Scandalo

Autres titres: La soumise / Scandal / Skandal / Submission / Miedo al escándalo de una mujer casada / Escandalo
Réal: Salvatore Samperi
Année: 1976
Origine: Italie
Genre: Drame
Durée: 112mn
Acteurs: Franco Nero, Lisa Gastoni, Raymond Pellegrin, Andréa Ferréol, Claudia Marsani, Antonio Altoviti, Carla Calò, Franco Patano, Laura Nicholson
Résumé: Mai 1941. Mme Michoud, une respectable bourgeoise, tient une pharmacie dans un petit village français non loin de la frontière italienne. Un soir, trompé par l'obscurité, son homme de peine, Armand, offre sa virilité non pas à l'avenante caissière mais à sa patronne. Outrée Mme Michoud le gifle. Ce sera pourtant le début d'une lente descente aux enfers pour cette femme qui va devenir l'objet sexuel d'Armand, victime plus ou moins consentante de ses fantasmes et jeux les plus odieux. Entre plaisirs interdits et dégout d'elle même Mme Michoud se transforme en putain pour cet homme qui finira par lui demander l'impensable...
Grand admirateur de Marco Bellochio Salvatore Samperi tourne en 1968 son premier film, Grazie Zia / Merci ma tante, une petite réussite qui conte la relation psycho-incestueuse d'une tante pour son jeune neveu très représentatif de ce que sera le cinéma de Samperi. Il se spécialise en effet dans les drames bourgeois à l'érotisme morbide à travers desquels il donne une vision amère de la société démo-chrétienne, de la bourgeoisie. Après le douloureux Cuore di mamma et un giallo plutôt étrange Uccidete il vitello grasso e arrostitelo Salvatore Samperi obtient son plus gros succès en 1973 avec Malicia qui lance


définitivement la carrière de Laura Antonelli. Les oeuvres de Samperi ont l'odeur du souffre. La sbandata, Ernesto (qui parle d'homosexualité), l'amoral Nenè ont le parfum du scandale et Scandalo est justement le titre d'une pellicule qu'il signe en 1976 dans laquelle sadomasochisme et avilissement se mélangent sur fond de seconde guerre mondiale.
Mai 1941 quelque part en France non loin de la frontière italienne. Armand est homme à tout faire à la pharmacie d'une bourgeoise austère, Mme Eliane Michoud. Elle l'emploie surtout par pitié afin qu'il puisse s'occuper de sa vieille mère malade et ainsi éviter de partir à la guerre. Dans l'arrière-boutique Armand obtient régulièrement les faveurs de l'opulente


caissière, Juliette, une femme mariée qui n'a pas froid aux yeux. Un soir trompé par l'obscurité c'est à Mme Michoud qu'Armand offre sa virilité pensant qu'il s'agit de Juliette. Outrée la pharmacienne le repousse et le gifle. Dés cet instant plus rien ne sera pareil. Encouragé par la passivité d'Eliane qui renonce à le renvoyer Armand va lentement faire de la pharmacienne son esclave, la transformer en un jouet sexuel au gré de ses odieux fantasmes. Si au début Eliane lui résiste et se tait par peur du scandale elle va doucement se laisser soumettre et prendre gout à cette relation sadomasochiste de plus en plus perverse qui ne semble avoir aucune limite. Entre plaisir malsain et dégout d'elle même


Eliane sombre et finit par avouer à son mari ses infidélités. Ce dernier reste impassible et ferme les yeux. La relation perverse entre Armand et Eliane atteint son point de non retour le jour où l'homme exige d'Eliane qu'elle lui offre la virginité de sa fille. Elle se refuse à un tel acte mais elle transformera finalement l'adolescente en jeune putain qu'Armand déflorera une nuit d'orage. Réalisant le monstre qu'elle est devenue Eliane n'a plus qu'une seule issue...
Pour ce nouveau drame bourgeois Samperi même s'il reprend dans le fond les éléments habituels des vices, déviances et travers d'une certaine bourgeoisie à savoir l'ennui, la


frustration, le refoulement, la perversion, dans la forme c'est bien plus à la psychologie de ses deux protagonistes plus exactement de sa protagoniste principale qu'il s'intéresse cette fois à travers une relation sadomasochiste particulièrement violente. Le cadre est simple. Une très respectable pharmacienne d'apparence austère mariée à un homme indifférent plus intéressé par ses vases anciens et ses lectures que par elle, une caissière libertine et un homme de peine machiste. Une erreur due à l'obscurité ambiante va mettre le feu aux poudres. Armand enlace sa patronne pensant qu'il s'agit de l'avenante caissière. C'est le début d'une relation aussi intense que malsaine qui va mener les deux personnages vers


un drame inéluctable. L'homme va profiter des craintes, des frustrations et des faiblesses de sa patronne pour mieux la soumettre à ses désirs pervers, l'obligeant à céder à ses moindres caprices sexuels inventant sans cesse des jeux de plus en plus odieux. Par peur du scandale si jamais sa liaison extraconjugale venait à s'éventer Mme Michoud accepte les pires humiliations, d'être avilie, d'être un simple animal entre les mains de cet homme par qui elle est étrangement attirée. Samperi réinvente les liens parfois ténus entre bourreau et victime. Scandalo n'est jamais qu'une revisitation des jeux de domination/soumission. Il inverse simplement les rôles. Le maitre (ici la pharmacienne) devient l'esclave de celui qu'il


