Delitti

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Réal: Sergio Pastore / Giovanna Lenzi
Année: 1987
Origine: Italie
Genre: Giallo
Durée: 97mn
Acteurs: Tony Valente, Saverio Vallone, Michela Miti, George Ardisson, Laura Troschel, Linda Christian, Gianni Dei, Solvi Stubing, Lara Orfei, Michel Clinford, Deborah Ergas, Alessandra Izzo, Gianfranco Gallo, Sacha Darwin, Louis Dek, Giovanna Lenzi, Simonetta Gallese, Vittorio Forte, Alessandro Croce, Giovanni Nardoni, Emy Valentino, Jimmy il nano...
Résumé: Un psychopathe déjà responsable de sept meurtres en commet deux autres. Son mode opératoire consiste à empoisonner ses victimes en mettant dans leur café un venin mortel de serpent qui les momifie instantanément. L'inspecteur Sanders et un journaliste sont chargés d'arrêter le maniaque au serpent...
Pour les amateurs de gialli le nom de Sergio Pastore évoque surtout l'argentesque Sette scialli di seta gialla, un classique du genre. Pour d'autres, peut-être plus pointus, ce sont ses drames pour la plupart méconnus voire aujourd'hui bien oubliés qu'ils retiendront d'une carrière qui s'étend sur quasiment vingt ans sans pourtant être très dense. Comme pour bien de ses confrères les années 80 furent pour Pastore bien sombres. Il se perd épisodiquement dans quelques comédies fadasses co-écrites avec son épouse l'actrice Giovanna Lenzi qui à son tour s'essaie à la mise en scène. C'est ainsi qu'elle réalise ou


plus exactement essaie de réaliser ce qui se veut un giallo fort tardif, le genre étant mort depuis déjà bien des années mais de temps à autre remis au gout du jour par quelques audacieux réalisateurs. Les tentatives sauf rares exceptions restent très souvent peu convaincantes voire mauvaises. Celle de Giovanna Lenzi secondée par son époux à la caméra est un monument de stupidité, un chef d'oeuvre du ridicule et d'absurdité qui très vite eut en Italie la réputation d'être le plus mauvais film jamais tourné au pays de Dante! Et c'est bien peu de le dire.
Deux cadavres sont retrouvés dans une chambre. Ils viennent allonger la liste de sept


assassinats commis par mystérieux psychopathe qui tue ses victimes à l'aide du venin d'un serpent originaire de la Martinique. Les malheureuses victimes sont horriblement défigurées. Le commissaire Sanders est chargé de l'enquête aidé par un journaliste romancier avec lequel il ne s'entend guère.
Difficile est de résumer un film qui n'a ni queue ni tête. L'ouverture donne le la, la découverte de deux corps dans une chambre. On ne saura jamais qui est le second cadavre aussitôt oublié dans le scénario. Apparaissent ensuite deux blondes pulpeuses terminant une séance d'aérobic dans une salle de sport qui ressemble à une chambre d'hôtel F1 bas de


gamme. Elles sont terrorisées à l'idée d'être assassinées. Pourquoi? Dieu seul le sait. L'une est si effrayée par les propos peu rassurants de sa copine que pour la faire taire elle l'étrangle! Une scène surréaliste qui défie les règles de la rationalité. Après s'être calmée la bimbo lui fait les yeux doux et va prendre une douche... elle entre dans la cabine toute habillée! En seulement dix minutes on est déjà propulsé dans une autre dimension, celle du n'importe quoi, de la bêtise absolue, de l'incroyable. On est certain d'assister à un grand moment d'hilarité même si très souvent on va être partagé entre un éclat de rire tonitruant et


une profonde consternation face à une pellicule qui n'aurait jamais du exister. Qu'y trouvons nous?
Impossible de citer tout ce que réserve Delliti, impossible de décrire tout ce qui attend le spectateur abasourdi embarqué dans le monde psychotique de notre tueur au venin. Du tueur parlons-en justement. Le visage recouvert d'un masque de Zorro, un bonnet de ski sur la tête, une moustache à la Zavatta! Il a un couteau mais il tue en étranglant ses victimes avec une écharpe (!) ou en mettant le venin d'un serpent martiniquais dans du café. Le résultat est immédiat: le visage de la victime se momifie autrement dit on n'a fait que le


recouvrir d'un vulgaire masque d'Halloween en plastique droit sorti d'un bazar de quartier puis un fondu préhistorique à la Méliès fait le reste! Cette histoire de café prend une tournure délirante lorsque le spécialiste de la police scientifique, un gringalet au look de premier de la classe qui déclame le plus sérieusement du monde à l'inspecteur pantois qu'il a trouvé la formule du terrible poison: du café mélangé à du sucre et de l'acide urique se transforme en acide cyanhydrique! Il vient d'exploser toutes les lois de la chimie connues à ce jour!
Pêle-mêle on trouve un aveugle nommé Chewing gum dont tout le monde a peur sans qu'on sache pourquoi (surtout les filles permanentées façon années 80), un danseur de rue qui

