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Une icône pasolinienne nous quitte: mort de Franco Merli

Le choc fut immense lorsque en cette matinée ensoleillée la nouvelle tomba, brutale, inattendue. Une étoile aussi filante fut-elle venait de s'éteindre, une icône, le symbole de toute une page du cinéma transalpin, la mascotte de nos âmes pasoliniennes devenue mascotte de notre site depuis maintenant seize années nous quittait. Franco Merli, l'inoubliable jeune héros des 1001 nuits, une des plus mémorables victimes de l'enfer de Salo et les 120 journées de Sodome s'en est allé discrètement pour un monde meilleur le 17 mai 2025 à Rome des suites d'une longue maladie. Franco c'était un visage, un regard, l'esthétique d'une certaine beauté méditerranéenne, orientale, un idéal. Entre candeur et maturité il promenait ce corps fantasmatique dont son mentor était tombé amoureux à la minute où on le lui avait présenté. Il fut un de nos premiers coups de foudre, il accompagna nos jeunes années, rêve inatteignable, source de désir, de plaisir parfois inavouable, d'admiration, sans plus jamais nous quitter. Au delà de cette magnétique, cette hypnotique aura Franco était au cours du temps devenu bien involontairement la représentation, l'incarnation de l'effroi à l'état pur, de l'innocence bafouée, broyée, à travers quelques clichés celluloïd à jamais gravés dans Salo dont il devint l'icône masculine, celui qui représente le mieux toute l'horreur de ce film puissant, intemporel, aujourd'hui corps et âme de notre antre, qu'on a du visionner des centaines et centaines de fois depuis le début des années 90. Ce sont les larmes aux yeux que nous lui rendons hommage, un hommage quelque peu tardif certes mais que nous ne pouvions décemment pas ignorer.
Né à Corleone en Sicile le 31 octobre 1956 Franco n'a pas encore 17 ans lorsque Pasolini sous les conseils de Ninetto Davoli le choisit pour être Nurredin, le jeune héros des 1001 nuits. Ninetto avait remarqué l'adolescent à une station d'essence où il travaillait alors comme pompiste. Au premier regard il sut qu'il était le garçon idéal pour jouer ce rôle. Pour Pasolini ce fut un coup de foudre immédiat. Il tomba sous le charme de ce petit paysan sicilien au teint mat, à la silhouette fine mais musclée, qu'il décrivait comme un garçon de 16 ans dans le corps d'un garçon de 18 ans. C'est avec un plaisir non dissimulé que Franco après que ses parents aient donné leur accord que Franco accepte la proposition du Maitre.

A cette époque tourner avec Pasolini était synonyme non seulement de célébrité assurée mais également de salaires juteux. Refuser une telle opportunité aurait été une folie. C'est pour Franco le début d'une incroyable histoire qui prendra fin quelques années plus tard à la mort de son pygmalion. Dans les 1001 nuits Franco est simplement candide, solaire, incarnant à la perfection l'innocence de son personnage à la recherche de celle qu'il aime dans un cadre aussi magique que sensuel. Totalement désinhibé, gracieux, Franco, le sourire malicieux, y déambule très souvent nu, une nudité sans cesse mise en valeur par Pasolini que l'on sent émerveillé par son jeune éphèbe. C'est d'ailleurs une relation plus

qu'amicale que le cinéaste vivra avec son petit protégé. Ce lien sentimental qui les unit ne sera pas toujours facile à vivre pour Franco qui en souffrira beaucoup sur le tournage de son film suivant, le glacial et fortement controversé Salo et les 120 journées de Sodome ou la transposition à l'écran du roman du Marquis De Sade dans l'Italie nazie.
Si Franco désormais majeur vivra très mal les soupçons de ses partenaires quant à son éventuelle homosexualité, l'obligeant très souvent à se replier sur lui même, ce film l'immortalisera et en fera surtout non seulement une véritable icône mais également le symbole de la cruauté humaine, de l'effroi à l'état brut. Son visage pur entre dans la légende à travers notamment deux scènes aujourd'hui cultes. Celle de ce regard inoubliable qu'il jette à son tortionnaire au moment où celui ci s'apprête à lui tirer une balle dans la tempe après qu'il ait été élu plus beau cul (une séquence dont il gardait un très mauvais souvenir même si avec le recul elle le faisait rire jaune) et celle qui fit le tour du monde lorsque son bourreau lui tranche la langue. Particulièrement peinée par sa disparition Olga Andreis, (elle joue Eva) qui fut une de ses partenaires mais aussi une amie proche, une confidente sur Salo, se souvient avec émotion de ce garçon qu'elle qualifie elle même de solaire, de l'incroyable lien qui le liait à Pasolini, de comment le Maitre le courtisait en dialecte romain et comme Franco répondait joyeusement à ses avances.
La mort de Pasolini mettra un coup de frein à sa carrière de comédien. Si entre Les 1001 nuits et Salo Franco avait tourné une sexy comédie oubliable, La collégienne en vadrouille, dans laquelle, teint en blond, il joue le neveu pervers et antipathique de Femi Benussi, c'est pour le grand Ettore Scola que le jeune acteur tourne en 1975 Affreux sales et méchants

