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Cuore di mamma


Autres titres: Coeur de mère / Mother's heart
Réal: Salvatore Samperi
Année: 1969
Origine: Italie
Genre: Drame
Durée: 89mn
Acteurs: Carla Gravina, Philippe Leroy, Beba Loncar, Mauro Gravina, Monica Gravina, Yorgo Voyagis, Paolo Graziosi, Valentino D'orfeo, Sara Di Nepi, Massimo Monaci, Nicoletta Rizzi, Rossano Jalenti, Roberto Bruni, Rina Franchetti, Paolo Ciarchi, Claudio Dani...

Résumé: Divorcée depuis déjà trois ans d'un riche industriel l'apathique Lorenza vit seule aujourd'hui avec ses trois enfants. L'ainé, 9 ans, est un petit garçon prodige passionné par la biochimie, les fusées et les discours politiques mais aussi un dangereux petit psychopathe coiffé d'un casque militaire allemand. Alors que sa mère intègre un groupe de jeunes révolutionnaires il terrorise la bonne puis tue son petit frère en le noyant et sa soeur qu'il gaze...

Fervent admirateur du cinéma de Marco Ferreri, de Bellocchio, de Bertolucci Salvatore Samperi tourne son premier film en 1968, Grazie Zia / Merci ma tante, une petite réussite qui conte la relation psycho-incestueuse d'une tante pour son jeune neveu. Ce film qui à sa façon marquera l'histoire du cinéma italien sera très représentatif de ce que sera le cinéma de Samperi souvent qualifié de sulfureux. Il va très rapidement se spécialiser en effet dans les drames bourgeois à l'érotisme morbide à travers desquels il donne une vision souvent amère, douloureuse non seulement de la classe bourgeoise mais aussi de la société

démo-chrétienne. Son second film, Cuore di mama / Coeur de mère, sorti l'année suivante, suit ce modèle en détruisant cette fois la cellule familiale.
Il y a trois ans Lorenza Garrone a divorcé de son mari, le riche industriel Andrea Franti qui travaille dans les produits pharmaceutiques. Elle vit désormais seule avec ses trois enfants qu'elle élève de manière apathique. Massimo, l'ainé, 9 ans, est un enfant prodige. Inlassablement coiffé d'un casque militaire allemand il dessine les fesses de la bonne qu'il menace d'étouffer dans une armoire si elle ne se dévêt pas devant lui, il tient des discours politiques révolutionnaires étonnants notamment lors des réceptions que donne sa mère,

se passionne pour la biochimie et fait une obsession pour les fusées. Il en confectionne d'ailleurs une qu'il dépose sur la plage puis y met le chat après avoir tenté en vain d'y mettre son petit frère de trois ans Sebastiano. Lors de la mise à feu la fusée explose malencontreusement. Il enterre le chat dans le jardin. Puis Massimo accuse Sebastiano d'être un ancien communiste ce qui fait hurler le bébé. Lorenza surprend un jour un hippie entrain de voler un livre dans la librairie où elle travaille. Elle décide de le suivre et intègre le groupe de jeunes contestataires auquel il appartient. Petit à petit elle se met à adhérer à leur idéologie, sa façon à elle de réagir aux idées nazies de son diable de fiston et combattre la

bourgeoisie et le gouvernement. Elle leur confectionne une bombe destinée à faire exploser une usine. Entre temps Sebastiano meurt noyé dans la baignoire. Un tragique accident pour tout le monde. Puis c'est au tour de sa soeur de mourir, asphyxiée au gaz. Sa mère retrouve son fils avec un masque à gaz qu'il a lui même confectionné. Psychopathe, Massimo est responsable de ces meurtres. Dans une lettre il accuse sa mère d'en être l'auteur mais affirme renoncer à la dénoncer à la police car elle aime tout de même ses enfants. Un matin, entièrement nu sur la plage, son casque nazi vissé sur le crâne, il se prépare à lancer sa nouvelle navette spatiale. Au moment de la mise en feu l'engin, saboté par sa mère,

