Il diario proibito di Fanny

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Réal: Sergio Pastore
Année: 1969
Origine: Italie
Genre: Sex mondo
Durée: 77mn
Acteurs: Giovanna Lenzi, Dean Reed, Anthony Steel, Ivano Davoli, Gianni Dei, Elisa Mainardi, Alan Dass, Bianca Benzi, Vittoria Dal Verme, Agostino De Simone, Luciano Macel, Matilde Severino, Carlo Croccolo...
Résumé: Fanny et son compagnon Michel sont confrontés à divers cas de sexualité dite déviantes, des sujets tabou auxquels un spécialiste apporte ses réponses: le sadomasochisme, l'homosexualité, la frigidité, la pilule et la fécondation artificielle...
Pour les amateurs de gialli le nom de Sergio Pastore évoque surtout l'argentesque Sette scialli di seta gialla, devenu aujourd'hui un classique du genre. Pour d'autres qui viseraient des choses un peu plus pointues et surtout plus obscures ce sont ses drames pour la plupart méconnus si ce n'est oubliés qu'ils retiendront d'une carrière qui s'étend sur quasiment vingt ans sans pourtant être très dense. Parmi ces pellicules il y en a une bien étrange, une de ces bizarreries comme on ne pouvait en tourner qu'en ces folles années, qu'on peut assimiler à un sex mondo, un style cinématographique alors très en vogue en


cette fin d'années 60 mais décliné à la sauce Pastore. Ce "Carnet secret de Fanny" risque en effet de surprendre!
Il diario segreto di Fanny se découpe en fait en six petits épisodes où on suit le questionnement, les tourments et déboires sexuels de Fanny, la représentation de toutes les femmes modernes, et de son fiancé ou mari (selon les histoires), Michel. Chaque segment traite d'un sujet spécifique à la sexualité de la femme, des sujets encore tabous à cette époque souvent considérés comme des déviances sexuelles, auxquels Pastore avec


l'aide d'un docteur spécialisé différent pour chaque thème abordé tente d'apporter quelques explications avisées à cette pauvre Fanny. Le procédé n'est pas nouveau. Ce type de pseudo film documentaire, de pseudo cours d'éducation sexuelle n'était pas à son coup d'essai. Citons notamment pour mémoire le célèbre Helga, vie intime d'une jeune femme de l'allemand Erich F. Bender mais aussi Silvia e l'amore, Prima e dopo l'amore... un grido d'allarme ou encore les français Nathalie après l'amour et Nathalie l'amour s'éveille.
Sergio Pastore s'intéresse ici à la jeune Fanny et pour se faire use d'originalité en donnant à l'ensemble un ton par instant poétique voire surréaliste. On en veut pour preuve l'ouverture


du film, un premier épisode joliment intitulé "Il poema della vita" où Pastore par le biais de la voix-off rappelle à son public sur fond de musiques orientales obsédantes les bases de la Genèse, Adam et Eve, l'Amour, la terre, le Soleil, le mysticisme et l'orientalisme, le Kamasutra dans un univers où guerres, violences et déviances sont le quotidien de la femme. Il nous rappelle que le rôle de la femme tel que Dieu la voulu est de procréer dans la douleur, son ventre est le berceau du monde. Le ton est aussi lyrique que solennel. Cette première narration est de toute beauté, mêlant images orientales et bibliques, tableaux pieux et autres icônes religieuses sur lesquelles apparait en surimpression Fanny vêtue telle une sainte.


Arrive ensuite la première histoire à proprement parler "La frustra e l'amore" (Le fouet et l'amour) qui comme on peut aisément le deviner traite du sadomasochisme. Fanny consulte son médecin car elle fait régulièrement un rêve qui la trouble. Elle se voit propulsée dans un Far west de pacotille soumise à son fiancé Michel, un américain avec qui elle n'a pas une sexualité totalement épanouie. Déguisé en cow-boy il lui chante une ritournelle avant de la fouetter brutalement à coups de ceinturon au beau milieu d'un saloon... et Fanny, terrorisée, y prend pourtant gout. De quoi inquiéter la belle qui ne comprend pas ce rêve récurrent. Ce premier sketch est dans la continuité du segment d'ouverture. Outre l'originalité du cadre


western il possède lui aussi un coté surréaliste inquiétant franchement plaisant, une dimension onirique curieuse plus encore lorsque Michel la fouette sur une scène de cabaret déserte dans un silence lourd que seul le claquement glacial du fouet brise sous les soupirs de plaisir d'une Fanny entièrement soumise... ou la domination suprême du mâle sur la femme. Un propos totalement impensable aujourd'hui. Le retour à la réalité est un peu plus difficile et fera bien sourire. Les explications du bon docteur comme dans tout bon mondo sont hilarantes. Pourquoi ce décor western? Tout simplement car Fanny aime inconsciemment les westerns, un environnement très viril symbole de force, et y projette ses

désirs de soumission, de violence! Pas de quoi s'inquiéter. Le sadomasochisme n'est en rien une maladie sauf si elle provient de maltraitance parentales subies durant l'enfance. Une visite chez un psychiatre est alors conseillée. Fanny est rassurée. Combien vous dois-je docteur? Absolument rien. C'est offert par Pastore.
Le deuxième segment nommé Le serve traite quant à lui du lesbianisme. Cette fois Fanny doit trouver un travail. Elle trouve un poste de domestique chez une comtesse un brin excentrique. Tout irait bien pour elle si Rosa l'austère servante avec qui elle partage ses tâches ne lui rendait pas la vie impossible. Elle est lesbienne et a jeté son dévolu sur notre


