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Jitters


Autres titres: Une jeunesse islandaise / Oroi / Schmetterlinge im bauch /
Réal: Baldvin Zophoniasson
Année: 2010
Origine: Islande
Genre: Drame
Durée: 97mn
Acteurs: Atli Oskar Fjalarsson, Haraldur Stefansson, Ilva Holmes, Gisli Örn Garoärson, Maria Birta, Elias helgi Kofoed-Hansen, Birna Run Eiriksdottir, Vilhelm Por Neto, Kristin Peturdottur, Lilja Guorun Porsvaldottir, Porsteinn Bachmann, Olafur Asgeirsson, Saga Lif Frioriksdottir, Kristinn Agust Friofinsson...

Résumé: Lors d'un séjour linguistique à Manchester Gabriel, un jeune islandais de 16 ans, fait la connaissance de Markus, un adolescent rebelle qui le fascine. Lors d'une soirée bien arrosée ils s'embrassent. A son retour en Islande Gabriel a changé. Ses parents et sa meilleure amie Stella notent ce changement mais le jeune homme se renferme et passe le plus clair de son temps avec ses amis, à faire la fête et tenter de les aider, tous vivant des situations assez difficiles. Lorsque Markus réapparait dans la vie de Gabriel l'adolescent préfère le chasser de sa vie depuis la nuit où il l'a vu avec une fille. Une fête tragique en boite de nuit va bouleverser la vie de chacun et obligé Gabriel à faire un douloureux coming out...

Devenu en seulement quelques années un des réalisateurs les plus en vue du cinéma islandais, Baldvin Zophoniasson qui officie également sous le nom Baldvin Z débute sa carrière comme technicien freelance à la télévision de son pays avant de tourner un premier court-métrage en 2009. En 2010 il met en scène son tout premier, Oroi, plus connu sous son titre international Jitters (littéralement Troubles).

Gabriel, 16 ans, jeune lycéen islandais résidant à Reykjavik, effectue un séjour linguistique de trois semaines à Manchester. Garçon studieux, sans vraiment de style, il partage sa chambre avec Markus, un rebelle fêtard, dragueur invétéré avec qui il devient rapidement ami. Markus le fait sortir de sa zone de confort, le pousse à s'ouvrir et s'amuser. Gabriel semble troublé, se laisse entrainer par ce garçon extraverti. Une nuit à la sortie d'un pub, sous l'effet de l'alcool ils s'embrassent. A son retour en Islande les parents de Gabriel ils trouvent leur fils étrangement secret, plus renfermé et s'inquiètent un peu pour lui. Gabriel

continue sa vie mais garde bien pour lui son secret, évite bien de parler de ces changements qu'ils sent en lui depuis cette fameuse nuit. Il sort avec ses amis, boit trop. Il est le confident de Stella, sa meilleure amie qui est amoureuse de lui mais il fait comme s'il ne voyait rien. Stella s'éprend d'un garçon russe, Mitrovik, avec qui elle se sent pour la première fois de sa vie vraiment heureuse mais sa grand-mère, femme fermée et castratrice, refuse cette relation à laquelle elle va sournoisement mettre fin. Stella se suicide. Gabriel est aussi le conseiller de son copain Teddi qu'il guide du mieux qu'il peut

dans sa relation amoureuse houleuse avec sa petite amie Tara dont la mère est alcoolique. Comme le reste de la bande il s'investit également pour retrouver le père biologique de Greta qui ne l'a jamais reconnue. Grâce à un stratagème via les réseaux sociaux ils parviennent à le retrouver mais rien n'est simple car ils n'avaient pas prévu les conséquences de leurs actes. Lorsque Gabriel revoit un jour par hasard Markus, étudiant en coiffure, il tente de l'éviter mais les deux garçons se rapprochent. Markus l'invite à une fête mais sa copine l'accompagne. Bouleversé par la présence de cette fille qu'il surprend

entrain de lui faire l'amour Gabriel préfère ne plus revoir Markus par la suite. Il se renferme de plus en plus. Seul son beau-père soupçonne que ce changement de personnalité pourrait en fait cacher son homosexualité. Tout va tragiquement basculer une nuit lors d'une fête en boite de nuit à laquelle Markus va venir de force afin de s'expliquer avec Gabriel déjà fragilisé par la mort de Stella...
Pour son premier long métrage Baldvin Zophoniasson dresse avec Jitters (référence à ce

trouble que ressent l'adolescent) un portrait tout en douceur et nuances de la jeunesse islandaise en perte de repères, son mal être, ses questionnements mais aussi sur son identité. Beaucoup de thèmes sont abordés reliés entre eux par Gabriel, personnage central du film, un adolescent de 16 ans toujours très à l'écoute de ses amis dont il est le confident. Suite à un séjour linguistique et sa rencontre avec Markus, un rebelle extraverti qui le fascine, l'antithèse de Gabriel, l'adolescent va petit à petit perdre pied en tentant de se trouver sexuellement parlant. Car par delà leur amitié née lors de ce séjour à Manchester il y a eut lors d'une nuit bien ce baiser fougueux qu'ils ont échangé et qui va à jamais

bouleverser la vie de Gabriel qui découvre son homosexualité sans pour autant être certain qu'il est gay encore moins de l'avouer à ses amis, à sa famille. C'est un lourd secret qu'il va garder pour lui, avec qui il va devoir vivre alors que Stella, sa meilleure amie, et ses parents s'aperçoivent qu'il ne va pas bien depuis son retour. Gabriel se perd alors dans les fêtes entre amis, l'alcool. Lorsque son chemin croise de nouveau celui de Markus l'espoir renait jusqu'au jour où il le voit dans les bras d'une fille qui prétend être sa copine. Blessé Gabriel le chasse de sa vie, de son esprit mais il ne peut chasser l'homosexuel qui sommeille en lui.