sans raison se met à danser bêtement une break dance ridicule au milieu de la route, ouvre son imper et entame un strip-tease avant de partir en courant. Bêtifiant! On a également un nain dodu dealer très hargneux qui se bat avec l'inspecteur dans une décharge, on a l'espace d'un instant l'impression d'être au cirque, et qui à ses heures perdues tourne des mini vidéo porno. Quant au final d'une bêtise astronomique envoyé en pas même cinq minutes on peine à croire qu'un cerveau humain ait pu imaginer tel dénouement. Non seulement il y a deux meurtriers ce qui va à l'encontre de toute cohérence ici, le journaliste (le dévoiler n'est en aucun cas dramatique ici) et le pauvre Gianni Dei. Il faut le voir pieds


nus, se mettre à danser au son d'un 45t qu'il écoute sur un mange-disque, faire des pointes, vouloir s'envoler dirait-on de son canapé pour simuler la folie comme il faut l'imaginer confiné dans une pièce au trois quart vide où trainent une radio et un panier en osier. Triste? Pathétique? Hilarant? On a simplement honte pour lui d'être tombé si bas. Il confessait tellement aimer le cinéma qu'il était prêt à tourner n'importe quoi pour le simple plaisir de jouer. En voilà la preuve. Le ridicule ne tue pas.
Que dire de la mise en scène, des décors, de l'interprétation de cette catastrophe rythmée par une bande originale médiocrissime, un recyclage raté de 2019 après la chute de New-York agrémenté d'une horrible musique disco? Rarement a t-on vu un film aussi hideux


visuellement. Le film semble avoir été tourné en Allemagne de l'Est dans un bout de studio qu'on transforme au gré des séquences, dans des décors d'une absolue laideur et le dénuement le plus total. L'ensemble est d'une telle pauvreté que c'est elle qui fait peur ici et non pas le maniaque au serpent. La mise en scène est inexistante et donne la fâcheuse impression d'avoir été confiée à un groupe d'étudiants qui avait dans l'idée de faire un film d'horreur pour leur fête de fin d'année scolaire! On entendrait presque le clap du réalisateur avant qu'il ne crie "Moteur! On tourne"! Et là comme par magie un personnage entre en scène. Pire: le psychopathe qui patiemment attendait son tour ouvre une porte et se met à


poursuivre sa victime. On se demande pourquoi il ne parvient pas à l'attraper d'ailleurs, tout deux courent si lentement! Quant à la distribution il est impossible de parler d'interprétation. On se demande même comment certaines stars déchues se sont retrouvées dans ce marasme. Argent? Pitié? Pure amitié? L'explication est dans le mot "déchues"... peut-être! Espérons le. Oublions Gianni Dei. Saverio Vallone est l'inspecteur, un hybride entre Sherlock Homes, Columbo et les Dupont et Dupond. Georges Ardisson est le chef de la police, Solvi Stubing fait l'une de ses toutes dernières apparitions à l'écran, Laura Troschel est l'épouse (ou la petite amie ou la soeur peu importe) du pauvre Gianni Dei. Giovanna Lenzi


n'a jamais autant ressemblé à Mme De Fontenay. Linda Christian, l'ex-épouse de Tyrone Power et Edmund Purdom, est la narratrice au bord des larmes car traumatisée car oui il y a une narratrice traumatisée en début et fin de bande qui nous met en garde contre la folie des maniaques et leur habitude de se fondre facilement dans la masse. Elle est simplement désolante. Quant à la pauvre Michela Miti dans la peau d'une actrice ratée (il fallait le faire!) elle passe son temps à se déshabiller sans aucune raison et s'exhiber nue. Elle nous offre d'ailleurs un inoubliable et pathétique strip-tease sur fond de petits cris pornos juste avant de se parfumer les fesses et faire l'amour en... pyjama. Ses effeuillages


grotesques doivent avoir pour but de retenir le spectateur afin qu'il ne quitte pas la salle ou n'éteigne pas son lecteur DVD avant la fin de ce marasme.
Difficile de parler de Delitti, de savoir ce qu'a voulu faire Pastore. Une parodie volontaire? Involontaire? Un film sérieux? Mystère! C'est en tout cas une expérience à vivre une fois dans sa vie pour voir de ses propres yeux comment Sergio Pastore caché ici sous le pseudonyme de Serge Vidor s'est un jour transformé en Ed Wood du Bis italien. Delitti mérite bel et bien son titre de plus mauvais film jamais réalisé. Comparé à ce désastre pelliculaire des navets tels que le Trhauma de Gianni Martucci, le Virus cannibale de


Bruno Mattei et les films de cannibales de Jesus Franco sont des chefs d'oeuvres hollywoodiens à oscariser! Irracontable, hideux, absurde, débile, hilarant, consternant... les adjectifs sont nombreux. Comment Pastore a t-il pu tourner cette catastrophe? Voilà une énigme. S'il est un prix que Delitti pourrait se vanter de remporter c'est celui du film le plus trash dans le mauvais sens du terme. Vu ainsi Delitti est une perle. Il est dit que Pastore est mort d'un infarctus le jour de la première du film. Son coeur affaibli n'a pas du supporter le choc.