Una storia d'amore

Autres titres: Erotic story / Los pecados inconfesables de una senora per bien / Love me baby love me / Die Geliebte
Réal: Michele Lupo
Année: 1969
Origine: Italie
Genre: Drame
Durée: 96mn
Acteurs: Anna Moffo, Gianni Macchia, Claudie Lange, Gigi Ballista, Jacques Herlin, Jean Claudio, Caterina Boratto, Beryl Cunningham, Pupo De Luca, Renato Cestié, Nicoletta Elmi, Orlando Baralla, Bedi Moratti, Franco Borelli, Marcella Michelangeli, Ugo Adinolfi, Aldo Farina...
Résumé: Alors que son époux vient tout juste de s'envoler pour Hong-Kong Evy, une séduisante bourgeoise, fait la connaissance d'un jeune dandy, Franz, dont elle va vite s'éprendre après qu'ils aient passé la nuit ensemble. Pour Evy cette relation se transforme rapidement en histoire d'amour. Cependant Franz lui fait bien comprendre qu'il ne veut rien de sérieux, encore moins s'attacher à une femme. Plus étrange il lui interdit de venir chez lui. Voyant que leur relation prend une dimension qu'il ne souhaite pas Franz la fuit, la rejette. Evy essaie de se rapprocher de lui en vain. Inconsolable elle tente de se suicider. C'est alors qu'elle découvre l'odieux secret de Franz...
Pour beaucoup le nom de Michele Lupo est essentiellement associé au péplum et au western spaghetti, deux genres dans lesquels il excella dans les années 50 et 60 et même jusqu'à la fin des années 70 puisqu'il mit en scène un western tardif, Adios California avec Giuliano Gemma. Michele Lupo c'est également quelques comédies policières nerveuses, un thriller très british (Le week-end des assassins / Concerto per una pistola sola) et une série de films avec Bud Spencer en toute fin de carrière. En 1969 il s'attaque avec un certain savoir-faire à un style alors très prisé du cinéma italien, le drame bourgeois érotique en


signant Una storia d'amore / Erotic story sorti à la sauvette chez nous en 1971.
La charmante Evy est mariée à Marco, un homme d'affaires qui vient tout juste de s'envoler pour affaires à Hong-Kong. Le soir même elle participe à une fête d'anniversaire lors de laquelle elle fait la connaissance de Franz, un très séduisant garçon en plein divorce qui a la réputation d'être un play-boy. Elle se laisse charmer sans l'intention d'aller plus loin mais en rentrant chez elle Evy a la surprise d'y trouver Franz qui s'y est tout simplement invité après que sa femme soit partie avec leur voiture. Ce qui au départ n'est qu'un jeu amusant se termine au lit puisqu'ils passent la nuit ensemble. Si elle regrette vite ce qui s'est passé elle


ne peut pourtant pas cacher ce qu'elle ressent pour Franz. Ils se revoient, passent de très bons moments ensemble. Evy tombe lentement amoureuse de Franz malgré l'amour qu'elle porte encore à son mari. Avec Franz elle réalise le vide de sa vie amoureuse, les frustrations d'un mariage qui ne la satisfait plus. malheureusement Franz est loin de voir les choses comme elle. Il refuse de s'engager, de tomber amoureux de quiconque et préfère s'éloigner. Il interdit même à Evy de venir chez lui. Evy vit très mal la situation. Malgré les avertissements de ses amis elle tente de revenir vers lui mais chacune de ses tentatives est vaine. Le voir en compagnie d'autres femmes la fait souffrir. L'attitude ambigüe de Franz la déconcerte. Le


jeune homme lui avoue ses sentiments mais il campe sur ses positions. Il ne s'attachera jamais à une femme. Il fuit, l'évite, lui fait du mal presque volontairement. Désespérée, Evy tente de se suicider. Revenu de Hong-Kong Marco est aux petits soins pour elle mais elle refuse de lui faire l'amour, prétextant qu'elle n'est pas encore prête. En fait elle ne parvient pas à vivre sans Franz. Un jour elle débarque chez lui à l'improviste et découvre qui il est vraiment, la raison pour laquelle il lui a toujours interdit de venir chez lui. Derrière ses airs de play-boy se cache un être odieux, pervers, dont le passe-temps est de photographier toutes les femmes avec qui il sort pendant qu'ils font l'amour grâce un dispositif secret. Evy n'a pas