utilisait et traitait en moins que rien.
Puis les choses vont changer. Lorsqu'un soir Armand l'oblige à sortir entièrement nue dans la rue pour jouer à la putain au risque d'être vue il va se produire en elle un déclic. D'avoir pu supporter une telle humiliation, avoir pu relever un tel défi, surmonter sa peur et sa honte elle va prendre gout à ses jeux sadomasochistes. Elle va en redemander encore et encore tout en ayant conscience de ce qu'elle est devenue. Une putain, une chose déchirée entre plaisir et dégout qui finira par avouer à son mari sa double vie pour soulager sa conscience tout en sachant qu'elle peut tout perdre si ce n'est déjà fait. Le point de non retour est atteint


lorsque son amant infâme exige d'elle qu'elle sacrifie sa fille, une adolescente, en lui offrant la virginité, une ultime humiliation que tout d'abord elle refuse mais qu'elle finit par accepter, un geste par lequel elle signe sa propre condamnation.
Avec Scandalo Samperi signe contrairement à ses autres films une oeuvre dénuée d'ironie, violente, sombre, désespérée, résolument machiste. Il détruit la femme, l'annihile. Elle n'est plus qu'un objet entre les mains de l'homme tout puissant. Scandalo est un drame bourgeois sadique à l'atmosphère pesante qui va crescendo jusqu'au final cathartique tout aussi lugubre et d'une implacable logique. Puissante est l'idée de mettre en parallèle les


conséquences désastreuses, destructives de cette relation fatale et l'avancée des troupes nazies en France lors des ultimes et brulantes images finales. L'enfer engloutit les personnages tout en s'abattant sur notre Hexagone. Samperi crée un véritable climax à travers certaines scènes totalement maitrisées, d'une glauqueur extrême, qui parviennent à mettre mal à l'aise notamment celle, dérangeante et magistralement orchestrée, où Mme Michoud est contrainte de déambuler nue devant son échoppe en jouant les catins, un summum dans l'art de l'avilissement. La splendide photographie aux tons sombres et chauds de Vittorio Storaro accentue encore plus le malaise ambiant en jouant sur les


clairs-obscurs tandis que les magnifiques envolées musicales d'un Riz Ortalani visiblement inspiré appuie parfaitement l'aspect dramatique de l'histoire.
Ce qui manque peut-être au film c'est un peu plus de psychologie. Certes on cerne assez bien le personnage de cette bourgeoise en perte de respectabilité qui souhaite aller au delà de ses limites, qui cherche tout simplement à s'autodétruire en allant toujours plus loin dans l'interdit pour se libérer de tous ses carcans, de ses inhibitions, sans réellement réaliser qu'elle détruit également ceux qui l'entourent, du moins elle fait comme si. Il aurait été intéressant d'approfondir un peu plus le personnage pour mieux comprendre ses choix. Plus encore il aurait été bénéfique à


l'intrigue de s'intéresser bien plus au mari qui n'est ici qu'une simple silhouette, le stéréotype même du père de famille intellectuel qui sorti de sa passion pour les vases n'a aucune vie et rend celle de sa femme encore plus vide et frustrante que la sienne. L'apparition du vice sous les traits d'Armand devient ainsi une forme de libération. Le film aurait encore gagné en force si d'une part il avait été plus présent, si d'autre part on comprenait pourquoi il est aussi indifférent. Même si ses larmes sont émouvantes lorsque sa femme confesse ses écarts pourquoi un tel silence, pourquoi continue t-il à fermer les yeux. Son absence de réaction est assez déconcertante.
L'interprétation est brillante. Lisa


Gastoni, l'incarnation même de la bourgeoise, donne corps (et son corps) à ce rôle douloureux de nymphomane, un rôle difficile qu'elle interprète avec professionnalisme et une justesse étonnante. Non seulement elle est parfaite dans la peau du personnage mais malgré un âge déjà avancé elle offre de surcroit sa nudité intégrale à la caméra de Samperi, splendide et totalement désinhibée. Franco Nero plus haïssable que jamais est un homme à tout faire d'une cruauté, d'une noirceur et d'un cynisme sidérant, ce à quoi il ne nous avait encore jamais habitué. Raymond Pellegrin est un mari malheureusement trop effacé. Andrea Ferréol, égale à elle même, est l'avenante caissière libertine. Claudia Marsani est Justine, l'adolescente virginale, l'agneau du sacrifice.


Avec Scandalo Salvatore Samperi signe un drame bourgeois à l'érotisme morbide, un film maladif, dérangeant, d'une noirceur extrême, à l'atmosphère pesante. Cette lente et inexorable descente aux enfers, la dégradation progressive de cette femme a de quoi marquer les esprits ne serait-ce que par certaines scènes d'humiliation particulièrement sinistres. Samperi a voulu jouer la carte de l'audace, il y réussit, et prouve une fois de plus quel metteur en scène il était lorsqu'il donnait dans la tragédie. Un brin de psychologie de plus et on tenait là un petit chef d'oeuvre. En l'état Scandalo est déjà un joli joyau pour amateurs de drames morbides et de relations sadomasochistes destructives.

