Una strana voglia d'amare

Autres titres: Lovebirds / Lovebirds - Una strana voglia d'amare / Komm, süßer Tod / Vieni dolce morte / Uccelli d'amore / Liebesvögel
Réal: Mario Caiano
Année: 1969
Origine: Italie / Allemagne
Genre: Drame / Fantastique
Durée: 82mn
Acteurs: Claudine Auger, Tony Kendall, Christine Kaufmann, Giancarlo Sbragia, Lidia Alfonsi, Wolf Fischer, Mirella Pamphili, O.W. Fischer, Bruno Boschetti
Résumé: Deux couples traversant une grave crise conjugale partent ensemble en weekend. Suite à un accident sous une pluie torrentielle ils se retrouvent bloqués sur une route de campagne isolée. Un homme surgit alors et les invite chez lui, une superbe villa perdue dans les bois. La maison est celle d'un comte et d'une comtesse, l'homme est leur majordome. Le comte est un homme étrange, solitaire à l'image même de sa demeure. Très vite la tension érotique renforcée par la mystérieuse atmosphère qui règne entre ces murs devient palpable. S'ensuit une série de jeux érotiques troubles, ambigus où chacun se laisse aller. Lorsqu'une des deux épouses lasse de cette villa veut qu'ils la quittent ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent en sortir. Ils sont les prisonniers du comte si toutefois il existe bel et bien. Commence alors un voyage aux confins de la réalité...
Solide artisan de la série B Mario Caiano a tout au long de sa prolifique carrière étalée sur quelques quarante années touché à un peu tous les genres avec un certain savoir-faire. Il est à l'origine de bon nombre de petites bandes qui aujourd'hui font partie des classiques voire des incontournables du cinéma Bis et d'exploitation italien. Caiano a cependant à son actif quelques titres méconnus voire totalement oubliés si ce n'est perdus dont fait partie cette étrange coproduction italo-germanique réalisée en 1969 Lovebirds - Una strana voglia d'amare.


Une nuit sous une pluie torrentielle deux couples en pleine crise, Guido un écrivain en mal d'inspiration et Marina, Conny, une bourgeoise alcoolique, et Nino un play-boy, partent ensemble en week-end. Ils s'égarent sur une route de campagne isolée. Un arbre tombé en travers de la route les empêchent d'aller plus loin. En reculant ils s'embourbent. Alors qu'ils poussent la voiture un homme leur porte secours et leur propose de les héberger dans sa luxueuse villa. Il s'agit en fait du majordome d'un couple de nobles, un comte et la comtesse. Le comte qu'ils rencontrent au diner à 21h pile est un homme étrange, solitaire, enclin à la


mélancolie. Il semble ne plus rien attendre de la vie. Pour oublier la tristesse de sa vie il aime jouer du piano en projetant des estampes représentant des scènes de stupre et de mort. L'atmosphère de la villa est tout aussi mystérieuse. Si l'ambiance est électrique entre les deux couples la tension érotique est quant à elle de plus en plus palpable. Le comte et Conny semblent être très attirés l'un envers l'autre et finissent par coucher ensemble. Nino trompe Conny avec la comtesse, une séduisante jeune femme qui de son coté tente de séduire Marina. Dans cette atmosphère pesante où les jeux érotiques se succèdent seule Marina semble être très mal à l'aise et souhaite s'en aller. Malheureusement le majordome


leur annonce chaque jour que suite à l'orage la route comme la ligne téléphonique sont toujours coupés et qu'ils doivent encore et toujours patienter. En fait les deux couples sont les prisonniers du comte et de sa femme. L'insistance de Marina pour quitter les lieux l'éloigne encore plus de Guido qui se rapproche de la comtesse. Cette dernière finit par lui avouer qu'elle n'est pas sa femme mais sa soeur, qu'elle ne supporte plus cet homme nuisible, cruel. Après cet aveu ils couchent ensemble. Devant tant de mensonges les deux couples acceptent de suivre Marina. Durant la nuit ils s'enfuient. Ils se perdent dans la campagne embrumée. A l'aube, épuisés, ils se retrouvent face à la villa où les attend le


