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Las adolescentes


Autres titres: Les adolescentes / Puberta / The adolescents / Jonge Meisje
Réal: Pedro Maso
Année: 1975
Origine: Espagne
Genre: Drame
Durée: 91mn
Acteurs: Anthony Andrews, Koo Stark, Susan Player, Victoria Vera, Eduardo Bea, Maria Perschy, Trevor Thomas, Cristina Galbó, Víctor Petit, Beatriz Galbó, Eduardo Fajardo, Queta Claver, Isabel María Pérez, Adolfo Alises, Judith Nelmes, Patricia Mason, Arthur Howard, Mónica Ulloa, Jack Taylor, Taida Urruzola, Patricia Wright...

Résumé: Ana, 15 ans, une adolescente timide et studieuse, est envoyée dans un pensionnat pour jeunes filles à Londres pour y perfectionner son anglais. Après avoir eu du mal à se faire accepter elle se fait deux amies, Rosalind et Carla. Ce qu'elle ignore c'est que les deux adolescentes sont les pions d'un réseau criminel dirigé par la directrice du pensionnat qui a pour but de faire des photos de nu de jeunes innocentes afin de les revendre à un magazine porno danois. Ana tombe dans le piège...

Pilier du cinéma espagnol contemporain Pedro Maso fait ses débuts comme scénariste dans les années 40 avant de fonder au début des années 60 sa propre société à l'origine de très nombreux succès du cinéma populaire ibérique de la décennie et de la suivante. Dans les années 80 il monte sa propre maison de production et travaille beaucoup et toujours avec succès pour la télévision. Il a contribué à faire connaitre des réalisateurs aussi prestigieux que Javier Aguirre et José Maria Forqué ainsi que des acteurs tel Javier Bardem. Après les très bons Experiencia prematrimonial et Una chica y un senior, tous

deux avec une toute jeune jeune Ornella Muti, il réalise en 1975 Las adolescentes qui lance cette fois la carrière de la scandaleuse Koo Stark.
Ana, 15 ans, est la fille de riches propriétaires d'une chaine d'hôtels en Espagne. Afin d'améliorer son anglais elle est envoyée à Londres dans un pensionnat pour jeunes filles. Elle partage sa chambre avec Carla, une adolescente de 17 ans aussi dévergondée que Ana est timide et studieuse. Elle fait aussi la connaissance de Carla. Après quelques difficultés à se faire accepter Ana se lie d'amitié avec les deux filles. Lors d'un week-end avec ses nouvelles amies Ana fait connaissance dans un pub d'un garçon, Jimmy, et

assiste à une danse lascive qu'exécute Rosalind sur scène avec Joe, un danseur strip-teaseur qu'elle s'avère connaitre. Elle le lui présente ainsi qu'un de ses amis Carlos. Si Ana pense avoir trouvé un groupe d'amis et a toute confiance en Jimmy dont elle s'éprend elle est loin d'imaginer qu'en fait les trois garçons font partie d'un réseau criminel à la tête duquel se trouve Mme Larsen, la directrice du pensionnat elle même. Rosalind et Carla devaient leur trouver une nouvelle proie, Jimmy avait pour mission de séduire la jeune fille. Tous sont pions qui doivent attirer des innocentes dans le but de les photographier nues pour des revues pornographiques danoises. Ana ne se doute de rien et tombe amoureuse

de Jimmy qui n'est pas insensible au charme de l'adolescente. C'est avec lui qu'elle perdra sa virginité. Lorsqu'il lui donne rendez-vous au studio ce sont Carlos et Joe qui l'accueillent. Ils la violent chacun leur tour pendant qu'une caméra soigneusement cachée prend des clichés. Jimmy qui entre temps s'est repenti par amour pour Ana arrive trop tard. Ses deux anciens partenaires lui tirent dessus mais il a eu le temps d'appeler la police qui arrête les deux malfrats mais également Mme Larsen. Le scandale est énorme. Rosalind et Carla, dépassées par les évènements, sont renvoyées du pensionnat. Ana repart pour l'Espagne.
Las adolescentes s'inscrit dans la lignée directe des deux films précédents du réalisateur,

Experienca prematrimonial (1972) et Una chica y un senor (1974) avec lesquels il forme une sorte de trilogie adolescente morbide. Dans le premier Pedro Maso explorait la sexualité d'une adolescente enceinte d'un homme bien plus âgé qui la laissera tomber, dans le second une jeune fille tout juste sortie de l'adolescence tombe follement amoureuse d'un avocat de 40 ans, marié et père de famille. Avec Las adolescentes qu'il tourne en 1975 Maso entraine cette fois sa jeune héroïne au coeur du vice et de la pornographie sournoisement dissimulés derrière le vernis d'un prestigieux pensionnat pour jeunes filles de bonnes familles londonien. Malgré son sujet il ne faut cependant pas

attendre de ce film un produit voyeuriste, exploitatif. Maso reste respectueux et surtout se plie aux exigences d'une censure espagnole encore très présente ce qui n'enlève rien à sa gravité ni à l'intérêt que suscite sa mise en scène sobre, efficace et surtout intelligente. Si à sa sortie en Espagne la critique souligna le contenu fortement érotique (certains écrivirent même "pornographiques") de certaines scènes qui pourraient choquer un public ibère encore peu habitué à de telles audaces elle reconnut qu'elles n'avaient rien de gratuites et représentaient très certainement les passages les plus forts et les plus réussis du film. Ce qui est tout à fait vrai.

