I guappi non si toccano est un des trois films de la trilogie "policière napolitaine" très personnelle de Mario Bianchi née suite à un coup de téléphone de Naples d'une personne qui avait travaillé avec le réalisateur sur La banda a Vallanzasca. Cette personne avait trouvé des producteurs qui acceptaient de financer ces trois films même si les accords en prévoyaient d'autres qui en définitive ne se firent pas. Ainsi naquirent Napoli: I 5 della squadra speciale, Napoli storia di amore e di vendetta et I guappi non si toccano.
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Si Napoli: I 5 della squadra speciale prévalait essentiellement pour ses incessantes scènes d'action et ses quelques pointes d'audace qui par instant caressaient gentiment l'euro-trash, on ne peut en dire autant de ce nouveau volet, d'un calme quasi olympien. Le scénario signé une fois de plus Claudio Fragasso secondé par Antonio Cocca est d'une étonnante simplicité, une banale histoire mafieuse mâtinée de polizesco où un flic, ex-agent du FBI, sous couvert doit infiltrer une bande de malfrats afin de mettre fin au règne tout puissant du Boss joliment nommé Lucien Maurice. Rien de très exaltant donc et la mise en scène guappi_9.jpgronflante de Bianchi n'aide guère à prendre au sérieux ce film convenu et routinier. La pauvreté du budget dont a bénéficié le cinéaste donne à l'ensemble un air misérable et c'est sur les doigts d'une demi main qu'on compte ici figurants, policiers et voitures de police. Pour tenter de combler ce cruel manque de moyens, Bianchi multiplie les scènes de bavardages souvent ineptes et promène mollement ses protagonistes d'un lieu à un autre entre deux coups de théâtre peu crédibles et par moment risibles. On risque donc de quelque peu s'ennuyer durant 90 minutes mais le spectateur afin de faire passer le temps pourra s'amuser à compter les erreurs de montage et les incohérences du scénario mais également repérer les divers stock-shot pris ça et là.
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Restent tout de même au crédit du film cette ambiance fortement estampillée années 70, toujours très agréable, cette noirceur et ce pessimisme dont ce type de cinéma était alors empreint et une distribution plutôt sympathique d'où émergent essentiellement Gabriele Tinti, toujours aussi bon, fort investi et parfait dans la peau de ce flic en mission, Pino Mauro, tout à fait crédible en Boss malgré quelques répliques et situations improbables et une surprenante Paola Senatore, Paulette la fille du Boss, plutôt impliquée et surtout d'une sobriété inattendue puisqu'à aucun moment elle ne nous montrera cette fois ses charmes. On retrouvera également Richard Harrison, égal à lui même. Pour le reste on devra se contenter d'une brochette d'acteurs trop insipides.
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On retiendra également du film sa photographie hivernale qui appuie cette noirceur et lui donne un certain charme tout en lui conférant une certaine dimension mélancolique, sa superbe partition musicale endiablée signée Tullio De Piscopo dont on reconnait très vite le style et quelques scènes intéressantes sans oublier son final, un no happy end violent qui se marie très bien au pessimisme de l'histoire.
Loin de la déferlante de violence gratuite et du coté trash que possédait Napoli: I 5 della squadra speciale, I guappi non si toccano est un petit polar mafieux fort discret, aussi dispensable qu'oubliable, dont le charme agit uniquement par intermittence. Bianchi n'est guère à l'aise dans le genre, peu aidé par ce scénario ficelle d'un Fragasso toujours aussi peu créatif. Pas assez dynamique on lui préférera de loin le n'importe quoi explosif des 5 de la brigade spéciale qui parvenait en plus à nous faire rire.
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