The grafitti artist

Réal: James Bolton
Autres titres:
Année: 2004
Origine: USA
Genre: Drame
Durée: 79mn
Acteurs: Rubie Bansie-Snellman, Pepper Fajans, Pledgure Duoshun, Zachary S.Small, Rich Clemets, Rich Carlton, Robert D. Heath Jr, Luke Cook, Daniel Parker, Dan Stegner, Justin Lawrence, Natasha Snellman, Jared Estrella, Angie Golds, Don Connell, John Paulson...
Résumé: Nick vit seul à Portland. Il n'a pas d'amis, passe son temps à manger, fumer et dormir mais surtout à taguer les murs de la ville. Tel est son triste quotidien. Un jour il fait la connaissance de Jesse, lui aussi tagueur. Tous deux ont du talent. Ils décident de s'associer tant leur complémentarité artistique fait merveille. Nick s'installe chez Jesse. Une nuit Jesse l'invite dans son lit. Ils ont une relation sexuelle. Si Nick est heureux il va vite désenchanter. Dés le lendemain Jesse devient de plus en plus distant...
Venu du court-métrage l'américain James Bolton s'est fait connaitre en 2001 avec son tout premier long métrage Eban and Charley, un drame gay touchant qui connut un grand succès à sa sortie aux USA. Par la suite Bolton, metteur en scène et scénariste très investi dans le cinéma indépendant, a continué son petit bonhomme de chemin. Entre deux courts-métrages il tourne pour le grand écran quelques films, des indies qui lui permettent d'acquérir la reconnaissance du public. Son second film The graffiti artist qu'il réalise en 2004 visite cette fois l'univers des artistes de rue clandestins, les tagueurs.


Nick est un Garçon solitaire, introverti. Il habite Portland et n'a pas d'amis. Il passe son temps à manger, dormir, faire du skate et surtout à se consacrer à ses ambitions artistiques. Nick est un artiste qui s'exprime sur les murs et les paysages tristes et gris de sa ville. Nick est un tagueur. De nuit comme de jour il couvre les murs de ses dessins à ses risques et périls. La police traque les jeunes comme lui et se fait un plaisir de les arrêter et les tabasser. Un jour il fait la connaissance de Jesse, un autre tagueur du même âge. Jesse a du talent. Les deux garçons s'acoquinent. C’est le début d’une belle amitié qui débouche bientôt sur une intense collaboration. Leur talent comme leur divergence de style se


complètent. Très vite Nick et Jesse créent des tags fascinants qu'ils sont heureux d'exposer sur les façades de Seattle. Jesse finit par héberger Nick qui ne semble pas indifférent au charme de son nouvel ami. Une nuit Jesse invite Nick dans son lit. Ils ont une relation sexuelle initiée par Jesse. Nick est aux anges mais au fil des jours Jesse semble pourtant s'éloigner, moins chaleureux même si leur complémentarité artistique continuent. Une nuit alors que Nick désire son ami celui ci ne répond pas à ses avances. Le lendemain il lui annonce qu'il a décidé de partir quelques temps chez sa mère. Nick ne tarde pas à découvrir qu'il lui a menti. Il n'a pas quitté la ville. Le chemin des deux garçons se sépare brutalement.


Nick se retrouve seul avec pour uniques compagnons ses bombes de peinture. Il reprend sa vie, se fait arrêter une nuit. Il est condamné mais à sa sortie de correctionnelle quelques mois plus tard il reprend les tags...
The grafitti artist comme son titre l'indique est un film sur l'univers des tagueurs, ces artistes rebelles qui ornent généralement clandestinement de leurs oeuvres les murs des villes. L'action se situe dans la banlieue grise de Portland, d'autant plus triste que nous sommes en hiver. Elle transpire la misère, le désoeuvrement. Le ton est donné, The graffiti artist est loin d'être un film gai. La ville est à l'image de son jeune protagoniste, Nick, un


garçon d'une vingtaine d'années visiblement à la dérive. On ne sait rien de lui hormis qu'il vit dans la solitude de son studio. Il passe le plus clair de son temps à manger, dormir, fumer des joints et surtout taguer les murs de la ville. On n'en saura pas plus mais c'est suffisant tant Bolton le décrit avec sincérité et justesse. On suit ainsi le quotidien de ce paumé, la morne routine d'un artiste dont la passion sont ces graffitis très personnels.
The grafitti artist pourrait paraitre ennuyeux mais il devient vite attachant de par l'atmosphère intimiste que son auteur lui confère, une ambiance nocturne d'une grande tristesse. On devine l'ennui, la pauvreté, le chômage chez ces jeunes marginaux mais