Jitters aurait pu aller à la facilité et se concentrer uniquement sur cette relation gay entre deux adolescents dans une Islande certes permissive mais où il n'est pas toujours évident de vivre au grand jour ce qu'on est surtout à 16 ans. Zophoniasson a choisi la difficulté en traitant plusieurs histoires en même temps, celles des amis de Gabriel. Il y a Stella, l'éternelle amie clairement amoureuse de Gabriel, une relation ambigüe qu'il reproduit avec Tara qui sous l'effet de l'alcool tentera de le dépuceler mais au moment crucial rien ne se passera. On devine aisément ce troublant mélange d'amour-amitié qui les unit, l'envie de Gabriel de se laisser aller pour peut être se rassurer mais avant tout cacher sa véritable

nature. Stella est très amoureuse d'un russe un peu plus âgé qu'elle, un collègue de travail que sa grand-mère rejette par haine raciale, une haine qui poussera la jeune fille au suicide. Il y a Greta qui souhaite connaitre son père biologique et qui avec l'aide de ses amis fera tout pour le rencontrer au risque d'essuyer une grande déception surtout lorsqu'elle découvre que cet homme sort avec une de ses amies. On suit aussi les tribulations amoureuses de Teddi et Tara qui n'arrivent pas à réellement se trouver.
Toutes ses vies se croisent et s'entrecroisent au fil du quotidien de ces jeunes formant un mélange assez tendre d'éléments par instant poignants. Racisme, abandon, séduction,

isolement, quête, peur... dans un monde adolescent qui se partagent entre euphorie et tristesse. Sans oublier bien sûr le point de départ: l'homosexualité, la quête de son identité sexuelle à un âge où tout semble encore si incertain. Et Gabriel en est le fil rouge. Gabriel, toujours à l'écoute des autres mais qu'on oublie trop souvent d'écouter et qui se retrouve finalement isolé. Voilà peut-être où le bât blesse.
A force de vouloir aborder tant de thèmes, de s'occuper de trop de monde à la fois Zophoniasson semble s'être légèrement égaré d'où un relâchement de rythme parfois dans la mise en scène et quelques passages dont on se serait passé car peu intéressants

comme ces problèmes de colocation ou d'argent. Plus dommage encore Zophoniasson donne l'impression d'oublier ce qui au départ semblait être le coeur de l'intrigue: l'homosexualité de Gabriel et sa relation difficile avec Markus. Le personnage de Markus d'ailleurs est peu présent, il disparait une bonne partie du film pour ne réapparaitre que dans l'ultime bobine. Quant à l'homosexualité de Gabriel là encore elle est un peu trop mise de coté créant un sentiment de frustration. On attend, rien n'arrive! Il faut attendre là encore la dernière demi-heure du film pour qu'elle resurgisse cette fois de manière tragique lors d'un coming out aussi inattendu que douloureux dans un contexte particulièrement funeste, très

surement la partie la plus émotionnellement forte du film. Il est clair que le film ne pouvait se terminer sur une telle noirceur mais fallait-il conclure sur un happy end aussi facile et surtout si cliché pas forcément réaliste alors que Jitters, jusque là plutôt subtil dans son portrait, se voulait jusque là réaliste dans cette description de la jeunesse et de notre société? A chacun d'y apporter sa réponse.
Le film doit beaucoup à son interprétation, une bande de jeunes acteurs pour la plupart crédibles dans leur rôle respectif (notamment Ilva Holmes / Stella) mais c'est surtout de Atli Oskar Fjalarsson dont on se souviendra le plus. Pour son premier grand rôle à l'écran Atli,

16 ans, est tout simplement parfait. Son jeu tout en nuances, tout en émotion, tout en réserve, à l'instar de son physique sied parfaitement au personnage de Gabriel à la fois tendre et fragile. On s'attache d'autant plus aisément à lui qu'il est difficile de rester insensible à son charme aussi discret soit-il. Depuis Jitters Atli s'est taillé une solide place au soleil (de minuit) en Islande, il est aujourd'hui un des acteurs les plus en vue de son pays, moult fois récompensé pour les films dans lesquels il est apparu dont le magnifique Sparrows en 2015.

Pour son premier essai au cinéma Zophoniasson fait de la jeunesse islandaise une peinture juste, sobre et soignée toute empreinte de délicatesse. Tout en émotion, porté par le frêle Atli Oskar Fjalarsson Jitters est une oeuvre belle, touchante pas forcément parfaite dû en partie à ce déséquilibre narratif mais en tout cas vibrante et surtout sincère exempte de tout voyeurisme.
Présenté à de nombreux festivals dont le Paris gay and lesbian films festival Jitters reçut de nombreuses nominations et remporta deux prix, celui du meilleur acteur pour le jeune Atli Oskar Fjalarsson et de la meilleure actrice pour Ilva Holmes.

  • Par Éric Draven | jeudi, 21 mai 2026 | 14h05
  • CatégorieLe cinéma gay

« Dream boy

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