouverture est un film 100% clérical non pas ostentatoire mais entièrement narratif qui raconte lors d'un long flashback l'histoire du pauvre curé de Bargota voué au mal bien malgré lui. Et c'est le père Juan lui même qui narre son parcours à l'Inquisition après une séquence pré-générique aussi étonnante que douloureuse qui décrit les tortures que le Grand Inquisiteur fait subir au malheureux ecclésiastique. Etonnante en effet pour un téléfilm tourné en 1989 mais il est vrai que l'Espagne contrairement à l'Italie ne s'est pas forcément assagie au fil des années. Et le nec plus ultra de ces tortures est cette sodomie atroce, éprouvante,

inédite au cinéma. Suspendu entièrement nu à des cordes qui dans un premier l'écartèlent, ses bourreaux vont brutalement lâcher du mou afin qu'il s'empale sur une énorme pointe métallique judicieusement placée sous son anus! La souffrance ne pouvait que lui délier la langue. Commence alors son récit.
On ne retrouvera plus par la suite une telle audace. Place à un film plutôt sobre quasiment dénué de tout effet, parsemé cependant de quelques touches de surnaturel, qui raconte de manière très simple la vie de Juan. On suit donc son départ de la maison familiale, poussée par sa mère, son entrée à l'Université et son lien avec Sinogenes, sa nomination à la paroisse

de Bargota et la relation interdite qu'il entretient avec Beatriz, son amitié pour le Pape Alexandre VI alias Rodrigo Borgia, sa relation avec sa fille, son arrestation par l'Inquisition. Tout va très vite, le film ne dure que 84 minutes. On ne peut donc ni s'attarder sur les faits historiques ni faire preuve de trop de psychologie. On devine la critique cléricale, on sent pointer du doigt les excès de l'Eglise, on souligne rapidement la vie de débauche des Borgia mais tout cela reste en filigrane. Dommage mais pas pénalisant. On aurait aimé un peu plus de psychologie au niveau des personnages notamment celui de Juan, prêtre malgré lui déchiré entre la sainteté et sa dévotion pour le Mal afin de donner plus de profondeur à l'histoire mais

là encore ce n'est pas pénalisant. Olea se rattrape en effet par une mise en scène intelligente, sans temps mort, qui va à l'essentiel. Il nous réserve également quelques jolis moments pour certains assez fascinants si ce n'est empreints d'une certaine poésie (les troubadours qui jouent dans les arbres durant les sabbats mais surtout les voyages dans le temps et l'espace de Juan, couvert de neige en plein été ou la soutane détrempée par la pluie en période de canicule). On retiendra quelques audaces scénaristiques telles justement ces messes noires forestières qui se terminent en orgie et la nudité tant dorsale que frontale présente d'un bout à l'autre du métrage.

Un des autres gros atouts du film est son excellente interprétation qui rend crédible non seulement cette histoire mais aussi ses protagonistes, en tête dans le rôle de Juan Fernando Guillen Cuervo qui en plus d'être fort séduisant ne cache rien de son intimité. Le tout aussi séduisant Jaume Valls (El pico 2) est un Sinogenes magnétique. L'ex-Miss Espagne Lola Forner (Bianco apache) est Beatriz. Ajoutons quelques grands noms du cinéma espagnol dont Carlos Lucena, Alfredo Lucchetti, Encarna Paso et italien, Raf Vallone (la pape Borgia), et on a un casting trois étoiles
Sans effet boeuf ni fioriture aucune La légende du curé de Bargota est un téléfilm sous

forme de fable narrative certes inoffensif mais franchement intéressant, joliment photographié et mis en scène, qui réserve quelques moments aussi poétiques que visuellement fascinants. De la part de Pedro Olea voilà qui n'est pas surprenant. Cet épisode est surement un des meilleurs de la série avec celui de Lamberto Bava. Pourquoi donc ne pas se faire plaisir?
Les six téléfilms de la série sont bizarrement restés inédits en Italie. Il fallut attendre 2014 pour que quatre d'entre eux seulement dont Le curé de Bargota soient enfin diffusés à la télévision sur Mediaset dans le cadre du programme Top Crime. En Espagne ils furent diffusés

à la télévision en leur temps mais bénéficièrent aussi d'une sortie salle. En France ils sont inédits en salles mais les six films furent diffusés en raison d'un épisode par semaine à l'automne 1992 sur FR3 puis disparurent. Le curé de Bargota fut programmé le 29 septembre. Comme quoi ces téléfilms dans leur version française sont d'une valeur inestimable pour le collectionneur. Les autres pourront les découvrir en VO grâce au joli coffret DVD espagnol édité il y a quelques temps.

  • Par Éric Draven | mardi, 22 septembre 2026 | 21h58
  • CatégorieLes films

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