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La vouivre


Réal: Georges Wilson
Autres titres: The damned woman of the lake
Année: 1989
Origine: France
Genre: Fantastique
Durée: 90mn
Acteurs: Lambert Wilson, Jean Carmet, Macha Méril, Suzanne Flon, Laurence Treil, Jean-Jacques Moreau, Pierre Vial, Jean-Pierre Dravey, Paola Lanzi, Michel Arroyo, Bruno Abraham-Kremer, Kathie Kriegel, Pierre Forest, Mireille Franchino, Jean Grécault, Alian Frérot, Gilbert Guillot...

Résumé:Arsène Muselier, un jeune poilu déclaré mort à la guerre, revient au grand étonnement de tous au village. Grièvement blessé à la tête il porte désormais une plaque de métal dans le crâne. Arsène tente de reprendre une vie normale et travaille dur à la ferme familiale qui manque cruellement d'hommes. C'est alors que le vieux fossoyeur ivrogne crie à qui veut l'entendre qu'il a vu la vouivre, une créature légendaire qui vit dans les marais entourée de vipères. Elle porte à son cou un diamant qui attire la convoitise des hommes qui rêve de lui dérober. Arsène, obsédé par cette femme irréelle, finit par la rencontrer. Il en tombe amoureux. Lentement il perd la raison. La vouivre existe t-elle vraiment ou n'est-elle que le fruit d'esprits dérangés ou d'alcooliques notoires?

Les tentatives d'incursion du cinéma français dans l'univers du fantastique, de la science-fiction comme de l'horreur n'ont pour beaucoup ni été couronné de succès ni laissé de grands souvenirs dans l'esprit du cinéphile. Il y eut bien entendu des exceptions notamment dans les années 70 souvent restées malheureusement trop confidentielles, destinées avant tout à l'érudit parmi elles des oeuvres belles, intrigantes, bizarres... (Sérail, Le seuil du vide...). Il y eut Jean Rollin bien entendu. Il y eut Mario Mercier avec notamment La goulve et sa France rurale en proie à la sorcellerie, à la magie. C'est cet univers que vise La vouivre

en 1989 en illustrant le mythe de cet être mythique mi-femme mi-serpent qui selon la légende vivait dans nos campagnes, un nouvel essai de fantastique à la française qui une fois de plus démontre la difficulté du cinéma tricolore dans ce genre bien spécifique.
1919 - Arsène Muselier, un jeune paysan déclaré mort à la guerre, réapparaît un jour au village au grand étonnement de tous. Il a été sérieusement blessé à la tête et porte désormais une plaque de métal dans le crâne. Arsène retourne vivre chez lui à la ferme avec sa famille et reprend les activités quotidienne plus ou moins laissées à l'abandon. Hormis le retour du jeune poilu une autre nouvelle met le village en émoi, l'apparition de la vouivre,

une magnifique créature légendaire qui vit dans les marécages entourée de vipères. Au creux de sa poitrine se trouve un énorme diamant que tout homme rêve de lui dérober. Le vieux Requiem, le fossoyeur ivrogne du village, crie à qui veut l'entendre qu'il l'a vue, elle et son diamant. Arsène va alors tenter de percer le mystère de la vouivre qu'il finit par rencontrer. Il tombe amoureux de la jeune femme qui l'obsède. Jour après jour il perd un peu plus la raison. Est-ce dû à la créature? Existe t-elle vraiment? Sont-ce les conséquences de sa blessure à la tête, du traumatisme qu'il a connu au front? La folie finit par s'emparer d'Arsène...

Issue des contes et légendes de Franche-Comté la vouivre est décrite comme un être fabuleux magnifique mi-femme mi-serpent vivant dans les campagnes marécageuses du Grand-Est et qui porte à son cou une inestimable pierre précieuse (contrairement aux légendes scandinaves où elle serait un serpent ou un dragon ailé). Il y avait donc matière à faire un film envoutant sentant bon le terroir d'antan. Adapté du roman éponyme de Marcel Aymé La vouivre est un demi-échec ou une semi réussite selon le coté de la lorgnette auquel on se place. Pour sa seule et unique réalisation le grand acteur et comédien de théâtre George Wilson rate malheureusement son objectif. De l'aspect fantastique il ne

reste quasiment rien, la vouivre semble même être gommée de l'intrigue tant elle est peu présente. En fait le film de Wilson n'est rien d'autre qu'un drame rural situé juste après la première guerre mondiale. En ce sens son adaptation fonctionne parfaitement. Il y dépeint le monde paysan, la vie à la campagne de manière fort réaliste. Voilà une jolie chronique campagnarde souvent rustre qui montre les difficultés d'une vie âpre à travers une galerie de personnages tous plus antipathiques ou rudes les uns que les autres. Un vieux fossoyeur alcoolique, "la folle" des marais, un curé idiot anti-légende issu dirait-on d'une farce en guerre avec le maire, une Marie-couche-toi-là qui lève la jambe à toute heure, la domestique

