Ore di terrore

Réal: Guido Leoni / Christos Kefalas
Autres titres: Hours of terror / Kpoyaziepa toytpomoy
Année: 1969
Origine: Italie / Grèce / Allemagne
Genre: Thriller
Durée: 80mn
Acteurs: Herbert Fux, Ann Smyrner, Karin Schubert, Mario Novelli, Paolo Magalotti, Dimitri Gousis, Andreas Barkouli, Dimos Starenios, Léa Nanni, Rainer Basedow, Roger Fritz, Leontine Snell, Franco Marletta, Franco Chillemi, Gianni Milito, John Barclay, Hansi Linder, Christos Kefalas...
Résumé: Un groupe de riches industriels et politiciens fait route vers les Baléares à bord du yacht privé de leur hôte, Haris. En pleine mer ils remarquent un container qui flotte à la surface de l'eau. Ils recueillent les trois hommes qui y sont enfermés. Ils apprennent très vite qu'il s'agit de trois dangereux criminels échappés d'un asile. Ils tuent le capitaine et prennent l'équipage en otages qui s'apprête à vivre quelques heures de terreur...
Passionné d'écriture Guido Leoni commence à écrire dès les années 40 des pièces pour les émissions radio puis son premier scénario pour le cinéma en 1950. Sa carrière de réalisateur débute en 1952 avec une série de films comiques avec Walter Chiari et Renato Rascel notamment. S'il continue par la suite à beaucoup travailler pour la radio Leoni reprend en main son métier de scénariste mais aussi de metteur en scène dés la fin des années 60 avec un mondo, Il mondo brucia, puis ce thriller désarticulé coproduit avec la Grèce et l'Allemagne longtemps oublié, Ore di terrore.


Le riche industriel Harris a invité à bord de son yacht privé un groupe d'amis politiciens, hommes d'affaires et autres industriels et leurs compagnes pour une petite croisière en direction des Baléares. Alors qu'ils sont en mer ils repèrent un container qui flotte sur l'eau. Trois hommes, le Professeur Martins, Joseph et Jacob y sont enfermés. Ils les libèrent et les recueillent à bord. En écoutant la radio ils découvrent qu'il s'agit de trois dangereux criminels échappés d'un asile. Ils tuent le capitaine du bateau puis s'en emparent. Ils sont désormais les otages des trois criminels qui ordonnent à Harris de faire route vers


Beyrouth. Tout au long du voyage les passagers vont être victimes des jeux pervers et humiliants des trois hommes qui à chaque instant peuvent les tuer su moins le pensent-ils...
Des films que tourna Leoni Ore di terrore est surement le plus obscur, le plus mystérieux. Tourné en 1969 (et non en 1971, année correspondant en fait à sa sortie furtive en Italie) Ore di terrore, un titre inspiré de pellicules alors à la mode telles 24 ore di terrore, Un giorno di terrore, est assez difficilement classable. Drame maritime, thriller, rape and revenge, c'est un peu tout et rien à la fois. L'intrigue qui se rapproche de pellicules maritimes telles que


Ondata di piacere, Top sensation et autres Il sesso degli angeli est intéressante et pouvait surtout être source de violence, de sadisme et d'un suspens intense. De toutes ces attentes, ces opportunités il ne reste malheureusement rien ou si peu. A se demander ce que Leoni a réellement voulu faire. Une parodie peut-être, une comédie, vu le grand n'importe quoi auquel on assiste souvent bouche-bée et ce, dés l'ouverture! En effet la présentation des divers protagonistes, une tripotée de bourgeois, donne de suite le ton. Tous dorment dans un hôtel en bord de mer et tous sont de sacrés coquins. On comprend surtout que tout le monde couche avec tout le monde sans trop savoir qui est qui, chacun


jouant un rôle ou s'interchange. Certaines invitées sont même des putains de luxe jouant les secrétaires. Chacun a ses vices, ses déviances qu'il met en pratique au cours de jeux, de scénarii. La haute bourgeoisie est définitivement toujours aussi perverse.
Une fois en mer, autrement dit au bout de dix petites minutes, commencent les réjouissances avec l'arrivée des supposés naufragés enfermés dans un container qui flotte en pleine mer, une situation totalement improbable qui fait sourire. Comment s'y sont-ils retrouvés enfermés? Comment ont ils pu dériver ainsi? Comment ont-ils survécu? Les questions s'accumulent mais on s'en fiche visiblement comme nos bourgeois qui sans se


poser aucune question (contrairement à nous) les font monter à bord. Pas le moindre du monde inquiets ils sont même heureux d'avoir ces trois inconnus avec eux, surtout les femmes qui en prennent soin. Ah le brushing interminable de Jacob!
Débute alors un récit délirant dés lors qu'un message radio annonce que trois dangereux criminels se sont échappés d'un asile sont en cavale. Nos riches industriels font vite le rapport avec ces trois naufragés qui les prennent en otages. Bien brave le capitaine du yacht tente une action intrépide qui se retourne contre lui. Un des criminels, Josef, le tue à coups de hachette. Impressionnant mais ce sera le seul vrai moment sanglant et sadique du film.


