Donna... cosa si fa per te

Autres titres: Otostopçu Kız
Réal: Giuliano Biagetti
Année: 1976
Origine: Italie
Genre: Comédie dramatique
Durée: 90mn
Acteurs: Renzo Montagnani, Jenny Tamburi, Enzo Liberti, Dino Emanuelli, Giovanni Attanasio, Maria Pia Conte, Raf Luca, Luigi Zerbinati, Fiore De Rienzo, Renzo Bellini, Roberto Bonanni, Brunello Chiodetti, Filippo De Gara, Maristella Greco, Roberto Posse, Giampiero Vinciguerra, Franca Scagnetti, Umberto Amambrini, Marina Frajese, Giovanni Atanasio, Paolo Cociani, Agla Marsili...
Résumé: Francesco Balducci, un aristocrate frustré, voyage sur l'autoroute A1. Il prend en stop une séduisante jeune femme plutôt secrète, Sole, qui comme lui se rend à Rome. Francesco tombe très vite sous le charme de Sole mais il n'ose pas lui avouer ce qu'il ressent. Au cours de leurs diverses escales Sole peu farouche se laisse facilement approcher par d'autres hommes ce qui rend Francesco jaloux et le met mal à l'aise. Le voyage s'assombrit...
Auteur d'un giallo maritime malheureusement méconnu, le curieux et solaire interrabang, et d'une décamérotique, Decameroticus, Giuliano Biagetti est surtout connu pour ses comédies, un genre qui couvre la majeure partie de sa carrière. On lui doit entre autres La novizia / La novice se dévoile avec Gloria Guida, Il sergente Rompiglioni ou encore l'amer La svergognata. En 1976 il signe Donna... cosa si fa per te, un de ses films les moins connus mais également un des meilleurs.


Alors qu'il prend l'autoroute pour se rendre à Rome, un riche aristocrate toscan Francesco Balducci dit Cecco, remarque une jeune femme qui fait de l'autostop. Il la fait monter. Elle va aussi à Rome. Ils vont donc faire la route ensemble. Francesco tombe vite sous le charme de cette inattendue passagère qui s'entoure d'une petite aura de mystère. Elle ne veut pas lui dire qui elle est réellement. Elle lui avoue simplement se prénommer Sole, un prénom qui éblouit Francesco. L'homme d'affaires tente régulièrement de la séduire mais quelque peu intimidé il n'y parvient pas vraiment. Pourtant il se sent presque prêt à tout pour elle. Au cours de leur voyage et de leurs diverses escales Sole va rencontrer des hommes dont elle


aime se rapprocher. Francesco se sent invisible à ses yeux, il ne dit rien mais il souffre intérieurement et devient maussade. Il tente de lui avouer à demi mots ce qu'il ressent pour elle mais chaque tentative est vouée à l'échec. A la fin du voyage, devant la barrière de l'autoroute, Francesco va découvrir bien involontairement qui est vraiment Sole...
Plus qu'une comédie Donna... cosa si fa per te est avant tout un road movie amer durant lequel deux personnages qui n'ont rien en commun, un aristocrate homme d'affaires frustré et une séduisante autostoppeuse, une putain qui aimerait changer de vie, vont se rencontrer, partager ce voyage et vivre ensemble une série d'aventures, le fil conducteur étant les


sentiments secrets que l'homme éprouve pour cette femme mystérieuse qui l'attire irrésistiblement mais qu'il ne parvient pas à lui avouer. Le scénario est mince certes, il repose sur une seule et unique idée. Il faut donc réussir à retenir l'attention du spectateur durant 90 minutes avec si peu. Pour se faire Giuliano Biagetti construit son histoire sur un enchainement de rencontres qui se font au fil de leurs arrêts, de leurs escales, le long de cette autoroute, l'A1, l'autoroute du soleil, qui va de la Lombardie à Rome. Il ne se passe bien sûr pas grand chose. Le temps pourrait sembler long, la pellicule ennuyeuse mais pourtant Donna... cosa si fa per te intrigue quelque peu et réussit à retenir suffisamment


