Oh mia bella matrigna

Autres titres: Oh my beautiful stepmother
Réal: Guido Leoni
Année: 1976
Origine: Italie
Genre: Comédie dramatique
Durée: 86mn
Acteurs: Sabina Ciuffini, Maurice Ronet, Gianfranco De Angelis, Crippy Yocard, Gloria Piedimonte, Tom Felleghy
Résumé: Luigi vient tout juste de se remarier avec la jeune et très séduisante Lalla. Ils emménagent dans la villa familiale où habite seul depuis la mort de sa mère Claudio le fils de Luigi, un garçon étrange dont les murs de sa chambre sont placardés de photos de la défunte. Claudio tombe aussitôt sous le charme de Lalla. Il invente mille stratagèmes parfois machiavéliques pour la séduire. Elle finit par succomber. Ils deviennent amants et ne peuvent plus se passer l'un de l'autre. C'est alors que Claudio confie à Lalla qu'il veut tuer son père afin de pouvoir vivre avec elle. Il lui demande d'être sa complice...
Guido Leoni est un touche-à-tout. Depuis ses débuts dans les années 50 il s'est essayé à pas mal de genres tant comme scénariste que comme metteur en scène. Du thriller façon rape and revenge au film d'action de jungle en passant par le polar c'est cependant dans la comédie qu'il s'est fait le plus remarquer. Si toutefois le verbe remarquer est le terme à employer car reconnaissons-le ses comédies n'auront guère marqué les esprits car souvent ratées, pire jamais très drôles. Le prouvent les insipides La supplente et Le séminariste. Toutefois à toute règle son exception. Oh mia bella matrigna pourrait l'être non


parce que le film soit une réussite mais peut-être à cause de son étrangeté, ses improbabilités et son aura morbide qui le rendent assez difficilement classable.
Luigi et la jeune et très séduisante Lalla viennent tout juste de se marier. Il est veuf et a un fils d'une vingtaine d'années, Claudio. Elle est professeur et de plusieurs années sa cadette. L'ex-épouse de Luigi, la mère de Claudio, est morte dans un accident bien des années plus tôt. Le couple s'installe dans la vieille maison de campagne familiale où habite Claudio seul. Le jeune homme vit dans le souvenir de sa défunte mère, obsédé par son visage. Les murs de sa chambre sont d'ailleurs recouverts de photos d'elle. Dés leur arrivée


Claudio tombe sous le charme de sa nouvelle belle-mère et en fait son amie. Lalla est ravie de cette amitié d'autant plus que Luigi doit souvent s'absenter pour raisons professionnelles. Au fil des jours Lalla et Claudio se rapprochent. Leur amitié se transforme en quelque chose de plus intime jusqu'au jour où ils s'embrassent et deviennent amants. Il faut dire que Claudio, machiavélique, avait mis au point pas mal de stratagèmes pour que Lalla tombe dans ses bras. Se doutant de quelque chose Luigi informe sa femme qu'ils quitteront prochainement la propriété. La relation entre Claudio et son père se dégrade. Refusant que Lalla le quitte Claudio met au point un piège diabolique afin de se


débarrasser de son père et pouvoir vivre avec elle. Avec la complicité de la jeune femme il veut tuer son père en l'électrocutant dans son bain la veille de leur départ. Terrifiée Lalla accepte cependant de l'aider par amour mais les apparences cachent souvent bien des choses, d'impensables vérités...
Voilà bien une pellicule déconcertante sur bien des points. Tout parait indiquer qu'il s'agit au départ d'une énième sexy comédie y compris son titre. Un homme mûr, veuf, s'est remarié à une superbe jeune institutrice qu'il amène vivre dans la demeure familiale où réside son bellâtre de fils. Ce dernier tombe sous le charme de cette dernière qu'il va tenter de séduire.


Peu farouche la jeune et naïve épouse se laisse charmer et succombe aux avances du perfide fils. C'est ici la trame vue et revue d'une comédie sexy lambda à laquelle Leoni emprunte aussi pas mal d'autres éléments: les parties de coucheries, les déambulations en petite tenue, les situations équivoques et coquines et bien sûr l'ambiance bon enfant. Tout serait simple si Leoni ne brouillait pas tant le jeu et ne partait pas tout azimut, semant ainsi le trouble dans l'esprit du spectateur qui, intrigué, se demande où on l'amène. Il y a déjà Luigi, l'époux, qui rapidement devient suspicieux puis menaçant. peu rassurant. Il y a surtout le fils, certes très avenant, dragueur et fougueux mais aussi très étrange si ce n'est


morbide. Qu'il ait développé une obsession quant à sa défunte mère est une évidence. Bien des points le ramène fréquemment à elle mais surtout les murs de sa chambre sont placardés de photos d'elle, des centaines de clichés qui la représentent sous divers angles parfois bizarres puisque ce sont des montages pour le moins inattendus (sa tête sur un corps du Christ, d'un cheval...) mais l'ambiance étant fort guillerette on oublie l'aspect morbide de l'intrigue qui temps à autre ressurgit et vient nous titiller car Luigi peut changer du tout au tout en quelques minutes, machiavélique, stratège, démoniaque quant à la manière d'avoir ce qu'il veut autrement dit l'épouse de son père. Simple apparence ou triste