Qu'on en profite. Il faut dire qu'il avait de quoi être furieux Josef. Les seuls vêtements propres qu'on lui a trouvé est une robe à fleurs dans laquelle il est ridicule. A moins qu'il en ait eu marre qu'une des bourgeoises lui fasse et refasse un brushing. Quoiqu'il en soit le capitaine est mort et nos passagers comprennent leur malheur. On s'attend donc à de multiples rebondissements, à des scènes de sadisme, à l'instauration d'un climat de terreur. Que nenni! Tout part en cacahuètes. Plus rien n'a vraiment de sens. Quelques minutes après la mort atroce du capitaine la vie à bord reprend son cours normal. Les femmes bronzent, se passent de la crème, font l'oeil doux à leurs bourreaux qui eux mêmes


s'amusent. L'ambiance est à la fête, on danse, on jerke, on séduit, on boit beaucoup. On hallucine tout bonnement face à des comportements aussi improbables, à ce manque total de logique qui perdurera tout au long du métrage. De temps à autre une pulsion de violence refait surface sans qu'on sache vraiment pourquoi, le temps d'une humiliation, d'un coup de pression puis tout retombe et on s'amuse à nouveau. Il y a quelques souffre-douleurs, le banquier grassouillet, et surtout le journaliste Joseph Daniels, un jeune coquet qui prend soin de son visage et qu'on pense (sans jamais en être réellement sûr) homosexuel. Y aurait-il quelque chose entre lui et Harris? Martins aime le maltraiter, le jeter dans les bras


d'une femme et même le rouer de coups avant qu'il ne le dorlote incompréhensiblement.
Leoni a surement voulu mettre en exergue notamment dans la première partie du film les vices et perversions de chacun des personnages puis dans la seconde leur bassesse, leur mesquinerie face à ces criminels qui ne sont finalement là que pour révéler leurs faces sombres. Mais tout est si mal amené, si maladroitement filmé et mis en scène que cette manipulation de l'esprit, cette guerre psychologique entre les divers protagonistes et les criminels menés par un ex-professeur en neuro-criminologie (rien que ça), devient absolument grotesque, parfaitement ridicule et surtout d'un ennui qui lui est bien mortel


d'autant plus qu'il n'y a pas une once de sadisme et de cruauté, de violence, pas l'ombre d'un viol, pas un soupçon d'érotisme malsain (si ce n'est le sénateur qui aime pour prendre des clichés coquins vêtu d'une nuisette) ou pas, tout juste quelques petites culottes ou la vision furtive d'un sein. Ultra frustrant. D'autant plus frustrant lorsqu'on imagine combien ces jeux d'esprit auraient pu être pesants et malaisants voire morbides.
Quant au final il reste tout aussi décevant et surtout très rapide. Alors qu'on ne l'a quasiment pas vu durant la majeure partie du métrage (où était-il donc?) un des protagonistes réapparait soudain pour mieux se faire humilier après que Jacob ait découvert son carnet de


poésie qu'il lui vole et prend avec lui pour aller aux toilettes! On devine pourquoi!!! Furieux il l'asperge d'essence et le transforme en torche humaine puis il tue Josef. A cet instant précis arrive un bateau arrive. La fête sur le yacht peut reprendre, nos bourgeois finalement se sont bien amusés. Là encore la conclusion demeure vague à l'image de ce qu'on a pu vivre avant. On comprend la résilience de chacun, l'arrêt de ces jeux de manipulation qui en fin de compte n'ont ni gagnant ni perdant bien que... .
Il ne faut pas compter sur l'interprétation pour relever le niveau. Entre surjeu et apathie, les acteurs ne semblent ni convaincus encore moins convaincants. La plantureuse Karin Schubert qui n'était pas encore la star qu'elle s'apprêtait à être est maladroite, hésitante, par


moment hagarde, ne comprenant visiblement pas ce qu'on lui demande de faire. Si Ann Smyrner, habituée aux gialli germaniques, est splendide mais peu utilisée Leontine Snell et Léa Nanni jouent surtout les potiches. Herbert Fux comme d'accoutumée incarne joliment le méchant de service en jouant la subtilité mais sa prestation est cependant vaine. Reste sa "gueule" souvent inquiétante qu'il fait toujours bon revoir. Mario Novelli, entre aliéné de pacotille et clown de foire, est risible en criminel fou. L'allemand Rainer Basedow, l'inoubliable pirate Pike de la série Deux ans de vacances, abominablement doublé en italien par une voix de crécelle, pleurniche en endossant le rôle du grassouillet. Les grecs Andreas Barkoulis (Haris) et Dimitri Gousis (le journaliste) sans être extraordinaires s'en tirent assez bien.


Rythmé par une partition musicale aussi peu adéquate que désuète Ore di terrore est un échec du en grande partie à l'incompétence, à la maladresse de son auteur qui ruine toutes les possibilités d'une intrigue à la base riche en suspens et sadisme aussi physique que psychologique. En résulte une pellicule improbable souvent grotesque et délirante qui se transforme vite en une curiosité d'un autre temps, en une série Z océane aussi surréaliste que soporifique que tout amateur d'exploitation prendra un plaisir coupable à visionner au moins une fois d'autant plus que cette petite bande aujourd'hui bien oubliée de tous est un objet rare. En effet le film ne connut aucun succès à sa sortie et disparut très vite de la


circulation pour ne plus jamais réapparaitre. Il devint ainsi un mystère, une convoitise pour tous les collectionneurs de trésors perdus qui rêvaient de mettre la main sur la seule et unique copie du film encore existante, une version Super 8! L'arrivée des chaines privées le fit sortir de l'oubli et quelques passages sur de toutes petites chaines permirent de lui donner une seconde vie. Ce sont ces passages qui aujourd'hui circulent dans les circuits fermés des collectionneurs.