Fanny qu'elle soumet à ses caprices puis à ses désirs sexuels. Elle lui interdit même de voir son fiancé Michel, le garçon de ferme, dont elle est jalouse. Fanny lui désobéit et continue de le voir en secret. Un jour Michel sonne à la porte de la comtesse. La servante le jette. Michel la frappe. Fanny retourne chez elle. La servante se console dans les bras de la comtesse ivre. A partir de ce second sketch Pastore abandonne toute forme de surréalisme. Adieu aussi à la poésie qui caractérisait le début du film qui laisse place à une narration plus simple moins originale. Chaque opus sera ainsi filmé comme pour n'importe quel autre mondo, se contentant simplement d'illustrer son sujet. Cette seconde histoire vaut


surtout pour le personnage de la servante lesbienne, une garce au regard dur qui faute d'avoir la comtesse veut Fanny rien que pour elle, qui ose même la gifler lorsqu'elle apprend qu'elle voit toujours Michel. Les scènes saphiques plus suggérées que montrées, époque oblige, sont cependant assez belles et troublantes mais c'est la conclusion qui là encore est hilarante lorsque le docteur nous explique qu'il existe en fait une homosexualité génétique contre laquelle on ne peut rien et une homosexualité psychologique du à un blocage suite à un traumatisme sexuel souvent violent assimilé à une névrose. Le sujet se tourne alors en désespoir de cause vers quelqu'un du même sexe mais une bonne thérapie peut le faire


revenir à une sexualité dite "normale". Amen. Fanny est heureuse. Elle peut aimer Michel. L'homosexuel quant à lui peut s'inquiéter.
Le troisième opus 3 "Le furberie di Michel" traite de la fameuse pilule contraceptive condamnée par l"Eglise. Fanny est mariée à Michel qui, désireux d'avoir beaucoup d'enfants, aimerait bien que sa femme arrête de prendre la pilule mais Fanny refuse de peur de tomber enceinte. Michel a donc recours à un vil stratagème. Il demande à un faux prêtre de convaincre Fanny d'arrêter la pilule en lui vantant les bienfaits d'une famille nombreuse. S'ensuit un discours d'un sexologue qui rappelle l'importance de la contraception et


l'existence de la pilule du lendemain au cas où! Dans tous les cas précise t-il bien la femme doit consulter un gynéco!
Le quatrième sketch "Donna di ghiaccio" traite comme son titre l'indique de la frigidité. Même si elle l'aime Fanny n'est pas réceptive aux avances de son fiancé Michel. Lors d'une promenade bucolique le jeune homme tente de lui faire l'amour mais elle refuse et s'excuse. Elle n'éprouve aucun désir. Michel est déçu et quelque peu irrité surtout qu'elle voudrait qu'ils se marient. Peut-il épouser une frigide? Choquée Fanny consulte son docteur qui la rassure. Elle n'est pas frigide mais a simplement peur de l'acte sexuel qui pour elle


est encore un mystère. Son problème est donc psychologique comme pour la plupart des femmes qui ont peur de l'assurance du mâle. Tendresse, romantisme, patience voilà le remède. Fanny et Michel se retrouvent, heureux.
L'ultime cercle s'intitule "La provetta non è un padre" et s'intéresse à la fécondation artificielle. Fanny veut un enfant sans pour autant avoir quelqu'un dans sa vie. Femme moderne elle décide malgré l'interdiction formelle de son père d'avoir recours à la fécondation artificielle. Elle part pour l'Orient malgré la colère paternelle. Il reniera sa fille si elle utilise cette méthode abjecte qui de surcroit fera d'elle la honte du village. Fanny est en


plein dilemme. S'enchaine alors une série d'images plutôt cliniques qui illustrent le processus de fécondation artificielle.
Comme tout mondo qui se respecte Il diario segreto di Fanny se termine par une conclusion récitée en voix off. Oui le sexe régit le monde mais il restera à jamais tabou!
Voilà un Pastore inattendu, un faux documentaire d'éducation sexuelle de plus plutôt original de par son coté par moment surréaliste, curieux, ses vignettes empreintes d'une touche d'hindouisme de pacotille qui prennent quelques fois l'apparence de tableaux étranges non dénués de poésie. L'aspect visuel prend alors le dessus et fait oublier la désuétude et


l'absurdité de la plupart des propos, un ridicule propre au genre qui comme toujours fera aujourd'hui bien sourire. L'érotisme est cette fois bien léger, Pastore ne joue en aucun cas les voyeurs ce qui risque de décevoir ceux qui attendent du mondo leur lot de séquences destinées à satisfaire leurs vils instincts. La pulpeuse Giovanna Lenzi, l'épouse du réalisateur, interprète Fanny lors des six segments tandis que Michel est joué par cinq acteurs différents (Michel est absent du segment d'ouverture). Dean Reed, figure incontournable du western-spaghetti, est le Michel du premier sketch. Point étonnant qu'on


le retrouve donc en cow-boy maniant avec dextérité le ceinturon de cuir. Gianni Dei, Ivano Davoli et Anthony Steel sont les autres Michel.
Cette curiosité pelliculaire d'un autre temps est un mondo non dénué d'intérêt ne serait-ce que pour ses qualités visuelles et son étrangeté, un des films les plus méconnus de son auteur, oublié des distributeurs vidéos mais également inédit en édition numérique. Voilà donc une vraie petite gemme pour collectionneurs uniquement disponible à ce jour en une antique copie ultra griffée aux couleurs violines qui circule dans les milieux privés. Voilà qui en fait un petit Graal pour tout amateur de trésors perdus.