Ancora una volta a Venezia

Autres titres: Ancora una volta... a Venezia
Réal: Claudio Giorgi
Année: 1976
Origine: Italie
Genre: Lacrima movie
Durée: 84mn
Acteurs: Franco Dani, Katiuscia, Loredana Nusciak, Sven Valsecchi, Raika Juri, Gianni Vannicola, Frank O'Neil, Claudio Giorgi, Paolo Casella, Ugio Giorgetti, Giovanni Di Benedetto...
Résumé: Laura trouve par hasard un emploi de baby-sitter chez Elisabetta, la femme de son premier amour, Francesco. Elle s'occupera de leur fils Toto. Petit à petit Francesco et Laura se rapprochent. La flamme d'hier se ravive d'autant plus que le mariage de Francesco n'est plus au beau fixe. Elisabetta se doute de quelque chose alors que sa santé se dégrade étrangement. Jusqu'au jour où Toto est kidnappé...
Faut-il avoir peur d'un film signé Claudio Giorgi régulièrement crédité sous le pseudonyme Claudio De Molinis? On pourrait en effet vu la filmographie de ce scénariste-acteur-réalisateur qui n'a pourtant à son actif que six petits films de piètre mémoire comme ce drame érotique sirupeux raté au titre pourtant aguicheur, Candido erotico, cette sexy comédie de fin de parcours avec Lilli Carati, Y a t-il un fantôme dans mon lit, ou cet ersatz de La fièvre du samedi soir sympathique mais pas forcément très excitant, La febbre americana. Et il y a ce mélodrame, Ancora una volta a Venezia, un lacrima movie déroutant tant il est... fade, inefficace et surtout abracadabrant.


Laura trouve par le biais d'une petite annonce une place de baby-sitter chez Elisabetta, l'épouse de l'architecte Francesco. Elle s'occupera de leur jeune fils de 7 ans Toto. Quelle n'est pas sa surprise lorsque Laura découvre que Francesco n'est autre que son premier amour, l'homme avec qui elle a vécu une magnifique romance à Venise. Tout deux s'efforcent de ne rien faire paraitre mais doucement leurs sentiments refont surface. Francesco passe beaucoup de temps avec Laura et son fils, un rapprochement que note Elisabetta, épouse aigrie sujette à de fréquents maux de tête. Francesco explique un jour à Laura pourquoi il l'a


quitté et épousé Elisabetta, la fille de son patron, rencontrée lors d'une réception. Avec elle son avenir professionnel était assuré. Puis elle est tombée enceinte de Toto et il a préféré disparaitre de la vie de Laura. Son mariage bat aujourd'hui de l'aile. Les deux ex-amants se rapprochent de plus en plus et échangent un baiser. Une nuit Laura surprend Francesco entrain de verser des gouttes dans le verre d'eau de sa femme qui est étrangement tombée malade. Troublée elle fait faire en secret une analyse du verre. Il s'agit d'arsenic. Francesco serait-il entrain de faire mourir à petit feu sa femme? C'est alors que Toto est kidnappé. Les ravisseurs demandent une rançon de un milliard de lires pour sa libération.


Malheureusement Toto meurt d'une surdose de somnifères. Franca, un des trois ravisseurs, se rend à la police et dénonce ses complices. Il s'agit d'une sombre affaire d'héritage orchestrée par le frère d'Elisabetta dont la société est au bord de la ruine et de leur ami commun Giacomo qui est aussi le véritable père de Toto...
Abracadabrant! Voilà l'adjectif qui convient pour qualifier ce lacrima movie, ces films familiaux dont le but est de faire verser des rivières de larmes au spectateur, qui cette fois ne fera pleurer personne sinon de dépit. Pour son premier long métrage Giorgi a concocté un méli-mélo quasi surréaliste digne d'un soap style Les feux de l'amour. C'est ainsi que la jeune


Laura par le plus grand des hasards devient là encore par hasard la baby-sitter de Toto, un enfant de six ans dont la mère n'est autre que l'épouse de l'ex-petit ami de Laura, son premier amour (vénitien, d'où le titre ma bonne dame)! Voilà un début déjà peu probable mais on se dit que Laura n'a pas de chance. Malheureusement plus le film avance plus on hallucine face à ce scénario invraisemblable qui accumule les improbabilités et part tout azimut.
La première partie du film s'intéresse uniquement à l'histoire de Laura et Francesco qui nous est narrée maladroitement à grands renforts de flashbacks mielleux entrecoupés par


des instants de vie de Toto, un gamin vite insupportable qui essaie de tirer en vain sur la corde sensible du public, ce qui le rend encore plus bête. On s'ennuierait presque tant la narration tourne à vide lorsque soudain notre lacrima movie se transforme en thriller! Inattendu et risible. Le soir où Elisabetta est tombée malade Laura a surpris son mari entrain de verser d'étranges gouttes dans son verre d'eau. Elle en déduit donc qu'il tente d'assassiner son épouse et fait analyser le verre en cachette par un docteur qui ne pose aucune question même après y avoir découvert des traces d'arsenic. C'est énorme, on peine à y croire comme on a du mal à croire à la suite d'ailleurs. Laura fait des cauchemars