On retrouve bien sûr l'ambiance des collèges pour jeunes filles et leurs chambrées où les élèvent découvrent leurs corps, fument, se dévergondent, vite réprimandées par une directrice austère très à cheval sur les convenances. C'est dans cet univers que se retrouve Ana, jeune fille timide et studieuse, vite tête de turc de ses camarades. Elle parvient pourtant à se faire accepter et devient amies avec deux d'entre elles qui lui font découvrir Londres et ses extravagances, notamment un pub à strip-tease où elle fait la connaissance de Jimmy. Maso parvient à préserver le suspens, ne dévoile à aucun moment ses cartes. Difficile de se douter que les deux camarades ne sont pas seulement deux petites débauchées mais les

pions bien malgré elles d'une organisation criminelle qui piège des innocentes pour faire d'elles des photos de nu destinées à des revues pornographiques étrangères. Plus difficile encore de se douter que la directrice en soit à sa tête même si son attitude peut parfois paraitre étrange.
Petit à petit Maso nous entraine dans les méandres du réseau, ses pièges qui lentement mais inexorablement se referme sur Ana, le temps de montrer l'habileté de ces groupes à manipuler ces jeunes filles, les tromper à leur insu jusqu'au final, très certainement un des meilleurs moments de cette pellicule pour sa brutalité mais également sa détresse. Le viol

d'Ana, odieux, tranche de par sa violence avec le reste du métrage qui hormis quelques plans de poitrines dénudées, de nus gentillets et de strip-teases en club et scènes de lit demeurait somme toute assez sage et se concentrait avant tout sur la description réussie plutôt bien détaillée de ses personnages, la romance vénéneuse d'Ana et la lente mise en place du terrible piège. Toute l'intensité dramatique de l'intrigue se concentre donc sur ces vingt dernières minutes particulièrement abouties qui illustrent parfaitement le propos du film. Peut-être pourrons nous nous poser la question de savoir si Maso a voulu ou non faire un plaidoyer contre la pornographie, en dénoncer les dangers ou simplement mettre en

avant sans parti pris aucun le péril qu'encourent d'innocentes jeunes filles à travers ces réseaux souvent bien cachés, un fait toujours autant d'actualité aujourd'hui. Quelques soient ses intentions le film est suffisamment poignant et bien réalisé pour retenir l'attention et faire réfléchir sans jamais tomber dans la facilité et l'indécence.
Las adolescentes bénéficie en outre d'une excellente interprétation notamment d'une toute jeune et très belle Koo Stark (tout juste 18 ans), très à l'aise et surtout crédible dans la peau d'Ana grâce à un jeu subtil, tout en nuances. Le scandale éclatera l'année suivante lorsque Koo interprétera Emily dans le controversé film éponyme de Henry Herbert, l'histoire d'une

jeune fille qui multiplie les expériences sexuelles tant avec les hommes que les femmes. En 1980 sa liaison sulfureuse avec le Prince Andrew fera la une des journaux. Après le faste elle connaitra une lente descente aux enfers puis la ruine avant de sortir la tête de l'eau au milieu des années 2000. A ses cotés on saluera également la prestation de Susan Player, déjà remarquée dans le nubile et indécent Cugini carnali / L'initiatrice de Sergio Martino, toujours aussi désinvolte, tout aussi parfaite que sa partenaire dans le rôle de Rosalind. L'affiche rassemble également quelques grands noms du cinéma espagnol qu'on aura plaisir à retrouver, parmi eux Maria Perschy (la directrice), Eduardo Fajardo, l'éternel

méchant Eduardo Bea, Queta Claver et le toujours noble Anthony Andrews. On reconnaitra aussi Cristina Galbo le temps d'une apparition malheureusement trop brève.
Magnifié par une superbe photographie, rythmé par une sympathique partition musicale qui comprend aussi quelques titres interprétés par Frank Sinatra et plus étonnamment par Demis Roussos Las adolescentes est une pellicule réalisée avec force et intelligence qui traite d'un sujet grave en évitant tout voyeurisme gratuit. Elle clôt avec brio cette trilogie adolescente que tout amateur de cinéma espagnol (mais pas que) prendra grand plaisir à découvrir.

  • Par Éric Draven | lundi, 11 mai 2026 | 21h57
  • CatégorieLes films

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