également la peur, celle d'être pris par les patrouilles de police qui circulent jour et nuit afin de tabasser du tagueur, des jeunes qui ne demandent qu'une chose, s'exprimer via leurs dessins et apporter un peu gaité à leur façon. Nick représente cette jeunesse, anonyme, cachée sous un sweat à capuche, parfois masquée. Lors de la deuxième partie le film prend une autre direction, plus inattendue avec la relation amicale qui se crée entre Nick et Jesse, un tagueur tout aussi anonyme (on sait juste qu'il a une mère quelque part) bourré lui aussi de talent. Outre leur parfaite complémentarité dans leur art c'est une relation plus intime qui au fil des jours se crée entre eux. Une nuit ils font l'amour. Dés cet instant Nick


devient plus solaire, une ombre de joie éclaire enfin son visage d'habitude fermé. De la tristesse on passe à la joie mais pour un court moment puisque Jesse après avoir initié cette relation homosexuelle devient distant, lui ment et finit par se refuser à Nick. Si Nick est gay et visiblement amoureux Jesse voit les choses différemment même s'il est à l'origine de cette relation éphémère. Il a une certaine ambition, est en quête d'une vie plus stable. Nick est un marginal qui n'a pas envie de se poser. Hormis le talent ils n'ont rien en commun. Cette nuit ne fut qu'une erreur sur l'instant, une pulsion née de leur solitude mutuelle, d'une attirance réciproque et de cet amour du tag qui les lie. La rupture est nette, brutale tant artistiquement que sentimentalement. Nick se retrouve aussi seul qu'avant, seul avec ses peurs, sa triste routine et ses bombes aérosols. Il n'y a pas vraiment de fin encore moins de happy end.


The grafitti artist fait par instant penser à un film vérité, un documentaire non seulement de par sa réalisation mais aussi de par son interprétation très réaliste et crédible des deux principaux protagonistes. Dans le rôle de Nick le taciturne américano-hindou Rubie Bansie-Snellman crève l'écran. Il offre une prestation tout en justesse, tendre, sensible et réussit à faire passer toute une palette d'émotions de par un seul regard, un seul geste, une expression, un pari d'autant plus difficile qu'il y a très peu de dialogues. Son partenaire, Pepper Fajans, est tout autant dans la retenue. Tout deux forment un couple parfait, en totale osmose. Ce sera malheureusement leur seul véritable rôle au cinéma. On reverra par la


suite Rubie (aperçu furtivement dans Elephant de Gus Van Sant) dans quelques courts avant qu'il ne se retire des feux de la rampe. Quant aux scènes de sexe ou de nudité (très peu nombreuses au demeurant) elles restent pudiques, sensuelles, dans la lignée de Eban and Charley. On y retrouve la même sensibilité, la même approche.
Rythmé par une jolie bande originale ambient composée par le français Kid Loco aka Kid Bravo qui renforce son aspect dramatique, obsédant, The Graffitti artist est le portrait nocturne réaliste et attachant d'une jeunesse urbaine marginale, fantomatique et rebelle,


tout empreint d'émotion, de sensibilité voire d'une certaine poésie. James Bolton signe une bande intimiste tout en douceur et tristesse, un film atmosphérique touchant susceptible de toucher certains spectateurs, gay ou non, de par sa puissance émotionnelle après que le mot Fin soit tombé.
Après Eban et Charley Bolton signe une deuxième petite perle inédite en France mais qui ne passa pas inaperçue lors de ses diffusions à différents festivals gay dont les Berlinoises. Quel dommage que son troisième long métrage, Dream boy, fut un tel ratage.

