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Le pistolero de la séduction: Leonard Mann

Il endossa tour à tour les rôles de pistolero, de flics justicier et de détective, de journalistes reporter ou non mais aussi de jeunes séducteurs dans la tourmente. Il fut même par deux fois une incarnation du Christ. Il fut durant près de vingt ans une des figures incontournables du cinéma de genre italien, un de ses jeunes premiers qui grâce à son physique avantageux et une certaine ressemblance avec Terence Hill et Franco Nero devint très vite une valeur sûre du western puis du polar. Découvrons aujourd'hui le parcours quasi sans faute de ce jeune américain venu un peu par hasard tenter sa chance en Italie, le séduisant Leonard Mann.

Leonard Mann de son véritable nom Leonard Manzella est né à Albion dans l'état de New-York le 1er mars 1947. Rien ne prédestinait le jeune Leonard qui avait des origines italiennes à devenir un jour acteur. Après ses études il s'inscrit en effet dans une université de Sciences politiques et commence à y suivre des cours durant deux ans jusqu'à ce qu'un concours de circonstances joue en sa faveur. Le gouvernement italien offre régulièrement à quelques étudiants l'opportunité d'apprendre la langue de Dante en leur proposant un séjour de trois mois en Italie. Cette année là Leonard fait partie des élus. Rien ne l'oblige à

partir mais il décide de tout quitter sur un coup de tête. Il prend un billet sans retour pour l'Italie avec seulement 300 dollars en poche et part s'installer à Rome. Il envisage de toujours reprendre ses études politiques mais le jeune homme a un atout au fond de sa poche, un numéro de téléphone que lui a donné sa petite amie avant son départ. Sa petite amie n'était autre que la fille de Peter Marshall, le célèbre animateur de jeux télévisés américain qui dura de nombreuses années anima entre autres The Hollywood squares. Elle lui avait laissé le numéro de téléphone du producteur Leo Caribbean alors basé à Londres afin qu'il le contacte au cas où. Leonard a très longtemps hésité puis un jour il s'est enfin

décidé à l'appeler. L'entretien se passa si bien que le producteur lui donna le numéro de Brett Halsey, le célèbre acteur qui à cette époque vivait à Rome. Timide, pas forcément décidé à franchir le pas Leonard tarda à contacter Brett. Mais le geste fut payant. "Tu es beau, tu as du charisme, tu pourrais faire des extras" lui dit Halsey, convaincu que le jeune Leonard a toutes ses chances. Il lui donne à son tour le téléphone d'un agent qui le prend sous son aile. Tout va alors très vite. Leonard fait ses premiers pas devant l'objectif dans de touts petits rôles pas toujours crédités, des extras, dont un dans The adventurers aux cotés de Candice Bergen. C'est d'ailleurs sur ce tournage qu'il rencontre une actrice débutante

allemande prénommée Dolly avec qui il restera neuf ans. Dolly va être bien malgré elle celle qui offrira à Leonard son tout premier rôle. Alors qu'elle passe un casting auquel Leonard l'avait accompagné les producteurs remarque le jeune homme et frappés par sa beauté lui demandent s'il est acteur. Même s'il n'est qu'un petit extra encore inconnu Leonard répond avec une certaine assurance qu'il l'est bel et bien acteur mais fauché! Un mensonge qui le mène droit au bureau de Franco Rossi qui après quelques essais et un long entretien lui offre à tout juste 21 ans son tout premier véritable rôle en 1969 dans Giovinezza giovinezza, un drame de guerre aujourd'hui oublié. Les choses vont dés lors s'enchainer très vite.

Quelques mois plus tard la chance va de nouveau sourire à Leonard. Alors qu'il se promène sur Via Venneto il croise le producteur Manolo Bolognini qui frappé par sa beauté et sa ressemblance avec Franco Nero et Terence Hill, deux références du western d'alors, lui propose de tourner un western Le pistolero de l'Ave Maria aka Le dernier des salauds de Ferdinando Baldi. Quelques tests face à la caméra, des essayages de costumes et Leonard encore timide et maladroit mais qui savait déjà monter à cheval se retrouve dans la peau d'un des deux protagonistes principaux aux cotés de Peter Martellanza. La machine est lancée d'autant plus facilement qu'il peut rester vivre en Italie grâce à sa double nationalité

qu'il découvre sur place à son grand étonnement. Le jeune homme va alors enchainer les rôles. La même année il est en tête de générique d'un autre western, Ciakmull, aux cotés une fois encore de Peter Martellanza mais aussi de George Eastman également. Puis suit le brutal La vengeance est un plat qui se mange froid de Pasquale Squitieri aux cotés cette fois de Ivan Rassimov et Klaus Kinski.
En 1971 il change de registre. On le retrouve au générique d'un curieux film espagnol de Ramon Fernandez El cristo del oceano dans lequel il interprète un Christ surgi de l'océan. Leonard s'essaie ensuite à un genre alors très à la mode, la décamérotique, avec Primo tango a Roma - Storia d'amore e d'alchimia / Le décaméron aphrodisiaque de Lorenzo

