I ragazzi del juke box

Réal: Lucio Fulci
Autres titres: Les mordus du juke box / Rock, swing et dolce vita / The juke box kids
Année: 1959
Origine: Italie
Genre: Comédie musicale
Durée: 92mn
Acteurs: Mario Carotenuto, Elke Sommer, Adriano Celentano, Anthony Steffen, Giacomo Furia, Betty Curtis, Tony Dallara, Fred Buscaglione, Yvette Masson, Benedetta Rutili, Mario Ambrosino, Gianni Meccia, Joe Sentieri, Renato Tagliani, Nini Musco, Gianni Loti, Paola Patrizi, Fianni Riommi, Andrea Scotti, Loretta Capitoli, Gloria Milland, Rossella D'Aquino, Mimmo Poli, Gianni Dei, Lucio Fulci...
Résumé: A Festivalia, une ville imaginaire d'Italie, tous les rockers se retrouvent à la Fogna pour écouter et danser sur leur musique préférée, le rock. Le gérant du local, Marcello, est le petit ami de la belle Giulia, la fille d'un puissant producteur de disques old school, la musique qu'écoutent les parents de tous ces jeunes. Pour son père il est hors de question de céder la place aux jeunes et leur musique. Un véritable bras de fer va se jouer entre Giulia, très moderne, son père et Marcello...
Le nom de Lucio Fulci est très souvent associé à ses débordements horrifiques des années 80. Il ne fut pas surnommé le poète du macabre pour rien. L'enfer des zombis, Frayeurs, L'au delà, La maison près du cimetière ne sont que quelques exemples des petits chefs-d'oeuvre qu'on lui doit. Impossible ne pas songer aussi à ses gialli, petites perles du genre que sont Le venin de la peur et La longue nuit de l'exorcisme, et à ses polars (La guerre des gangs). On oublie régulièrement que Fulci tout au long de sa carrière, quelques quarante années, s'est essayé à bien des styles différents. Le film historique


(Béatrice Cenci), la comédie et la sexy comédie et même la comédie musicale autrement dit le musicarello pour employer le terme italien spécifique désignant ce type de pellicules qui dans les années 60 sera à la mode en Italie. On peut même dire à la surprise de beaucoup que Fulci fut le père du musicarello puisque I ragazzi del juke box réalisé en 1959 est un des tout premier si ce n'est le premier film du genre et le second film du réalisateur mis en scène juste après l'échec public de I ladri.
Situé dans une ville imaginaire nommée Festivalia le film se déroule presque entièrement dans un local, La Fogna, où se retrouvent tous les rockers de la ville afin de danser au son de leurs


groupes préférés. C'est ce local que fréquente la jolie Giulia, la fille du "Commendatore" Cesari, un producteur de disques assez vieux jeu également propriétaire de clubs dédiés au chanteur populaire Claudio Appio, l'incarnation même de la chanson mélodique à l'italienne. Et gare à ceux qui ne pensent pas comme lui. Cesari est impitoyable. C'est la guerre entre la jeunesse moderne (les urlatori) qui swingue et danse le rock et celle plus traditionaliste qui préfère la musique mélodique qu'écoutent leurs parents. Giulia est la petite amie de Marcello, le gérant du local toujours prêt à tout pour trouver de nouveaux talents et concurrencer Cesari. Les désaccords entre Cesari et sa fille sont si fréquents qu'un jour les urlatori avec


justement à leur tête Giulia décident de manifester dans un des clubs où Appio donne une représentation. Tout dégénère. Le scandale est si grand qu'il débouche sur l'arrestation de Cesari. Giulia doit alors reprendre la direction de la maison d'édition de son père. Poussée par Marcello elle décide non sans avoir pas mal hésité de produire des disques de rock. L'affaire s'avère juteuse. A sa sortie de prison son père réalise que c'était là une très bonne idée. Il va désormais lui aussi produire de jeunes groupes de musique moderne.
Comme tout musicarello qui se respecte l'intrigue de I ragazzi del juke box est vraiment mince et sert avant tout de prétexte à y insérer un maximum de parties chantées par quelques