majordome. Malade Marina doit rester couchée mais en se forçant à visiter la villa elle découvre une pièce où sont cachés un téléphone et une télévision. Elle prévient Guido mais lorsqu'elle veut lui faire voir la chambre tout a disparu. Pensant qu'elle est folle Guido tente de la calmer. Elle s'enfuit. Ses trois compagnons d'infortune la poursuivent refusant qu'elle quitte la maison. Guido finit par la rattraper et la tue, un moyen radical pour qu'elle reste dans cette demeure. Le majordome leur a préparé un somptueux repas. C'est alors que du haut de l'escalier, à 21h pile, descend non pas la comtesse encore moins le comte mais...!!
Difficile de classer ce film on ne peut plus étrange dans une catégorie spécifique. Tout


débute comme un de ces nombreux drames bourgeois alors très à la mode dans le cinéma italien où des couples en pleine crise conjugale se déchirent et tentent de sauver leur mariage en s'évadant quelques jours le temps de se retrouver et d'essayer de se comprendre, le tout sur fond de frustrations et de perversions sexuelles. C'est ici deux couples qui partent le temps d'un week-end. Un écrivain en manque de talent et sa femme, de l'autre un play-boy marié à une femme alcoolique dont le seul intérêt dans la vie a toujours été l'argent et sa collection d'amants. Un accident par une nuit d'orage sur une route isolée va bouleverser leur projet. Les voilà hébergés dans la villa d'un comte, une


somptueuse demeure située au milieu de nulle part, dans les bois. Changement d'atmosphère.
Le film prend une tournure plus mystérieuse dés l'apparition du comte, un homme dans la force de l'âge mais encore séduisant, étrange, désabusé, qui ne semble plus croire en la vie et se complait dans sa solitude qu'il trompe en jouant du piano tout en visionnant des clichés d'estampes lugubres. Si la relation des deux couples se dégrade de plus en plus jusqu'à l'explosion la tension érotique quant à elle ne cesse de croitre stimulé par l'ambiance trouble de la villa. Commence alors une série de jeux pervers ambigus de plus


en plus morbides où chacun se lâche, se révèle, se laisse aller en diverses tromperies. Cela laisserait à penser qu'il s'agit d'un nouveau film érotico-morbide parmi tant d'autres si ce n'était les petits détails étonnants qui parsèment l'intrigue, les questions et mystères qui planent sur la demeure qui se referme petit à petit tel un piège sur ses hôtes. Plus on avance plus Lovebirds tend vers un certain cinéma fantastique qui prend pour thème la maison dont on ne peut s'échapper, la maison vampire qui se nourrit de ses invités et dont les gardiens en seraient le comte, la comtesse et plus encore le majordome.


Lovebirds - Una strana voglia d'amare se transforme assez rapidement en un voyage aux confins de la réalité. Si tout ce qui arrive semble n'être que le fruit des perversions des protagonistes la réalité si toutefois on peut user de ce terme ici est peut être toute autre. Bien souvent on est amené à se demander si le comte et la comtesse existent vraiment tant ils apparaissent et disparaissent, absents, indisponibles ou simplement invisibles comme on est amené à se demander qui ils sont vraiment. La comtesse serait la soeur non pas l'épouse du comte, un homme cruel, ignominieux qu'elle veut fuir mais cela lui est impossible. On en saura jamais plus. Quant au majordome, un jeune homme aussi froid


que séduisant, il est omniprésent, véritable cerbère qui souvent donne l'impression de tenir les rênes. Ce sera lui qui referme les portes de la villa sur ses flamboyants invités en toute fin de bande. Important également est la pendule du salon qui rappelle que c'est à 21h que le comte fait ses apparitions et c'est à 21h que se terminera l'histoire avec l'arrivée surprenante.
Si assez vite Una strana voglia d'amare se teintait de légères ombres fantastiques, laissait s'interroger le spectateur, la dernière partie du film l'est ouvertement, dés lors que les deux couples s'enfuient de la villa, se perdent dans la nuit embrumée, dans les bois transformés


