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La febbre del cinema


Réal: Ottavio Fabbri
Autres titres: La febbre del cinema - Movie rush
Année: 1976
Origine: Italie
Genre: Comédie
Durée: 86mn
Acteurs: Benjamin Lev, Loredana Bertè, Massimo Boldi, Daniela Caroli, Sergio Di Pinto, Marilda Donà, Eleonora Morana, Alberto Postorino, Jole Silvani, Guido Spadea, Patrizia Webley, Carla Volpato, Ugo Bologna, Flavio Colombaioni, Renato Chiantoni, Ettore Carloni, Dario Michaelis, Marisa Mantovani, Alessandro Fracassi...

Résumé: Un jeune réalisateur nommé Valzi essaie en vain de vendre son premier scénario à un producteur. En visitant les studios il découvre une vieille caméra muette qu'il dérobe avec l'aide d'un opérateur et d'une secrétaire. Il recrute quelques acteurs dans un bar et décide de réaliser lui même son premier film, une parodie du cinéma muet. Tout va assez vite dégénérer. Le film vire au porno...

Très peu connu du grand public Ottavio Fabbri est pourtant ce qu'on peut appeler un artiste. Dés l'âge de cinq ans il montre non seulement un grand intérêt pour la peinture mais il a un don pour manier les pinceaux tant et si bien qu'on le surnomme le Mozart du tableau. En grandissant Ottavio touche un peu à toutes les formes d'art. Il est tour à tour galeriste, styliste (il créa une collection inspirée de ses oeuvres picturales)... . Dans le domaine cinématographique il toucha un peu à tout, directeur de la photographie, scénariste (Blue Holocaust), producteur, compositeur musical, acteur et bien évidemment metteur en scène

même si entre 1976 et 1990 il ne réalisa que quatre films dont La febbre del cinema, sa toute première pellicule, un film inclassable, un de ces OFNI dans le ciel de l'exploitation italienne.
Valzi est un jeune réalisateur ambitieux qui tente désespérément de vendre son tout premier scénario à un vieux producteur qui souffre de problèmes oculaires. Bien peu intéressé par ce garçon plein d'assurance le producteur le congédie cordialement. Mais Valzi n'a pas l'intention d'en rester là. En visitant les studios il repère dans une pièce une vieille caméra muette qui a appartenu au père du producteur. Emerveillé par l'engin il décide de la voler

avec la complicité inattendue d'une secrétaire et d'un chef opérateur. Il la ramène chez lui et décide de mettre en scène lui même son film. Il recrute dans des lieux insolites ses acteurs, deux allemandes en villégiature, un marin en permission et les habitants de son immeuble. Tout est prêt. Le tournage de son long-métrage, une parodie des films du temps du muet, peut commencer. Mais petit à petit tout dégénère et le film vire au porno, chacun se libérant de ses inhibitions poussé par la verve du marin. Le film terminé Valzi le montre à des producteurs qui dépités refusent de lui acheter mais ils acceptent cependant de lui donner les moyens de tourner une pellicule beaucoup plus sérieuse. Valzi n'a pas dit son dernier

mot. Il récupère ses bobines lorsque soudain il est témoin d'un phénomène extraordinaire...
Si le résumé de l'histoire semble en apparence plutôt simple il en va autrement une fois qu'on le visionne. Difficile de classer ce premier long-métrage de Fabbri tant il est curieux et part tout azimut. On ne peut même pas réellement dire qu'il y a une véritable intrigue. Il y a certes une base, un jeune réalisateur vole une caméra dans un studio et décide de faire lui même son film avec des acteurs recrutés dans un pub et la participation des résidents de son immeuble, ce qui représente environ les quinze premières du minutes, puis tout part en cacahuètes. Il n'y a plus ni raison ni logique, tout semble être improvisé y compris les

dialogues. La febbre del cinema ressemble à un immense capharnaüm pelliculaire assez indescriptible où chacun donne l'impression d'être en totale roue libre. On assiste à une parodie du cinéma muet en costume d'époque (volés au studio) et ses cartons de dialogue, c'est la seule certitude, tournée dans un décor unique, l'appartement de Valzi et son immense lit au milieu de la pièce.
Délirant est l'adjectif qui qualifie le mieux ce film, un délire souvent incompréhensible à prétentions auteuriales, grotesque, farfelu pour une majorité du public du moins. Fabbri est un artiste qui a son univers propre. Certains pourront donc voir dans ce film beaucoup de

choses qu'ils interpréteront à leur manière, comme un tableau qu'on aime ou qu'on déteste (gardons à l'esprit que Fabbri était peintre), tandis que d'autres n'y verront qu'une idiotie sans nom, un vide intersidéral comblé par des scènes plus ridicules les unes que les autres. Une seule chose sur laquelle tout le monde sera d'accord. La febbre del cinema est rempli de références, de clins d'oeil, de symboliques (ratées?). On y croise outre une fée Napoléon, Garibaldi, Charlie Chaplin dont Fabbri était un grand amateur, Cléopâtre (le lit immense qui fut justement utilisé pour le film) et tant d'autres qui apparaissent ça et là, parfois furtivement. On devine bien sûr l'hommage au cinéma fellinien mais tout est si