réalité? Impossible de percer la véritable personnalité de ce fils à double visage, discerner son jeu. C'est peut-être, certainement, ce qui permet au spectateur de ne pas décrocher. La curiosité!
Peut-être également le grand n'importe quoi d'une histoire qui ne tient pas debout, si improbable qu'elle en devient presque fascinante. En premier lieu les protagonistes, ce couple invraisemblable que forment! ce veuf quinquagénaire et cette donzelle guère plus vieille que son fils. Sidérante aussi est la crédulité et la stupidité de cette même donzelle qui apparemment ne voit pas plus loin que le bout de son nez et ne réalise à aucun moment que Luigi la drague, ne le voyant que comme un ami. Encore plus inimaginable qu'elle


puisse finalement soudainement tomber amoureuse de lui et tromper son mari jusqu'à vouloir le quitter. Pourquoi? Comment? Rien dans le scénario ne laissait présager cela même si on s'en doutait. C'était le but. Mais il aurait fallu développer ce point comme il aurait fallu expliquer pourquoi l'époux se méfie soudainement de son fils jusqu'à prendre la décision de déménager! On a parfois, souvent, l'impression qu'il manque des bribes de récit, des passages, de suivre une histoire à trous. Que dire de ces longs passages où les deux amants redeviennent des enfants, jouent aux indiens, costumes à l'appui! Un grand n'importe quoi qui cependant fascine et qui renvoie régulièrement à certains éléments


bizarres, à certaines scènes trash (la danse frénétique de la jeune hippie dans la chambre de Luigi), à cette morbidité qui nous rappelle que Oh mia bella matrigna n'est pas qu'une simple comédie. Et il y a le final, les quinze dernières minutes qui changent totalement la donne et transforment cette apparente comédie en une sorte de thriller érotique sur lequel plane l'ombre de Psychose. Afin de pouvoir vivre avec Lalla Luigi envisage de tuer son père en l'électrocutant dans son bain grâce à un procédé machiavélique, un vieux souvenir d'enfance lié à sa mère. Et il souhaite que Lalla soit sa complice, ce qu'elle finit par accepter. Invraisemblable là encore mais on se prend au jeu car l'ambiance est tendue dans cette


vieille demeure devenue soudainement sinistre. Meurtre il y aura bel et bien, du thriller érotique on passe au thriller horrifique pour finir sur un dénouement inattendu. Le meurtre est plutôt graphique et surtout cruel mais c'est le rebondissement final qui est assez surprenant. C'est à cet instant qu'on réalise toute la folie de Luigi, l'étendue de sa névrose. Et ce n'est que le début ou plus exactement la continuation d'une boucle sans fin.
L'affiche est tout aussi surprenante. C'est l'ex-hôtesse de la RAI, Sabina Ciuffini, qui se glisse dans les petites tenues de Lalla. Alors fort célèbre en Italie à la fin des années 60 pour avoir été la première hôtesse parlante mais aussi pour avoir été la première à porter


des mini jupes à la télé Sabina posa nue dans les années 70 pour Playboy. Lalla fut son premier rôle au grand écran (et le dernier). C'est donc sans surprise qu'elle se déshabille aisément face à la caméra de Leoni et nous gratifie de pas mal de nus mais jamais intégraux. Elle est un des atouts du film cela va sans dire. Face à elle Gianfranco De Angelis vu l'année précédente aux cotés de Edwige Fenech dans Marche pas sur ma virginité dont l'inexpressivité pourrait être un gros défaut est bizarrement ici un atout puisqu'elle sert son personnage à l'instar de son vilain rictus en le rendant un peu plus inquiétant. Maurice Ronet semble un peu perdu mais il a le ton juste. On notera la présence d'une toute jeune


Gloria"La guapa" Piedimonte (Elvira la servante) et de la starlette éphémère Crippy Yocard alias Cristina Amodei (Cochi la hippie entièrement nue qui danse de manière hystérique) qui à 20 ans provoqua un scandale en affirmant être enceinte du boxeur Carlos Monzon.
Accompagné d'une belle partition musicale totalement décalée signée Renato Serio Oh mia bella matrigna! est une étrange comédie qui mêle les genres très maladroitement, qui part tout azimut, mais si bizarre qu'elle en devient presque captivante. Un peu de drame érotique à la Samperi et Bellocchio, un peu de thriller conjugal à la Lenzi, une dose de névrose à la Psychose, un soupçon de trash le tout sur fond de sexy comédie voilà qui donne un film atypique qui alterne la grivoiserie et le ton glacial du thriller. Ce n'est pas une réussite mais Oh mia bella matrigna! est suffisamment délirant et morbide pour plaire à l'amateur. A découvrir!