en labyrinthe, s'endorment épuisés au pied d'un arbre pour se réveiller au petit matin face à la villa. Il n'y a aucune possibilité de fuite, aucun moyen de quitter cette demeure prison ni d'échapper au majordome.
Si on pouvait penser que les quatre protagonistes n'ont aucun sens de l'orientation la découverte de la chambre secrète où est caché un téléphone en parfait état de marche puis sa soudaine disparition ne laisse plus aucun doute. La soudaine agressivité de Guido, Nino et Conny envers la pauvre Marina, leur refus de la voir quitter la villa comme s'ils étaient possédés par les lieux, une détermination qui pousse Guido à la tuer volontairement, est


une plongée dans l'irréel. Ce final est comme un saut dans une autre dimension, une autre réalité dans laquelle les personnages, happés de notre monde, se retrouvent. Du moins c'est ce que laisse supposer Caiano qui jamais n'apporte de véritable réponse. Chacun y verra et comprendra ce qu'il veut. Il laisse libre cours à l'imagination du spectateur jusqu'à l'ultime image sur laquelle le mot fin apparait, étonnante, inattendue. Les plus cartésiens n'y verront qu'un jeu (de rôle?) franchement pervers, un jeu d'amour et de mort qui ouvre les portes du plaisir, les autres verront dans cette conclusion de quoi étayer la thèse du pur fantastique, les conforteront dans l'hypothèse de la vampire vampire. Difficile de ne pas

penser par exemple à Burnt offerings de Dan Curtis.
L'interprétation est excellente, en tête une Claudine Auger altière, déterminée. Lidia Alfonsi est parfaite en bourgeoise alcoolique et lubrique. Tony Kendall est un play-boy très à l'aise dans ses mini robes de chambre. L'autrichienne au regard envoutant Christine Kaufmann est magnifique dans la peau de la jeune comtesse. Quant au vétéran austro-hongrois O. W Fischer (le comte) ce sera son ultime apparition au cinéma. Dans le rôle très peu bavard du majordome impossible de ne pas remarquer le jeune Wolf Fischer, une sorte d'Alain Delon teuton version Lucchino Visconti dont la beauté n'est peut être pas si innocente. Est-ce la beauté du Diable?


Malgré un physique avenant ce sera pourtant une des seules prestations de Wolf qu'on pourra brièvement revoir dans le polar Abus de pouvoir (1972) et aux cotés de Romina Power et Al Bano dans le musicarello Angeli senza paradiso.
Portée par une belle partition musicale signée Bruno Nicolai Una strana voglia d'amare est une oeuvre étrange, énigmatique à la beauté quasi spectrale sublimée par une superbe photographie qui met en valeur les magnifiques décors tant intérieurs (qui ne sont pas sans rappeler un certain cinéma gothique) qu'extérieurs, ce superbe parc, ses statues et sculptures, ses ruines envoutantes, ses bois verdoyants. Echappant à toute logique le film


de Caiano et sa villa prison, aussi bien Paradis qu'enfer, n'est pas une oeuvre parfaite. La mise en scène n'échappe pas à quelques maladresses, l'écriture est parfois un peu légère. Avec un peu plus de rigueur Mario Caiano aurait pu accoucher d'un véritable petit chef d'oeuvre. En l'état Una strana voglia d'amare demeure une bande esthétiquement magnifique, fascinante, envoutante, empreinte d'érotisme et de mystère.
Oublié des distributeurs cet écrin du cinéma italien n'a bénéficié que de rares passages télévisés sur les chaines italiennes. Il devrait faire le bonheur des collectionneurs de raretés (et des amateurs du genre) qui n'hésiteront pas à essayer de trouver une copie de ce petit bijou injustement méconnu, certainement un des films les plus intéressants de son auteur.