uns des artistes et groupes alors très à la mode en Italie. On a ainsi un tout jeune Adriano Celentano qui tente d'imiter le jeu de jambes d'Elvis Presley tout en faisant semblant de jouer de la guitare, Betty Curtis, Tony Dallara et Gianni Meccia. Certains font vibrer l'ancienne génération avec leurs jolies mélodies, les autres font se déchainer une jeunesse ivre de rock'n'roll qu'on nomme I urlatori, un court phénomène social qui s'étendit de la fin des années 50 jusqu'au début de la décennie suivante. L'histoire est simple: les deux clans s'affrontent dans un local sous le regard de Giulia, la fille "branchée" d'un producteur qui ne jure que par la musique mélodieuse, et de ce dernier qui lors d'une manifestation finit en prison. Tout est


bien qui finit bien et le rock triomphe. Il faut bien que le monde avance. En fait I ragazzi del juke box est une gentille comédie qui se veut le miroir, le témoignage d'une époque, celle d'une jeunesse qui bouge pas toujours comprise de ses parents, de ses anciens. De nouvelles danses jugées frénétiques, des déhanchés "sauvages", des jeux de jambes fabuleux, des tenues beaucoup plus déshabillées et des chanteurs qui ne chantent plus mais "hurlent" d'où ce nom de "urlatori" et des locaux où tous ces jeunes se retrouvent pour chanter et danser. Fulci met en scène cette nouvelle génération de manière réaliste, presque documentaire avec déjà un évident savoir-faire et surtout sans aucun temps mort. L'ensemble


est frais, très agréable jamais ennuyant et surtout drôle. Il y a pas mal d'humour au menu, les parties chantées toutes très belles et entrainantes s'enchainent aux scènes de comédie de façon fluide dans la joie et la bonne humeur.
La petite touche d'originalité vient du fait que Fulci fait de cette comédie une sorte de fable. En effet, il situe son film dans une Italie imaginaire, une ville joliment nommée Festivalia (qu'on devine facilement être Rome), ses protagonistes de fiction s'inspirent de personnages réels détournés (son Claudio Appio fait référence à Claudio Villa, ses chanteurs sont les stars d'alors qui ont quelque peu transformé leur nom) et surtout le film est commenté en voix off


par... le juke box lui même! Cette nouvelle machine à jouer de la musique qui fait fureur auprès des jeunes est un personnage à part entière du film, témoin de cette nouvelle ère qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui ne manque jamais d'humour.
La distribution est excellente. On se fera un plaisir de retrouver une toute jeune et splendide Elke Sommer (Giulia) et un tout aussi jeune Antonio De Teffé dans le rôle de l'ambitieux bellâtre Marcello. A leurs cotés Mario Carotenuto est succulent en producteur réactionnaire. Il a toujours la phrase assassine et forme avec Giacomo Furia un duo truculent. Coté stars de la chanson Adriano celentano, Betty Dorys, Tony Dallara, Gianni


Meccia et Fred Buscaglione jouent leur propre rôle. Leurs fans d'hier et peut-être d'aujourd'hui encore seront ravis, les chansons aussi datées soient-elles n'ont rien perdu de leur charme. Toute une époque! Ceux qui ont l'oeil reconnaitront parmi les jeunes danseurs du club un Gianni Dei endiablé tout juste sorti de l'adolescence et non crédité au générique tout comme Mimmo Poli. Lucio Fulci fait un caméo dans la peau d'un journaliste. Si l'ex-future star de l'érotisme et actrice fétiche de Sergio Bergonzelli Karin Well est citée sur l'imdb en tant que l'une des danseuses du local elle n'est cependant pas présente à l'écran. Cela lui aurait d'ailleurs été un peu difficile puisqu'elle n'aurait eu que six ans lors du tournage!

Pionnier du musicarello Les mordus du juke box est une comédie sympathique et rafraichissante tournée dans un joli noir et blanc qui se laisse gentiment regarder si on a un tant soit peu la nostalgie des années 60, du temps rock'n'roll et bien sûr des idoles italiennes. Il permet également de découvrir un Lucio Fulci inattendu pour ceux qui ne voyaient en lui qu'un pro de l'horreur et du gore. Il récidivera l'année suivante avec I urlatori alla sbarra / Les hurleurs, une sorte de séquelle aux Mordus du juke box dans laquelle on retrouve quasiment la même troupe Antonio De Teffé et Mario Carotenuto en moins.