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Dream boy


Autres titres:
Réal: James Bolton
Année: 2008
Origine: USA
Genre: Drame
Durée: 86mn
Acteurs: Max Roeg, Stephan Bender, Rooney Mara, Randy Wayne, Owen Beckman, Thomas Jay Ryan, Diana Scarwid, Tom Gilroy, Rickie Lee Jones, Tony Lawson, Sean M. Lawson, Nick Ericson, Michele Adams, Robin Blanchard ....

Résumé: Nathan, 15 ans, vient s'installer avec ses parents au fin fond de la Louisiane, dans le très pieux village de Francisville. Il tombe très vite sous le charme du fils des voisins, Roy, de deux ans son ainé. Roy a une petite amie mais il est lui aussi séduit par Nathan. Ils finissent par sortir ensemble et deviennent amants. Troublé par cette relation Roy délaisse sa copine. Ce que tout le monde ignore c'est que Nathan est victime d'abus sexuels de la part de son père depuis des années. Il le viole régulièrement. Une nuit, terrorisé, le jeune homme fuit la maison familiale. Roy l'héberge dans sa grange. Lors d'un weekend camping les amis de Roy découvrent le véritable lien qui l'unit à Nathan. L'un deux, écoeuré par cette découverte, viole Nathan et le tue...

James Bolton s'est fait connaitre en 2001 avec son tout premier long métrage Eban and Charley, un drame gay touchant qui connut un grand succès à sa sortie aux USA. Par la suite Bolton, metteur en scène et scénariste très investi dans le cinéma indépendant, a continué son petit bonhomme de chemin. Entre deux courts-métrages il tourne pour le grand écran quelques films qui lui permettent d'acquérir la reconnaissance du public notamment The graffiti artist. Tiré du roman éponyme de Jim Grimsley Dream boy réalisé en 2008 est son troisième film.

Nathan, quinze ans, vient tout juste d'emménager avec ses parents au fin fond de la Louisiane dans un tout petit bourg perdu, la très catholique ville de Francisville. Nathan a passé ses jeunes années à déménager et cette nouvelle vie n'a rien de très excitant pour ce jeune homme timide, renfermé mais travailleur. Dés son installation il fait la connaissance de Roy, le fils des voisins, un adolescent de deux ans son ainé qui en plus d'être garçon de ferme et aussi conducteur du bus scolaire. Ils deviennent très vite amis. Si Nathan l'aide à faire ses devoirs il est surtout très attiré par Roy qui a pourtant une copine, Evelyn. Contre

toute attente Roy n'est pas insensible au charme de son nouvel ami. Un soir alors qu'ils se promènent dans les bois ils sortent ensemble. Le père de Nathan voit d'un mauvais oeil cette nouvelle relation amicale et pour cause. Depuis de longues années déjà il abuse régulièrement de son fils. Sa mère est au courant de ces viols. Elle tente de protéger Nathan du mieux qu'elle peut mais cela devient de plus en plus difficile. Dans cette Amérique profonde particulièrement pieuse les deux adolescents ne peuvent exposer leurs sentiments au grand jour. Ils vivent leur amour de manière secrète. Roy a de plus en plus de mal à gérer sa relation avec sa petite amie qui ne comprend pas son changement d'attitude

envers elle tandis que Nathan, victime une fois de plus des pulsions pédophiles de son père, trouve refuge dans la grange de Roy. Un week-end Roy, Nathan et deux amis à eux, Burke et Randy, partent camper au fond des bois non loin d'une maison supposée hantée. Roy est un passionné de légendes et autres mystères occultes. Une nuit ils décident d'aller explorer la bâtisse. C'est lors de cette visite nocturne que Burke et Randy découvrent l'homosexualité de Roy. Ecoeuré par ce qu'il a vu Burke viole Nathan puis le tue...
Adapté d'un roman particulièrement dense psychologiquement complexe Dream boy n'est pas une oeuvre facile à adapter à l'écran. Sa transposition exige un certain

professionnalisme, un certain savoir-faire et une mise en scène à l'avenant. Bolton a totalement échoué dans sa tentative. Il délivre un film bancal, quasiment vide, pas toujours compréhensible. Il y avait pourtant matière à confectionner un film passionnant vu les thèmes qu'il soulève dans un contexte rude, celui de l'Amérique profonde des années 70. Homosexualité et homophobie, coming out adolescent, pédophilie, maltraitance, religion, le tout sur fond de fantastique, de ghost story. De tout ça il ne reste presque rien si ce n'est une ébauche d'ébauche de ces sujets, un simple résumé qui ne retient que les grandes lignes d'une histoire aussi riche que passionnante. Bolton se contente simplement de les aborder

de manière succincte. Il accouche ainsi d'un melting_pot mal construit qui finit vite par plus ennuyer que passionner, d'autant plus mal construit, mal narrer qu'il doit faire tenir une telle intrigue en seulement 90 petites minutes.
Prenons la relation des deux protagonistes, coeur même de l'histoire. Bolton ne se donne pas la peine de les présenter, de leur donner ne serait-ce qu'un peu d'épaisseur encore moins de développer justement cette relation. En moins de vingt minutes ils échangent leur premier baiser et sortent ensemble bien avant qu'on ait pu faire leur connaissance plus en profondeur. On doit se contenter d'un adolescent taciturne, renfermé, venu atterrir en ces