simplette... sont autant de personnages qui habitent cette histoire où se mêlent rivalités de voisinage et les rumeurs notamment celle qui voudrait que Arsène soit devenu impuissant suite à ses blessures. Et il y a donc Arsène, le soldat perdu, blessé dans sa chair, qui souhaiterait que tout redevienne comme avant dans un village où les hommes font désormais fortement défaut. Certes il est le principal protagoniste d'une histoire qui surtout et avant tout tourne autour de lui. Particulièrement affecté par ce qu'il a vécu durant la guerre Arsène perd peu à peu pied, sombre dans la folie. Cette perte de repère, cette lente descente aux enfers certes fort bien filmée, n'est malheureusement pas assez centrée sur

l'aspect fantastique de l'intrigue. Car en effet tout réside dans le fait de savoir si cette folie est réellement due à son passé de soldat ou si la vouivre si toutefois elle existe le rend petit à petit fou, s'il l'a rencontré et lui a fait l'amour. La vouivre existe t-elle vraiment ou n'est-elle que le fruit de l'imagination de campagnards superstitieux, un mythe issu des contes qu'on se raconte le soir au coin du feu et qui prend vie dans l'esprit des gens à la moindre peur, au moindre mystère? N'est-elle que le fruit de la convoitise de ces paysans qui rêvent de lui dérober son diamant pour réaliser leurs souhaits les plus fous? Quant à Arsène l'a t-il rencontré ou cette femme merveilleuse n'est-elle que l'incarnation de sa soi-disant

impuissance? A toutes ces questions aucune réponse ne sera vraiment apportée, le doute plane mais il plane maladroitement. A aucun moment Wilson ne parvient à créer une quelconque dimension fantastique, à créer un climat de superstition, d'apporter la moindre touche onirique encore moins de mystère. Ceci fait cruellement défaut à ce film privé de merveilleux, propre à toute fable, à tout mythe.
Quant à la vouivre elle n'apparait qu'au milieu du film, une attente qui semble ne pas finir tant elle tarde à faire sa première apparition sous la forme d'une jolie sauvageonne entièrement nue qui déambule au milieu des marécages entourée de vipères. Rien de très fabuleux, rien

d'extraordinaire. Elle ne possède aucune aura magique et finit très vite par décevoir comme déçoivent les tête-à-tête entre elle et Arsène, privés de cette magie, embarrassés de longs bavardages souvent lourds et faussement philosophiques. Quant aux serpents Wilson se contente de les filmer glisser sur l'eau comme un banal documentaire animalier. Wilson esquisse tout fantastique contrairement au roman pour laisser place au drame humain. En découle forcément une oeuvre décevante pour ceux qui en attendaient un conte fabuleux. Reste le final, poétique, vénéneux, quelques cinq minutes où le surnaturel semble enfin pointer le bout de son nez tel qu'on aurait aimé le voir tout au long du métrage.

L'interprétation est intéressante et donne corps au drame. Wilson rassemble une affiche de prestige en tête son fils Lambert Wilson ici à ses débuts, excellent dans le rôle d'Arsène. Jean Carmet qui fait du Carmet est le fossoyeur alcoolique. Suzanne Flon qui décrochera le prix du meilleur second rôle est la mère. Macha Méril, méconnaissable, est la folle des marais. Jacques Dufilho trop peu présent est un vieux sage. Quant à la vouivre elle est interprétée par le mannequin Laurence Treil, célèbre pour une pub Vittel dans les années 80, dont l'étrange beauté sied assez bien au mythe qu'elle incarne. Atteinte d'une tumeur au cerveau suivie d'un cancer du sein puis d'une fracture du bassin Laurence mettra un terme à

sa carrière quelques temps plus tard puis sombrera dans l'oubli avant de ressurgir de temps à autre dans les années 2000 lors de festivals ou pour témoigner de ses combats. En estompant la majeure partie du roman d'origine Wilson s'est simplement contenté de mettre en scène un drame rural sur fond de France profonde qui malgré quelques stéréotypes fonctionne plutôt bien grâce d'une part aux magnifiques décors naturels de l'Indre d'autre part à l'excellente interprétation d'acteurs confirmés et une mise en scène efficace soulignée par une jolie partition musicale signée Vladimir Cosma. Sur le plan fantastique, fabuleux, magique, on ne peut malheureusement qu'être déçu. Si sur l'aspect dramatique La vouivre est une petite réussite sur l'aspect fantastique le film est un échec.

  • Par Éric Draven | mardi, 21 juillet 2026 | 22h09
  • CatégorieLes films

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