explose. Ne reste de l'enfant que son casque qui tombe aux pieds de Lorenza. Elle n'a aucune réaction, se contente d'esquisser un sourire. La nuit suivante le leader des révolutionnaires est arrêté. En pleine déroute elle et ses amis font exploser la pharmacie de son ex-mari. Lorenza met un point final à ses actes contestataires.
Cuore di mamma intègre parfaitement la ligne directrice du cinéma de Samperi. Avec ce second film il fait de nouveau un portrait au vitriol de la bourgeoisie en s'amusant ici à massacrer avec un évident cynisme et beaucoup d'ironie les relations familiales mais de manière plutôt inattendue puisqu'il le fait par le biais de l'expérimental. C'est peut-être bien

là que le bât blesse puisque le film truffé de symboles parfois grossiers a du mal à fonctionner, Samperi ne maitrisant visiblement pas vraiment le genre. Certes le film est bizarre, il surprend, intrigue, joue avec les codes d'un cinéma alors très à la mode, le film contestataire, mais l'approche du réalisateur est si maladroite que ce deuxième essai tombe assez vite à l'eau et perd tout son impact. Jouer avec l'expérimental n'est pas chose aisé et demande tout un savoir-faire que Samperi ne possède visiblement pas. Difficile d'accrocher aux personnages, à l'histoire. L'effet de surprise passée ne reste que l'aspect bizarre pour justement retenir l'attention et quelques provocations gratuites qui n'ont pas

vraiment lieu d'être ici et ne semblent exister que par effet de mode notamment les scènes de nudité intégrale des enfants (dans l'air du temps), la relation saphique entre Lorenza et Magda, la nouvelle compagne de son ex-mari, qui ne trouve aucune justification dans le récit. Les réactions de la mère, ses changements d'humeur et de position souvent peu compréhensibles n'aident guère à donner à l'histoire une certaine crédibilité. Même si le discours anti bourgeois, anti capitaliste est bel et bien présent il ne résonne pas assez pour réellement convaincre. Samperi fait un joli melting-pot d'éléments (attentats à la bombe, infanticides/fraticides, contestation et révolution tant politique que générationnelle, la liberté

des moeurs et la sexualité comme pratique de libération,..) qu'il brasse grossièrement sans jamais réussir à choquer encore moins à atteindre le spectateur, lui donner matière à réfléchir. Le résultat s'avère confus. C'est donc passif, peu concerné, qu'on suit les exactions de cet enfant psychopathe nazi-fasciste, essentiellement pour voir jusqu'où il ira et comment tout cela s'arrêtera.
C'est d'ailleurs un des principaux atouts de Cuore di mamma, son interprétation. Celle de sa principale protagoniste, Carla Gravina, magnifique, excellente, d'autant plus stupéfiante qu'elle ne prononce pas un seul mot durant toute le métrage. Son rôle muet. Tout passe

dans les regards, la gestuelle, le langage du corps. Un tour de force qu'elle réussit haut la main. Autre exploit celui de Mauro Gravina (Massimo, le fils) qui excelle dans la peau de cet enfant fasciste et fraticide sans âme et nous réserve quelques grands moments, une sorte de Lou Castel version bambin terrifiant dans sa froideur et sa maturité généré par l'absence de famille et le contexte politique. Pour information même s'ils portent le même nom de famille que Carla Gravina Mauro et Monica Gravina ne sont pas les enfants de l'actrice. Autres atouts de ce drame bourgeois sa superbe et très colorée photographie, la partition musicale grandiose de Ennio Morricone, absolument remarquable, composée de mélodies

toutes plus belles les unes que les autres sans oublier la reprise de Piccolo uomo de Della Mea par Paolo Ciarchi, et le plaisir de revoir à l'écran Philippe Leroy et Beba Loncar.
Le sujet était intéressant, les ambitions de Salvatore Samperi fort louables mais de ses intentions ne restent au final quasiment rien si ce n'est quelques scènes. Cuore di mamma par sa forme est un film surréaliste, grotesque, cynique malheureusement raté qui ne séduit que pour son visuel coloré, très pop / fumetti, sa magnifique musique et son interprétation. Dans le style contestataire le cinéma italien a fait beaucoup mieux, Samperi a fait mieux.

  • Par Éric Draven | mardi, 5 mai 2026 | 22h24
  • CatégorieLes films

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