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E se per caso una mattina


Autres titres:
Réal: Vittorio Sindoni
Année: 1972
Origine: Italie
Genre: Drame
Durée: 95mn
Acteurs: Pamela Tiffin, Virgilio Gazzolo, Renato Lupi, Toni Miranda, Nino Musco, Armando Furlai, Carlo Sabatini...

Résumé: Un fonctionnaire ministériel quadragénaire, marié et père de famille, prend un matin en stop une jeune hippie d'origine américaine. Ils se revoient par hasard le même jour sur une place publique. Intriguée par la philosophie de la jeune fille il l'invite à boire un verre puis ils vont chez elle. Ils font l'amour. L'homme découvre avec fascination le monde hippie. Il décide de tout quitter pour vivre avec elle. Au fil des jours il devient un vrai marginal mais malgré sa bonne volonté il ne peut effacer le fossé qui existe entre ces deux générations. Leur relation semble doucement s'effriter...

Après avoir été assistant-réalisateur sur quelques péplums Vittorio Sindoni débute sa carrière en tant que metteur en scène en 1969 avec un sympathique petit giallo plutôt efficace Homicide par vocation avec une toute jeune Femi Benussi. Par la suite c'est avant tout dans la comédie que s'illustrera le réalisateur puisqu'il n'en tournera pas moins d'une dizaine. Au milieu de celles ci se perd cependant un de ses films les plus méconnus mais aussi un de ses plus intéressants, une curieuse comédie dramatique post soixante-huitarde qu'il tourne en 1972 E se per caso una mattina.

Un quadragénaire, secrétaire ministériel, traditionaliste, machiste, très organisé, marié et père de famille, rencontre un beau matin une jeune hippie d'origine américaine qui fait du stop au bord de la route. Elle lui force la main et monte dans sa voiture. La discussion est des plus inintéressante. Arrivés à destination ils se quittent. Ils se retrouvent par hasard le même jour sur une place de Rome où un hippie se fait arrêter par la police. Etonné par la réaction de la jeune fille face à cette arrestation arbitraire il décide de mieux la connaitre. Elle l'invite chez elle et font l'amour. L'homme découvre petit à petit son univers, le monde de cette jeunesse marginale qui le fascine de plus en plus jusqu'à décider de tout quitter pour

venir vivre chez elle et faire partie intégrante de son monde. Il se voit en couple avec elle mais la jeune femme est libre, vit sa vie comme elle souhaite et surtout il doit bientôt la partager avec Cristo, un hippie muet, ce qui doucement mais surement va créer des tensions. L'homme, très engagé, fait son possible pour s'intégrer, il s'improvise fabriquant de sandales et rêve même d'en vivre même si personne ne semble intéressé par son travail. Lorsque la jeune fille passe de plus en temps de temps avec Cristo, qu'il découvre qu'ils ont aussi fait l'amour lors d'une escapade nocturne, l'ex-secrétaire ministériel déchante et comprend que ce monde n'est pas fait pour lui. Un matin il commet l'irréparable

et retourne à sa vie de bourgeois coincé, encore plus rigoureux qu'avant...
Bien plus qu'une comédie E se per caso una mattina est avant tout un drame comme on en faisait beaucoup alors, un drame qui se veut la vision de deux mondes totalement aux antipodes, la rencontre de deux cultures, deux époques, et qui prend par instant une tournure presque documentaire. Ces deux mondes c'est tout d'abord celui d'une bourgeoisie bien en place gardienne des valeurs d'hier et de la bonne morale, une bourgeoisie conservatrice, austère, représentée par ce quadragénaire en costume, fonctionnaire ministériel, mari exemplaire et père de famille que son épouse doit servir

docilement (on ne la verra jamais mais on comprend leur mode de vie à travers quelques monologues: "Chérie, mes chaussettes! Mon pantalon! Les enfants, lève les!". Le second est celui de cette jeunesse post soixante-huitarde, les hippies qui prônent la liberté d'être, de penser, l'amour libre, la vie en communauté, une jeunesse marginale sans règles ni contraintes qui véhiculent des idées nouvelles et souvent associée aux drogues. Un beau matin, par hasard, (d'où le titre) ces deux univers vont se croiser, faire connaissance et une chose inattendue se produit. Cet époux exemplaire tiré à quatre épingles, coincé dans ses valeurs morales et sa rigueur, va succomber au charme d'une jeune et séduisante hippie

pour qui il va tout quitter pour découvrir une vie qu'il ne soupçonnait pas et se transformer au fil des jours en parfait hippie.
Sindoni aurait pu mettre en parallèle deux mentalités opposées, jouer sur leurs différences, la difficulté pour l'un de pénétrer dans le monde de l'autre, sur l'incompréhension de ces êtres tant l'osmose est difficile. Au final Sindoni propose plus une vision de la vie hippie, de son mode de vie, de son fonctionnement sans jamais vraiment rien démontrer. Une intrigue dotée d'autant de potentiel aurait mérité un développement plus poussé afin de donner plus de force à l'argumentation et mettre en avant tous les contrastes, les différences de ces deux