Gicca Palli. En 1974 il tourne deux drames érotico-morbide comme l'Italie aimait alors en tourner, Il corpo de Luigi Scattini et Amore amaro de Florestano Vancini. Dans le premier il est un jeune criminel séduit par la belle Zeudi Araya qui pour échapper à un mariage trop frustrant en fait son amant sur fond tropical. Il partage avec elle de superbes scènes d'amour, laissant exploser toute sa sensualité sans avoir peur de se montrer nu. Dans le second il est un jeune teinturier qui dans l'Italie fasciste des années 40 tombe follement amoureux d'une veuve bourgeoise bien plus vieille que lui jouée par l'intense Lisa Gastoni avec qui là encore il partage de jolies scènes intimes. Il poursuit son bonhomme de chemin

avec un curieux polar aux tons pasoliniens Macro: Giuda uccide il venerdi de Stelvio Massi dans lequel il incarne un jeune hippie réincarnation du Christ dont une putain tombe amoureuse.
Dés 1975 après avoir été le nouveau visage du western-spaghetti Leonard va entrer au panthéon des flics justicier aux cotés de Maurizio Merli, Luc Merenda et autre Franco Nero. Il s'apprête à tourner une série de polizeschi qu'ouvre Le châtiment de Marino Girolami avec Karin Schubert qu'il tente de sauver des griffes de la mafia. Suivent La polizia interviene: ordine di uccidere / Tireur d'élite de Giuseppe Rosati, Assaut sur la ville dans lequel il

affronte Henry Silva et La malavita attacca: la polizia risponde / Antigang, tout deux de Mario Caiano. Il est également à l'affiche du giallo de Maurizio Pradeaux Passi di morte perduti nel buio. Il clôt cette parenthèse policière en 1977 avec le thriller de Giuseppe Rosati Le crime du siècle. En 1978 il apparait en jeune docteur dans Mogliamante / La maitresse légitime de Marco Vicario avec Laura Antonelli et Marcello Mastroianni, un drame qui sera son dernier véritable film en Italie. A l'aube des années 80 le cinéma de genre entame son long déclin en entrainant avec lui beaucoup de comédiens dont Leonard.
On le retrouve encore en 1979 dans un ersatz de Star wars, le peu sérieux mais divertissant

L'humanoïde puis il entame une série de téléfilms et d'apparitions dans diverses séries télévisées américaines à succès (Drôles de dames). Au cinéma on le voit en détective dans le slasher américain de Ken Hughes Les yeux de la terreur puis dans A couteaux tirés, un étrange polar américain coproduit avec l'Italie aux connotations gay pour lequel il a beaucoup d'affection et une comédie à l'américaine futile avec Nastaja Kinski Faut pas en faire un drame. Rien de très resplendissant. De retour en Italie il redore son blason le temps d'un film avec Ruggero Deodato le fameux Amazonia la jungle blanche dans

lequel il est un journaliste plongé au coeur de l'Amazonie puis le piètre Il mostro di Firenze dans le lequel il est de nouveau un journaliste cette fois obsédé par le tueur du titre. La fin des années 80 approche. C'est en Amérique que Leonard met un terme à sa carrière en 1989 avec deux films d'horreur, le pitoyable Douce nuit sanglante nuit 2 (le plus mauvais de la série) et Flowers in the attic, et un drame érotique de seconde zone avec la future star du X italien Valentine Demy, L'ultima emozione. Un bien triste chant du cygne.
Leonard retourne alors en Amérique, se pose en Californie et se reconvertit dans le social. A 43 ans il reprend le chemin des études, suit des cours de psycho-thérapie, obtient son diplôme et devient travailleur social, plus exactement psycho-thérapeute spécialisé dans la

réinsertion des détenus. Il mettra à contribution son expérience dans ce domaine pour écrire et mettre en scène en 2010 une pièce de théâtre qu'il intitule "Cages" et qui rencontra un grand succès. En 2022 juste après le Covid il réalise Shoe shine caddy, un documentaire sur un sans abri, un sujet qu'il lui également à coeur.
Même s'il a tourné la page depuis maintenant presque trente ans Leonard n'a jamais renié son passé d'acteur sur lequel il revient toujours avec plaisir. Ce fut de jolies opportunités, de très belles rencontres, beaucoup d'amusement et de souvenirs mais tout cela appartient aujourd'hui au passé. Leonard un homme heureux? C'est certain.

  • Par Éric Draven | jeudi, 16 juillet 2026 | 23h55
  • CatégorieBiographies

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