Trampa sexual

Autres titres: Coeurs violés
Réal: Manuel Esteba
Année: 1978
Origine: Espagne
Genre: Rape and revenge
Durée: 85mn
Acteurs: Adriana Vega, Amel Amor, Silvia Aguilar, Eva Robin, Victor Petit, Silvia Solar, Fernando Sancho, Victor Israël, Maite Pardo, Pity, Tony Skios, Frank Lordman...
Résumé: La jeune Maria a subi un viol collectif alors qu'elle se promenait avec son petit ami sur la plage. Malgré le traumatisme elle refuse de porter plainte. Elle se rend à une réunion de femmes violées où elle fait la connaissance de Diana, une lesbienne dont la petite amie est morte après avoir été violée. Avec l'aide d'une troisième femme elles décident de faire elles mêmes justice...
Après avoir débuté dans le métier en 1967 par quelques drames familiaux (Une larme dans le ciel) puis s'être essayé à deux reprises au western-paëlla au début des années 70 et à la science-fiction (Les survivants de l'apocalypse) le metteur en scène-scénariste barcelonais Manuel Esteba s'est surtout fait un nom auprès des amateurs de sexploitation espagnole dés la fin de la décennie pour ses quelques films érotiques devenus pour certains des classiques du film "S", ces pellicules érotiques souvent très audacieuses qui n'hésitaient


jamais à flirter avec le porno soft. Réalisé en 1978 Trampa sexual / Coeurs violés est le premier d'une liste qui en comporte quatre en tout.
Maria, une jeune fille, est amoureuse de David. Tout deux s'aiment. Un soir alors qu'ils se promènent sur la plage une bande de voyous les agressent. Ils tabassent David qui s'enfuit pendant que la pauvre Maria se fait violer par les quatre hommes. David qui s'est réfugié dans une cabine téléphonique appelle la police. Maria refuse de dire qu'il a été violée et ne porte pas plainte. Elle rompt avec David auquel elle ne pardonne pas d'avoir été aussi lâche. Elle rejoint un groupe de femmes violées et fait la connaissance de Diana, une lesbienne


dont l'amante a été tuée après avoir été violée. Rejointe par une troisième femme, Marta, elles décident de se venger et faire elles mêmes justice. Elles vont piéger les hommes qu'elles croisent sur leur route et les draguent pour ensuite les tuer. Pour venger Maria elles piègent ensuite David. Prise de remord Maria tente de faire machine arrière mais il est trop tard. David a été tuée de la plus sauvage des manières. C'est le début d'un carnage sans nom...
Pour son premier film "S" Manuel Esteba frappe fort avec ce rape and revenge qui peut facilement se classer parmi les meilleurs du genre. L'incipit est simple. On a d'un coté un


jeune couple formé par David et Marta, une jeune fille simple et candide très amoureuse de son petit ami avec qui elle passe de délicieux moments à la fête foraine. De l'autre coté on a un couple plus original pour ce type de pellicule puisqu'il s'agit d'un couple de lesbiennes, Diana et son amante, qui elles aussi passent un très agréable moment à la foire. Diana a même acheté une poupée à son amie pour lui témoigner son amour. Ces deux couples vont connaitre le même sort tragique. Marta est sauvagement violée par quatre hommes sur la plage sous les yeux de David qui, blessé, prend la fuite. L'amante de Diana subira le même sort et sera tuée. Ces deux femmes qui ne se connaissaient pas avant leur drame vont se


retrouver lors d'une réunion où se rassemblent les victimes de violeurs pour parler de ce qu'elles ont vécu. Il n'en faut pas plus pour que Marta se laisse convaincre par Diana et une troisième victime de faire leur propre justice en s'en prenant à la gente masculine, aux hommes de manière générale qui osent les draguer dans l'espoir de les mettre dans leur lit. Cela forme la première partie du film. Elle pose les bases, montre la détermination de ces femmes particulièrement de Diana, impitoyable hyène hantée par le souvenir de sa chérie dont elle garde la poupée qu'elle lui avait offerte, et nous offre une scène de viol collectif que les amateurs apprécieront même si on a vu bien plus brutal. Ce n'est qu'une


mise en bouche pour le final que nous réserve Esteba.
La deuxième moitié de la pellicule est entièrement consacrée à la vengeance de ces furies qui se laissent facilement aborder par quelques mâles en rut pour mieux les piéger. Esteba va y aller crescendo, donnant même au spectateur un sentiment de frustration. Une première victime, un pauvre quinquagénaire franchement plus très frais est simplement humilié après avoir eu son postiche arraché de son crâne puis laissé au bord d'une route. Le film tournerait-il à la comédie parodique? Le second a moins de chance. Invité à bord d'un bateau en pleine mer le play-boy pense passer un agréable moment avec ces trois