l'attention pour voir comment ce voyage se terminera notamment grâce à son atmosphère. Et si nous sommes sur l'autoroute du soleil celui ci n'est absolument pas présent. Nous sommes en plein hiver. Il pleut, tout est gris, noyé dans le brouillard et la brume d'où cette sensation de morosité, de tristesse infinie, de mélancolie dans laquelle le film baigne d'un bout à l'autre du métrage.
Les deux protagonistes ne sont guère plus solaires. Francesco sous son air jovial et son humour est un homme amer, déçu, qui souffre de l'indifférence de sa passagère, une amertume qui ne cessera de croitre au fil du voyage de par le comportement de Sole, une


femme libre, énigmatique (elle se cache sous une fausse identité), une femme apparemment bien sous tout rapport mais qui cependant n'est pas très farouche envers les hommes qui l'approchent (le jeune camionneur), une attitude qui rend encore plus jaloux Francesco et le fait encore plus souffrir. La force du film tient dans cette atmosphère morne, les rapports entre les deux personnages et les dialogues (et soliloques de Francesco) souvent acerbes. Ainsi ce sont tous les passages dans la voiture qui sont les plus intéressants, les plus sensibles surtout. Quant aux diverses rencontres elles donnent avant tout le ton comique à l'histoire (les retrouvailles inopinées entre Francesco et un vieil ami


homosexuel, le prêtre péteur, de bons gags souvent grivois) et érotique (la longue séquence dans la villa florentine, l'opportunité pour le spectateur d'admirer la nudité de Jenny Tamburi lors d'une séance de voyeurisme pervers et d'offrir à Renzo Montagnani une scène de sexe avec la comtesse délurée jouée par Maria Pia Conte, le jeu des culs... comme quoi chez les bourgeois la perversion et le sexe sont toujours autant de mise... les ébats de l'écuyer et de Sole dans le foin, l'accouplement des chevaux pour les pro-zoophiles...).
Quant au final sans être très surprenant, il ne déçoit en aucun cas. Bien amené, de manière à la fois triste et cruelle, il finira par balayer les espoirs d'un Francesco encore plus


désillusionné face à l'identité de celle qui l'avait tant séduit avant qu'elle ne disparaisse dans une nappe de brouillard toujours plus épais.
L'interprétation est portée par Renzo Montagnani, tout en émotions, qui délaisse cette fois le personnage habituel d'hommes à femmes qui saute sur tout ce qui porte jupons et prouve quel grand acteur il pouvait être dans un registre plus dramatique. Quant à Jenny Tamburi, magnifique, elle est une Sole tout en justesse, éblouissante comme un... soleil qui offre son corps au regard lubrique du comte (Filipo de Gara) lors d'une scène de nu très érotique. 
Dino Emanuelli est le prêtre turinois. Enzo Liberti est le truculent gros homme romain particulièrement loquace.
Donna... cosa si fa per te est une sympathique "road comédie" aigre douce teintée d'humour au ton par instant quasi auteurial qui brille par le talent de comédien d'un Montagnani bien plus sombre que d'accoutumée. Cette gentillesse autoroutière mérite d'être découverte par les amateurs du genre ne serait-ce que pour sa rareté, le film faisant de ces pellicules difficilement visibles aujourd'hui que tout collectionneur appréciera posséder. Biagetti récidivera l'année suivante avec L'appuntamento, une autre road


comédie toujours avec Renzo Montagnani.
La version qui circule ça et là et qui fut diffusée autrefois sur les chaines italiennes a de fortes chances d'être une version soft. Il existerait une version beaucoup plus pimentée. La présence de futures stars du porno italien de la première heure (Marina Frajese, l'autostoppeuse germanique, pour une de ses toutes premières apparitions à l'écran, Brunello Chiodetti l'écuyer) pourrait en confirmer l'existence comme quelques séquences de sexe visiblement amputées et celle de l'accouplement des chevaux, propre au cinéma d'exploitation italien d'alors.