échappé aux fantasmes morbides de Franz. Dégoutée, elle retourne vivre aux cotés de son mari à qui elle se donne enfin...
Le point de départ de l'histoire est de nouveau un couple de bourgeois dont la relation s'est étiolée au fil des ans. Lui est un mari accaparé par son boulot, souvent absent. Elle est épouse qui se sent esseulée, frustrée. Elle s'ennuie même si elle aime toujours son époux. Le schéma de départ est des plus classiques, semblable à tant d'autres drames de ce style. L'arrivée d'un jeune bellâtre, un play-boy qui a la réputation de multiplier les conquêtes va bouleverser son vie. Il l'a séduit et ce qui pour elle n'est au départ qu'un agréable jeu se


transforme en une seule nuit et bien malgré elle en une histoire d'amour naissante. Le film porte bien son titre. Lupo conte une histoire d'amour, une love story passionnelle comme tant d'autres. Elle pourrait être simple en apparence. Elle va s'avérer compliquée voire impossible et tourner au drame, se transformer en une douloureuse relation presque sadomasochiste. Lupo s'est surement inspiré du Brucia, ragazzo brucia de Fernando Di Leo sorti quelques mois plus tôt. On y retrouve le même schéma (et le même acteur principal) à la différence près que Di Leo délivrait un message fort, révolutionnaire. Lupo se contente d'écrire, de décrire la déchéance amoureuse d'une bourgeoise en mal avec un


dandy dont le seul plaisir est de jouer avec les femmes quitte à les faire souffrir. Ni plus ni moins. L'ensemble aurait pu être ennuyeux, pas forcément très intéressant. C'était sans compter sur le savoir-faire d'un vieux routier comme Lupo. Cette "Histoire d'amour" s'avère assez rapidement attachante de par déjà son ambiance très sixties, vintage, que l'amateur appréciera de par ses costumes, ses décors, son psychédélisme. Le film s'ouvre (et se conclut) sur une party justement psychédélique. On danse, on jerke sur un rock endiablé (certes pas le meilleur qu'on est produit disons le). Lupo y ajoute quelques touches trash aussi bizarres que sympathiques (la scène des spaghettis sur le toit au son d'un air de


guitare mélancolique que joue une hippie tout en sifflant, le mur de photos des victimes de Franz et son dispositif secret). Intéressante aussi est cette relation impossible qui malgré elle vire au sadomasochisme. D'un coté on a une épouse qui lutte contre ses sentiments, se fait du mal à continuer à aimer un homme qui la fuit et se refuse à tout avenir sérieux, commet une tentative de suicide mais au fond d'elle continue à espérer. De l'autre on a un play-boy maitre-chanteur pour qui les femmes sont des jouets. Marié, il prépare son divorce dont il veut tirer un maximum d'argent. S'il éprouve des sentiments pour Evy il campe


cependant sur ses positions et préfère la faire et la voir souffrir. Séduisant mais foncièrement antipathique voire odieux si ce n'est pervers lorsque son secret est mis à jour en fin de bande. Et cette perversion, ce plaisir à n'aimer les femmes que pour les photographier nues à leur insu dans leur intimité, donne au récit un ton scabreux, morbide non négligeable.
Mais la principale force du film est son couple vedette formé par la soprano Anna Moffo et l'ex-latin lover d'alors, le divo Gianni Macchia. Le tandem fonctionne parfaitement. Anna Moffo reprend en quelque sorte le rôle que jouait Françoise Prévost


dans Brucia, ragazzo brucia, attachante et surtout convaincante en bourgeoise paumée. Gianni Macchia, macho gracile vêtu à la dernière mode Carnaby street, les paupières maquillées (et même du gloss aux lèvres!), joue comme d'accoutumée un personnage aussi séduisant que franchement haïssable, pavane, s'exhibe devant l'objectif sans jamais avoir peur de se déshabiller nourrissant une fois de plus son titre de pionnier de l'Eros au masculin. A leurs cotés Jacques Herlin en homosexuel extraverti, Gigi Ballista, Claudie Lange, Pupo De Luca, l'altière Caterina Boratto future dame maquerelle dans Salo et les 120 journées de sodome et Beryl Cunningham en danseuse frénétique. Les enfants de Evy


sont joués par un tout jeune Renato Cestié (déjà très énervant), la future star des lacrima movies, et une toute petite Nicoletta Elmi.
Rythmé par une très belle partition musicale de Francesco De Masi, bénéficiant d'une mise en scène vive, nerveuse, vivante, d'une caméra fluide, Una storia d'amore s'il n'est pas le plus transgressif ni le plus morbide des mélodrames bourgeois dont l'Italie s'enorgueillit n'en est pas moins un joli film très fin années 60, attachant, certes encore chaste mais très sensuel, empreint d'une certaine émotion. Et rien que pour le couple Gianni/Anna, il vaut le coup d'oeil. A conseiller aux amateurs du genre d'autant plus que Una storia d'amore se fait


aujourd'hui rare, inédite en numérique. Seule une vieille VHS italienne et quelques médiocres copies de passages télévisés permettent de découvrir ce Lupo méconnu.
Pour la petite histoire Anna Moffo, à la sortie du film, déclara à la presse qu'il marqua le lent déclin de son couple avec son époux Mario Lanfranchi faute aux quelques scènes de nu qu'elle dut tourner dont elle n'était pas très fière et les scènes d'amour qu'elle partage avec Gianni. Elle tenta de se justifier et jura sans grande conviction que cette nudité n'était qu'une impression donnée par l'angle des prises de vue. Difficile de la croire à moins d'avoir la berlue!