lieux ruraux où il s'ennuie visiblement. Il épie son voisin (on devine ainsi qu'il est gay), un jeune fermier conducteur du bus scolaire qui sort avec une fille de son âge mais il ne semble néanmoins pas être insensible au charme du garçon. Et rapidement ils sortent ensemble. On s'y attendait mais dans un tel contexte et sans aucun contour psychologique voilà qui peut dérouter. Autant dire qu'il est assez difficile d'y croire et l'absence de psychologie ne concerne pas seulement leur relation mais plus encore celle de Nathan et son père, un pédophile qui viole régulièrement son fils depuis l'enfance. Il est assez incroyable que tels actes soient traités si superficiellement, de manière presque anodine

alors qu'ils forment une grosse partie de l'histoire et donnent un sens aux comportements, aux réactions de Nathan mais aussi à ceux de Roy. Les quelques scènes où les abus sont montrés sont si platement amenées, si maladroites qu'on y est imperméable. Quant à la quasi absence de la mère, pourtant témoin muet de ces abominations, on a du mal à comprendre. On finit par l'oublier comme on oublie le père également qui de toutes façons n'ont à eux deux que peu de temps d'écran. On ne se demande pas non plus pourquoi Roy n'est pas plus curieux quant à savoir ce que vit Nathan chez lui alors qu'il l'héberge, pourquoi il n'a aucune réaction lorsqu'il comprend enfin du moins le suppose t-on pourquoi Nathan

semble si doué en sexe alors qu'il prétend n'avoir jamais eu de relation sexuelle auparavant. Cette scène cruciale particulièrement forte tombe totalement à l'eau, se noie dans l'inconsistance, une telle vacuité qui fait qu'on a beaucoup de mal à croire à l'histoire, aux personnages pour lesquels il est difficile d'avoir une quelconque empathie.
Il est facile de deviner le final qu'on sent venir gros comme une montagne. Reste juste à savoir quand les deux copains de Nathan et Roy, tout aussi fantomatiques et lourdement interprétés, découvriront la véritable nature de leur relation. L'organisation d'un weekend camping donne de suite la réponse. Là encore on reste bouche bée par tant d'incohérence

scénaristique. Comment peut-on croire une seule seconde que les deux amoureux puissent soudainement avoir envie d'une fellation dans une maison supposée hantée alors que leurs deux amis sont tout près, pouvant débarquer à tout moment? Ce qui va arriver! O surprise! La scène est si absurde qu'elle fait perdre en quelques secondes toute l'horreur de la situation et des évènements qui s'ensuivent. Le viol de Nathan tout aussi prévisible est là encore un joli ratage car trop mécanique et joué sans conviction comme le final d'ailleurs où tout semble précipité. Qu'advient-il de Roy (qui a soudainement disparu du scénario dés lors que Burke et Randy les aient surpris) et des deux amis? Aucun procès, aucune

arrestation, aucune enquête. A aucun moment on ne parlera d'homosexualité. Que devient le père? Dream boy se clôt tout simplement sur les obsèques de Nathan et le retour surprenant de... Nathan qui rend visite à Roy. On tique quelques instants avant de comprendre qu'il s'agit de son fantôme. L'amour est éternel. Quelle magnifique ode à la vie, à l'amour par delà la mort mais ainsi présenté une fois encore tout s'effondre! L'émotion cède la place une fois encore à la déception. On comprend alors la place que tenait le fantastique dans ce coming of age gay, la passion de Roy pour les légendes et autres histoires de fantômes, un autre aspect très mal utilisé dans le film ramené à deux histoires

racontées sans conviction devant un feu de camp par Roy afin d'effrayer ses camarades à l'image du contexte religieux résumé en quelques phrases, quelques prières et une kermesse.
Ce n'est pas l'interprétation qui bouleversera le spectateur surtout pas celle des deux principaux acteurs pas un seul instant crédibles dans leur rôle respectif et pas seulement car ils sont un peu trop âgés pour l'incarner. L'ingrat Stephan Bender est si rigide, si triste qu'il en devient vite énervant. Hormis être crispé et faire la tête du début à la fin du film il ne semble rien ressentir, ni joie, ni peine, ni plaisir. Max Roeg, le fils du réalisateur Nicholas

Roeg, est peut-être séduisant mais il est tout aussi inexpressif. Il n'y a aucune alchimie entre eux, incapables de faire ressentir la moindre émotion au spectateur. Quant aux scènes intimes elles sont jouées de manière tellement maladroite, si cliniques qu'elles en deviennent artificielles, pataudes. L'homo-érotisme est ramené à quelques jolis clichés d'adolescents torse nu, en slip blanc ou tendrement enlacés, qui répètent ad eternam les mêmes gestes.
Reste au crédit du film, outre ces petits clichés qui font toujours effet et aident à poursuivre le visionnage sans trop de mal, une très belle partition musicale et surtout de magnifiques

décors naturels, ceux d'une Louisiane sauvage mise en images et photographiée avec grand professionnalisme qui donne à l'ensemble une qualité visuelle indéniable, un coté presque magique. Ils sont à eux seuls tout un poème qui sied parfaitement à cette histoire (homo)-érotico-fantastique dont on retiendra aussi le final onirique. Malheureusement cela ne fait pas la réussite d'un film. Dream boy reste un échec retentissant, l'adaptation ratée d'une oeuvre psychologiquement trop dense pour les épaules de Bolton qui n'en a gardé que les très grandes lignes puis les a jeté laborieusement ça et là dans un scénario-résumé. De l'extérieur Dream boy est une belle oeuvre malheureusement vide vue de l'intérieur. De l'auteur de Eban and Charley on s'attendait à beaucoup mieux. Malgré son succès Outre Atlantique et de nombreux passages en festivals Dream boy est resté inédit en salles en France.

  • Par Éric Draven | mardi, 28 avril 2026 | 16h44
  • CatégorieLe cinéma gay

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