(une main gantée de noir tente de l'étrangler, clin d'oeil rigolo car raté au giallo), Laura doit affronter Elisabetta qui a découvert ce qui l'unit à son mari, Laura calme le jeu et garde sa place de baby-sitter (Harry Potter sort de ce corps) puis rebondissement: Toto est enlevé alors qu'il joue au ballon dans un parc avec une fillette. Vu comme il se fait kidnapper on se dit que Toto est réellement très bête! Tout le monde pleure (sauf le spectateur), tout le monde se demande pourquoi (le spectateur qui n'a pas décroché aussi) et voilà que les scénaristes assassinent l'enfant! Inédit dans un tel type de cinéma. Bêtement là encore. Les ravisseurs ne voulaient pas lui faire de mal mais ils lui ont donné trop de somnifères. Ils sont vraiment tous très bêtes!


A partir de là plus rien n'a vraiment de sens mais il faut pourtant expliquer le pourquoi du comment. Giorgi met donc en place une sombre histoire de famille qu'il narre là encore par flashbacks en suivant les aveux de Franca. Le rapt a été manigancé par le frère d'Elisabetta, un homme d'affaires ruiné qu'elle a refusé d'aider financièrement et qui jadis n'a même pas eu droit à sa part d'héritage, et son meilleur ami qui s'avère être le vrai père de Toto. Imaginez la tête de Francesco lorsqu'il l'apprend. Pourquoi ce mensonge qui ne change en rien l'intrigue? Une affaire d'argent là encore, Elisabetta était une arriviste. Tout le monde pleure, se repend. Toto est mort, Giacomo a tué son fils, Francesco quitte Elisabetta, Laura


quitte Francesco, repart à Venise et Elisabetta se suicide, tout ça en moins de deux minutes! Franco l'âme en peine erre à Venise et tombe par hasard sur Laura seule au bord du canal où ils s'étaient connu. Qu'il fait bien les choses ce coquin de hasard. Ils échangent un long baiser alors que défile le générique de fin. Le spectateur lui est déconcerté et se demande à quoi il a réellement assisté.
L'intrigue improbable ne tient pas debout, pas crédible pour un sou. Tout est énorme mais ce n'est pas le plus dérangeant ici, ce qui l'est vraiment c'est peut être que dans ce melting-pot incroyable rien ne fonctionne surtout pas le coté sentimentaliste propre au genre. Le trait


est si forcé qu'il en devient pénible. Tout sonne faux. Ancora una volta a Venezia est purement et simplement un désastre que rien ne sauve du naufrage surtout pas l'interprétation à la limite de l'amateurisme à commencer par le couple vedette. L'ex-modèle des romans-photos de la Lancio, le Frédéric François italien, Franco Dani, est aussi rigide qu'inexpressif, totalement amidonné. Peut-être ne s'est il pas rendu compte qu'il ne posait pas pour un roman-photo cette fois mais tournait un film! Katiuscia alias Caterina Piretti, elle aussi modèle phare de la Lancio, est insipide et franchement ridicule lors des flashbacks où elle apparait avec deux horribles couettes ou des macarons et joue les ados


en jupe plissée en faisant des grimaces de petite fille! La slave Raika Juri joue les aigries migraineuses et ça ne lui va pas du tout. La pauvre Loredana Nusciak dont ce sera l'ultime film pleure beaucoup. Quant à Toto c'est Sven Valsecchi, l'ex-petit prince (aux cotés de Renato Cestié) du lacrima movie, qui se glisse sous son casque blond, incapable de faire naitre la moindre émotion tant il est faussement mielleux, peu aidé par des dialogues d'une consternante puérilité mais rassurez vous, les dialogues de manière générale sont d'une sidérante stupidité. Même la mort de Toto laisse indifférent. C'est pour dire l'étendue des dégâts. Quant à Venise, une Venise hivernale, elle n'est présente que lors de quelques flashbacks, le temps de petites promenades au bord des canaux.
De Giorgi on ne pouvait guère attendre de miracle. Face à ce lacrima movie raté on peut en toute légitimité se demander s'il faut pleurer de rire ou de consternation, les deux à la fois peut-être. Insipide, bien trop artificiel pour faire naître la moindre émotion Giorgi signe là un des plus mauvais films du genre.