maladroit, si follement hallucinant qu'on en reste pantois. C'est peut-être ce qui fait tenir 90 minutes devant son écran. Fabbri peut-il encore aller plus loin? Il le peut oui!
Contre toute après quelques joints la dernière partie du film se transforme soudainement sans que rien ne l'ait fait pressentir à un film pseudo pornographique. Tous les participants à cette parodie se déchainent subitement, se laissent aller, oublient leurs inhibitions. La pièce devient un immense bordel où tout le monde baise tout le monde dans une folie orgiaque assez spectaculaire, tous guidés par le marin dont le pénis est en pleine érection et sur lequel s'empale frénétiquement une des deux allemandes puis la fée puis... puis... Plus rien

ne semble sous contrôle. Ce déchainement des sens multiplie encore plus le nombre de plans de nudité que comptait déjà le film, qu'elle soit intégrale ou non, frontale, dorsale. Et même si le pénis du marin est un phallus en latex qui rappelle ceux du final de Salo de Pasolini il fallait oser! Cette orgie de sexe et de tartes à la crème (eh oui!) clôture ce capharnaüm qui avait pris la forme d'un film dans le film mais il ne pouvait se terminer aussi facilement. Restent les cinq dernières minutes. Que le producteur refuse le film de Valzi n'a rien de surprenant, que Valzi récupère ses bobines, voilà qui est normal mais lorsqu'il découvre qu'elles touchent les comédiens de son film ceux ci disparaissent dans le néant

comme s'ils n'avaient jamais existé. La magie du cinéma. Un film n'est qu'un film, ses personnages sont factices et meurent au mot Fin. Chacun y verra là encore ce qu'il veut. Puis ses bobines sous le bras Valzi fuit on ne sait où avec une jeune fille nommée Alba surgie de nulle part. Une bien étrange conclusion. Quelle métaphore peut-on y voir? Alba est-elle l'incarnation de l'Art, du Cinéma lui-même pour qui vit Valzi? Il est clair que Valzi est la projection de Fabbri, son double en plus jeune. On peut donc s'interroger sur cette fin mystérieuse.
Que dire de l'affiche et de l'interprétation? Elle est fabuleuse ne serait-ce que pour le casting.

Benjamin Lev, le farfadet maudit du cinéma Bis, est le candide Valzi, réalisateur à lunettes espiègle. Lev a toujours eu le sens du jeu. Acteur investi, puissant, talentueux, qui toucha à tous les genres avec efficacité, prouve une fois de plus quel grand acteur il fut. Ce sera son ultime film. Il disparaitra par la suite sans laisser de trace, addict dit-on aux joints et à la drogue qui tout au long de sa carrière lui valurent bien des soucis. Et les joints présents dans ce film n'étaient peut-être pas factices! La respectable chanteuse et comédienne Loredana Berté ici à ses débuts passe la plupart du film quasiment nue. Etonnant surtout pour ses fans lorsqu'on connait son parcours artistique mais elle avouait elle même que la

nudité est pour elle quelque chose de tout à fait naturel. Futur trublion de la comédie italienne Massimo Boldi lui aussi à ses débuts mène à sa façon la folie du film et c'est béat qu'on le découvre en érection (un faux pénis) simulant l'acte avec Loredana. Ugo Bologna est le vieux producteur. A leurs cotés on reconnaitra entre autres l'opulente Patrizia Webley (en fée) qui ne cesse d'exhiber ses énormes seins, la regrettée Kim Caroli aka Daniela Caroli, célèbre pour ses voix de doublage, l'ineffable Sergio Di Pinto et Marilda Dona.
Curieusement produit par Franco Cristaldi qui n'a très surement jamais aussi peu dépensé d'argent La febbre del cinema - Movie rush est une véritable curiosité, une comédie

délirante érotico-parodique qui n'a ni queue ni tête mais c'est sans nul doute cela qui fait sa force du moins son intérêt pour le peu bien sûr qu'on apprécie ce type d'OFNI. Movie rush est d'autant plus une nacre pour tout collectionneur de raretés qu'il n'est jamais sorti en salles, qu'il ne fut jamais édité ni en VHS encore moins en DVD. Pendant très longtemps on a cru que le film était en fait un mythe dont seules quelques photos de plateau témoignait de son existence. Puis surgie de nulle part une vieille copie de travail avec un time code inséré permit aux bissophiles assidus de pouvoir enfin découvrir cette bizarrerie avant qu'une copie quelque peu retravaillée ne circule sur le net dans les milieux privés.

  • Par Éric Draven | jeudi, 30 juillet 2026 | 15h46
  • CatégorieLes films

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