où il est Nando le fils prostitué de Nino Manfredi. C'est Pasolini qui l'avait recommandé à Scola, ultime cadeau du Maitre à son ami/amant avant son tragique décès. A sa mort, désormais seul, privé de son mentor, Franco, à jamais marqué comme acteur pasolinien, voit les portes de Cinecittà se refermer. Il prend cependant des cours de comédie, s'accroche. Il apparait encore brièvement en 1979 dans Le malade imaginaire de Tonino Cervi mais faute de proposition il met sans grand regret un terme à sa carrière.
Franco n'a jamais vraiment voulu être acteur comme il n'a jamais eu aucune réelle ambition dans la vie. Quitter le monde du 7ème art ne le dérangea pas vraiment même s'il aurait pris plaisir à continuer avouera t-il bien plus tard. Par la suite il retourna vivre un temps en Sicile

avant de s'installer définitivement à Rome au milieu des années 80. Il s'est marié à Elisa qui lui donna deux fils dont un prénommé Lucio, trouva une place de chauffeur livreur dans une usine de GPL. Contrairement à ce qu'on peut parfois lire notamment sur l'imdb il ne fut jamais banquier, le banquier en question n'étant qu'un simple homonyme. C'est donc dans la ville éternelle que Franco, désormais anonyme, coula des jours heureux auprès de son épouse et de leurs enfants, de son frère Claudio, de ses petits enfants... et de son chien!
La rumeur voudrait parfois que Franco ait disparu, qu'il ait renié sa carrière d'acteur voire sa relation privilégiée avec Pasolini, qu'il n'ait jamais accepté d'interwiews. En vérité l'ex-petit Nurredin a toujours gardé de tendres souvenirs de ses années pasoliniennes. Au cours de

l'été 1989 il avait accordé une longue interview à l'écrivain-journaliste Leonard Loonen durant laquelle il évoquait avec plaisir et beaucoup d'émotion non seulement ses magnifiques souvenirs de tournage des 1001 nuits et de Salo, le rêve éveillé qu'il vivait alors, mais également de la relation qu'il entretenait avec Pasolini. A ce sujet il restait très pudique, pas toujours très à l'aise, préférant mettre en avant l'homme extraordinaire qu'était le cinéaste tout en gardant pour lui cette intimité qui les liait. L'écrivain garde de cette rencontre le souvenir d'un garçon certes nerveux, stressé, mais d'une authentique sympathie, discret, un peu timide, qui chérissait cet épisode doré de sa jeunesse sans vraiment rien regretter. Franco n'avait jamais couru après la gloire pas même cherché à être

un jour connu. Ce choix personnel de retomber dans l'anonymat lui convenait donc parfaitement sans pour autant fermer la porte à d'éventuels entretiens pour le peu qu'ils soient sérieux et respectueux. Contacté il y a déjà de très nombreux mois Franco se donnait le temps à la réflexion mais plus très en forme déjà à cette époque la maladie prit finalement le dessus et y mit fin. Franco meurt ce 17 mai 2025. Ne restera que le son d'une voix, chaude, grave, au bel accent sicilien et une dizaine de pages d'un entretien qui restera désormais confinée dans nos tiroirs telle une sainte relique.
De Franco, le public, nous tous, ses nombreux admirateurs, garderont surtout et avant tout l'image d'une beauté intemporelle, d'un idéal fantasmatique, celle d'un garçon du Sud lumineux, délicat, fragile, l'incarnation même du désir, ce désir incandescent qu'il a fait naitre en nous dés premières images des 1001 nuits à son ultime et fugace apparition à l'écran cinq ans plus tard. Sut-il jamais qu'il fut une icône non seulement en Italie mais à travers le monde, qu'il aura à tout jamais marqué l'histoire du cinéma italien qui aussi bref que fut son parcours ne l'a jamais oublié? Pour preuve les nombreux sites qui lui sont dédiés depuis bien des années et les hommages édités dans la presse écrite comme dans la presse internet dés l'annonce de son décès. C'est peut-être ça la véritable gloire, la véritable réussite. Franco, notre Franco a tout gagné.
Ciao ragazzo bello. Ti voglio bene.
La biographie complète de Franco c'est ICI. Franco et les mystères de Salo c'est ICI.

  • Par Éric Draven | mardi, 5 janvier 2027 | 22h12
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