Cinque figli di cane

Réal: Alfio Catalbiano
Autres titres: Cinq fils de chien / 5 fils de chien / Le défi des Bootleggers / Bootleggers / 5 figli di cane / Great war gang / America rugiente / Slacterszonen
Année: 1969
Origine: Italie / Espagne
Genre Noir / Polar
Durée: 92mn
Acteurs: George Eastman, Wayde Preston, Graziella Granata, Tano Cimarosa, Eduardo Fajardo, Archie Savage, Josè Suarez, Sandro Dori, Tito García, Nello Pazzafini, Paul Muller, Luciano Pigozzi, Antonella Murgia...
Résumé: L'Amérique des années 30 - Un gangster nommé Grim Doel est emprisonné avec quatre autres détenus. Doel les fait rapidement s'évader. Il leur propose de travailler pour lui. En échange de leur liberté et d'une somme de 5000 dollars ils vont devoir détruire la distillerie d'un gang rival cachée dans un monastère...
Plurifonctionnel l'espagnol Alfio Catalbiano est surtout connu comme cascadeur et maître d'armes sur bon nombre de films tant italiens qu'ibériques mais il fut aussi acteur la plupart du temps pour des seconds rôles, scénariste et metteur en scène. En tant que réalisateur on lui doit sept pellicules dont deux westerns-paëlla, un inattendu petit péplum horrifique et trois polars dont celui ci tourné en 1969 et coproduit avec l'Italie, Cinque figli di cane / 5 fils de chien connu également sous nos cieux sous le titre Le défi des bootleggers.


Dans l'Amérique des années 30, en pleine prohibition, Grim Doel, un gangster chevronné, est arrêté, emprisonné puis jeté dans l'antichambre de l'enfer avec quatre autres détenus reconnus pour leur férocité: Mc Gowann dit "l'irlandais", le mexicain Moncho, l'ingénieur et Jeremias, un homme de couleur. Malgré le sadisme de Charlie, le gardien, Doel parvient une nuit à s'évader avec ses quatre compagnons d'infortune. En fait l'évasion était déjà planifiée par Doel qui leur apprend qu'il appartient en fait à une organisation de trafic d'alcool dont l'objectif est de détruire la distillerie d'un gang rival dirigé par Louis Baimont. Elle est cachée derrière les murs du monastère de San Salvador sur l'ile de Gabbiano. Les quatre


hommes ont été choisis pour leurs capacités et outre le fait d'être libres, chacun recevra un joli petit paquet d'argent, soit 5000 dollars, une fois la mission réussie. Doel recrute dans un bordel la jolie Letizia, une putain qui leur servira d'espionne. Elle se fera passer pour une infirmière afin de pénétrer dans le monastère. Jeremias est choisi pour ouvrir la route et servir d'éclaireur mais il est fait prisonnier et torturé par les hommes de Baimont dans les souterrains du monastère. Informé par un traitre que Doel et ses comparses sont sur le point de les attaquer Baimont se prépare à les accueillir en force mais Doel, ayant eu vent de la traitrise, décide alors de prendre d'assaut le couvent une semaine plus tôt que prévu.


La bataille fait rage. La distillerie sera finalement détruite au prix fort puisque trois des hommes de Doel seront tués. Alors qu'ils prennent la mer Doel annonce aux survivants une étonnante surprise...
Avec ces 5 fils de chien écrit entre autres par Ferdinando Baldi Catalbiano revisite à sa façon Les douze salopards de Robert Aldrich. La comparaison s'arrête cependant là car notre ami espagnol n'est pas Aldrich. Le film reste de l'exploitation pure, une série B jouissive dont l'originalité est surtout de mêler plusieurs genres. 5 fils de chien débute comme un film carcéral soit les quinze / vingt premières minutes de pellicule et cette


ouverture est de loin la partie la plus intéressante et la plus violente du métrage. La découverte de l'antichambre de l'enfer, de petites cages situées en plein soleil où sont enfermés les détenus punis, est un petit bonheur pour amateurs de sadisme et de maltraitances, une visite qui nous permet aussi de faire connaissance avec les fameux chiens du titre. S'ensuit une évasion nocturne là encore fort bien filmée et surtout pétaradante avant que Catalbiano oriente son intrigue vers le noir mais un noir pas toujours sérieux puisqu'au pur film de gangsters s'ajoute une touche d'aventure, une bonne dose de comédie et de non sérieux qui fait partir l'ensemble dans un peu toutes les directions dans


un style qui rappelle souvent le western. Il ne faut pas compter sur la crédibilité, la vraisemblance du récit qui multiplie les incohérences et saute du coq à l'âne particulièrement dans le ton. On n'est pas là pour se prendre la tête et chercher la petite bête, on est là pour se divertir. Sur ce point ce noir tient ses promesses. Ainsi du sadisme de l'ouverture on passe à une légèreté parfois surprenante avec la scène du barbier (forcément efféminé) puis la scène du bordel où nos fils de chien vont déclencher une bagarre qu'on peut qualifier de grand burlesque digne d'un Terence Hill / Bud Spencer sur fond de charleston. Le summum du comique est atteint lorsqu'un vilain petit caniche noir


appartenant à une catin menace les parties intimes du chef de gang qui finit en slip. De telles scènes le film de Catalbiano en regorge alternant avec des séquences plus sérieuses que domine l'action comme par exemple l'attaque et la destruction de la distillerie.
Si la réalisation n'est pas toujours très adroite il faut reconnaitre qu'on ne s'ennuie jamais. Le rythme est alerte, l'action est quasi omniprésente et Catalbiano se permet même une ombre d'amitié virile sur fond de racisme entre les personnages de l'irlandais et de Jeremias, inattendue mais très agréable d'autant plus qu'elle débouchera sur un twist final


(pas forcément surprenant) qu'on peut qualifier de touchant qui tranche avec la dureté des premières minutes. Un autre atout de ce sympathique mix des genres est son interprétation menée par cinq très bons acteurs, Luigi Montefiori en tête dans la peau de l'Irlandais. Montefiori fait du Montefiori, tel qu'on l'aime, aussi tendre que par instant monstrueux ici. Le sicilien Tano Cimarosa, cabotin, est tout aussi excellent dans le rôle de Moncho le mexicain. L'américain Wayde Preston, un habitué du western spaghetti, est parfait en gangster. On appréciera aussi les seconds rôles comme notamment le générique Tito Garcia en gardien sadique et la présence toujours agréable de noms tels que Nello Pazzafini, Luciano Pigozzi


(le chef de l'organisation), Eduardo Fajardo (Baimont) et Paul Muller.
Second des trois polars que signa Catalbiano Cinq fils de chien malgré son improbabilité est une honnête série B, punchy, divertissante, un mélange plaisant de violence et de sadisme comme le cinéma italien aimait en faire alors et d'humour, le tout rythmé par une partition musicale signée Riz Ortolani.
Oublié des éditeurs de supports numériques ces Cinq fils de chien sont à ce jour uniquement disponible en VHS française de qualité assez médiocre et en vidéo italienne guère meilleure mais intégrale (l'édition est en effet censurée de quelques plans soit quelques petites minutes) mais il existe depuis peu une très belle version qui circule entre collectionneurs tirée d'un joli passage télévisé italien. De quoi rendre hommage à ce petit noir et le découvrir dans d'excellentes conditions.