générations. On reste un peu trop ici dans la superficialité, le commun. En cela E se per caso una mattina ne diffère pas vraiment de pas mal d'autres films du genre en offrant simplement une peinture de la jeunesse des années 70 face aux institutions dans l'Italie de l'époque. Malgré cette facilité et ce manque de profondeur le film de Sindoni est loin d'être ennuyeux. Bien au contraire. Le metteur en scène signe en effet une oeuvre insolite, amère, par instant déstabilisante qui peut se scinder en deux parties distinctes. La première est la rencontre de ce fonctionnaire avec la jeune hippie et son installation chez elle, la découverte progressive de son monde, du mode de vie et de pensée hippie, sa philosophie et la

relation ambigüe qu'ils tissent. Il en tombe clairement amoureux alors que pour elle il n'est qu'un ami-amant de plus. Il est amusant de voir comment il se transforme, s'adapte, à la fois gauche et timide mais déterminé, fasciné par le quotidien de cette jeune femme libre avec qui il découvre un univers insoupçonné ou peut-être trop longtemps occulté, méprisé. La mise en scène est simple, légère. C'est un peu comme si le spectateur franchissait lui aussi le seuil de l'appartement pour partager leur vie. Et quel appartement! Toute la magie des années 70 avec sa touche d'hindouisme, ses couleurs vives, ses tentures, ses graffitis, réunie dans cette vaste pièce de vie qui comporte une micro douche (un simple tuyau qui

fonctionne quand il veut), une minuscule cuisine et un escalier qui donne sur le toit où on bronze nu sans jamais avoir peur du vis-à-vis.
La deuxième partie débute avec l'arrivée de Cristo à l'appartement, un hippie muet, stoïque, béat, un brin envahissant, qui va partager leur vie, une sorte de ménage à trois qui lentement fera voir la réalité à l'homme. Cette nouvelle vie qu'il s'est bâtie, ces nouveaux idéaux auxquels ils tentent d'adhérer, cet amour pour elle dont il s'est convaincu ne sont qu'une utopie. Il n'a pas sa place dans ce monde où l'on sent qu'il fait semblant, essaie sans jamais parvenir à convaincre. Cette inadaptabilité aura raison de sa relation mais surtout le

poussera à commettre l'irréparable. Le message, l'analyse, est claire. Difficile voire impossible d'être autre chose que ce qu'on est au fond de soi. Rien n'est simple même si cela semble l'être.
Il ne se passe pas grand chose durant ces 90 minutes d'un quotidien souvent suffoquant. Les trois quart du film se passent dans l'appartement mais Sindoni parvient cependant à créer une certaine atmosphère où malaise, amour, amitié, ambiguïté, béatitude et étrangeté se mêlent subtilement, suffisamment en tout cas pour titiller la curiosité et faire mouche. Très importants aussi sont ces longs moments de silence, ces regards que se jettent les

protagonistes et la musique, un très agréable mélange de jazz, de rock progressif et d'improvisations musicales dissonantes dues à Ennio Morricone et au groupe Nuova Consonanza de Franco Evangelisti. La musique comme les silences font partie intégrante de l'intrigue et soulignent magnifiquement bien la relation faussée que s'est construite l'homme.
Autre gros atout du film, sa distribution. Pamela Tiffin est tout simplement divine en hippie, fraiche et spontanée, si charmante avec son fort accent américain. Elle illumine l'écran de façon solaire. Vittorio Gazzolo est parfaitement convaincant tant en bourgeois coincé et

odieux qu'en nouveau hippie. La transformation est étonnante et fonctionne très bien. Un peu pesante peut paraitre dés la seconde moitié de la pellicule l'omniprésence de Cristo, sorte de boulet christique chevelu non crédité au générique (malheureusement) dont l'identité restera donc à jamais un mystère. Et tout autour d'eux des cascades de cheveux longs et de chemises à fleurs, figurants anonymes pour nous en mettre plein les mirettes.
L'humour n'est pas en option. Le film n'en est pas dépourvu comme de nudité d'ailleurs (merci Pamela). Pour preuve la scène notamment de la plage où les deux protagonistes bronzent et se baignent nus lorsque la police les embarque, le discours sur la légitimité de

fumer de la drogue sans oublier la séquence du bad trip où notre ex-fonctionnaire se voit fustigé, accusé, insulté par tout ceux qui furent ses collègues juste avant de leur pisser dessus, une manière de faire volte face et de faire un joli doigt d'honneur aux institutions! A signaler aussi un très joli passage quasi documentaire, l'incursion dans une communauté hippie au son d'une superbe ballade folk.
Plus drame que comédie E se per caso una mattina ne bouleverse en aucun cas les codes de ce type de films. Sindoni n'a rien inventé. Cependant au delà de sa superficialité on sent chez le metteur en scène la volonté d'analyser au mieux la mentalité bourgeoise, ses

travers, en la mettant en parallèle avec la philosophie hippie d'apparence si simple mais pourtant pas aussi facile à assimiler. Les barrières ne s'estompent pas aussi difficilement. Certes on retrouve quelques clichés certes le scénario et la mise en scène manquent de profondeur mais rien n'est gratuit et le film s'ouvre nettement à la réflexion et parvient à toucher. De surcroit cette plongée au coeur du monde hippie plaira pleinement aux amoureux de cette époque bénie pour le peu qu'ils puissent se procurer cette bande oubliée des distributeurs devenue une petite rareté au fil du temps. Une pièce de plus pour collectionneurs.

  • Par Éric Draven | jeudi, 2 octobre 2025 | 21h42
  • CatégorieLes films

« Amarsi un po' Traficantes de panico »

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