bombes. Ils font l'amour. En plein acte Diana sort un rasoir et le castre malheureusement hors champ. Seuls ses hurlements laissent imaginer ce qu'il vient de subir. Elles repartent. Là encore un peu frustrant surtout pour un rape and revenge ibérique se réclamant S.
Esteba s'est en fait réservé pour la troisième et ultime vengeance des trois harpies vengeresses. C'est en fait la partie la plus captivante du film, la plus violente également, celle qui marquera les esprits non seulement par son érotisme incandescent mais aussi par sa sauvagerie et ses débordements sanglants. Après avoir aguiché et bien chauffé l'ex-petit ami de Maria, bu quelques verres en discothèque et pris de la coke David, Marta et


Diana vont chez cette dernière pour une partie à trois très chaude, l'occasion pour le metteur en scène de se lâcher sexuellement parlant et donner au film le droit à son label S. Il nous offre une très longue séquence de sexe à trois à la limite de la pornographie, plutôt classieuse, superbement filmée et surtout excitante durant laquelle les trois protagonistes se laissent aller tant dans la baignoire de luxe que sur le lit jusqu'au moment où l'homme atteint l'orgasme, l'instant parfait pour que Diana puisse assouvir sa vengeance.
Il faut dire que Esteba sait faire monter la pression, créer un véritable climax, jouer avec les nerfs de son spectateur (le fera t-elle, le fera t-elle pas) mais aussi des éléments du décor


notamment le miroir où Diana, durant ses ébats trioliques, assaillie par ses souvenirs et la douleur, se revoit faire l'amour avec sa compagne. La poupée posée près du miroir joue également un rôle important puisque le jouet de chiffon lui rappelle lui aussi cet amour qu'on lui a pris. Autre élément important, les remords dont est prise Maria. Mettra t-elle un terme à temps pour sauver David? C'est un geste malencontreux de l'homme qui pris d'un soudain malaise brisera le cadre de Diana posé sur la table de chevet. Il vient de signer son arrêt de mort et par la même occasion offrir au spectateur la scène la plus abominable du film, d'autant plus puissante qu'elle est filmée en un ralenti nauséeux. Telle une furie Diana


le poignardera à plusieurs reprises puis c'est au tour de Marta de le lacérer avec un tesson de bouteille, transformant leur victime en une poupée de chair exsangue. Surgit alors Maria, pistolet en main. Ecoeurée par ce tableau macabre, réalisant l'horreur dont elle s'est aussi rendue coupable, elle abat froidement les deux femmes, faisant exploser d'une balle la tête de Diana, avant d'appeler la police. Un final glacial inattendu de par sa violence exacerbée qui nous ferait presque regretter que le film ait été aussi sage jusque là.
Dans les rôles principaux on retrouve quatre stars de l'érotisme espagnol et du film "S":


Silvia Aguilar devenue depuis une actrice respectable, la générique Amel Amor, Adriana Vega dont c'était le premier film et Eva Robin (à ne pas confondre avec Eva Robin's, l'actrice transsexuelle italienne de son vrai nom Roberto Coati). A leurs cotés on reconnaitra Silvia Solar (la mère de Maria), l'incontournable Victor Israël (le quinqua humilié), Fernando Sancho et Victor Petit (David).
Le but d'Esteba n'est pas de faire réfléchir ni de donner son opinion quant à l'auto justice et le viol. Il soulève simplement le sujet pour en utiliser le coté le plus exploitatif et offrir au spectateur voyeur de quoi satisfaire ses pulsions perverses en multipliant scènes de sexe


et de violence. Inutile d'y chercher une quelconque morale voire une certaine logique ou vraisemblance (l'enquête de police totalement superficielle). En ce sens Esteba réussit son coup en signant un rape and revenge, un sexploitation de bonne facture malgré un début un peu trop sage mais qui sur la longueur tient ses promesses et devrait plaire à l'amateur ne serait-ce que pour son ultime partie aussi charnelle qu'ultra violente.
Trampa sexual n'est malheureusement disponible à ce jour qu'en vidéo, une VHS espagnole médiocrissime aux tons rosâtres, à l'image qui saute fréquemment, de bien déplorables conditions pour découvrir cette bande agressive faite pour ceux pour qui le viol et la vengeance sont les deux mamelles de la jouissance celluloïd.

