Martin Loeb: une tendre odeur de souffre

Aux yeux de beaucoup il restera un de ces jeunes acteurs par qui le scandale arrive, un nom qui aujourd'hui encore a l'odeur du souffre puisque la polémique est loin d'être terminée. Ce nom comme celui de ses deux partenaires est à jamais associé à un des films les plus controversés de l'histoire du cinéma, La maladolescenza de Pier Giuseppe Murgia.
Si on a beaucoup parlé de la petite Eva Ionesco qui après bien des déboires est parvenue à pourquivre une belle carrière d'actrice en France parallèlement à sa passion pour l'écriture et la photographie, si on ne présente plus Lara Wendel aux amateurs de cinéma de genre italien, on a beaucoup moins évoqué l'unique protagoniste masculin du film, le jeune Martin Loeb.
Qui était il, qu'est il devenu depuis La maladolescenza? Le Maniaco se devait de s'intéresser à ce jeune comédien qui a toute sa place dans notre musée de l'Eternité pour avoir été un des enfants du cinéma le plus montré du doigt.

Martin Loeb est né en 1959 à New York. Il n'est autre que le frère cadet de Caroline Loeb, comédienne, actrice et chanteuse rendue célèbre en 1983 avec son tube C'est la ouate.
Martin est le fils du célèbre galeriste Albert Loeb. Si Caroline est née à Paris, Martin suite à l'ouverture d'une galerie d'art à New York, vit donc le jour dans la Grande Pomme avant de rentrer en France au milieu des années 60. Issus d'une famille de marchands d'art, il aurait été étonnant que les deux enfants ne s'intéressent pas très tôt au monde du spectacle. Si Caroline débute à l'âge de 18 ans en apparaissant dans La maman et la putain, Martin a quant à lui 13 ans quand il entre dans l'univers cinématographique en décrochant le rôle principal du magnifique film de Jean Eustache, Mes petites amoureuses. C'est sa cousine, la comédienne mannequin photographe Isabelle Weingarten, qui avait présenté Martin au réalisateur qui séduit par le garçonnet avait décidé de lui confier le personnage. Il y donnera également un petit rôle à sa soeur Caroline.

Martin interprète Daniel, un enfant aux portes de l'adolescence rejeté des adultes qui, muet, écoute les grandes personnes, les étudie. Mes petites amoureuses aborde avec délicatesse et sensibilité un sujet difficile, l'éveil de la sexualité chez l'adolescent, les premiers désirs, les premiers émois, la peur, l'inquiétude, ce passage difficile où plus jamais l'enfant ne sera un enfant. Martin est extraordinaire de justesse, de spontanéité. Le film doit beaucoup à sa magistrale interprétation. Martin, le regard froid et distant, trouble alors le public qui pourtant lui ouvre son coeur. Interrogé quelques années plus tard sur ce film Martin avouait avoir eu un trac fou, une peur qu'il lui était difficile de canaliser. Il admettait cependant que Mes petites amoureuses restait un merveilleux souvenir, un bonheur inégalé dans sa vie.
Est ce un hasard où est ce dû à ce personnage mais Martin va alors être dévoué aux rôles d'adolescents difficiles dans des films souvent controversés. Dans la famille Loeb, il y a toujours eu comme mot d'ordre audace et ce n'est ni Caroline ni Martin qui dérogeront à la règle dans leur carrière respective.
Deux ans plus tard, Martin apparaît brièvement aux cotés de Catherine Deneuve dans le film de Claude Lelouch Si c'était à refaire. Il est Marc Gautier, un des élèves de Francis Huster, responsable du vol d'argent d'un professeur.
C'est l'année suivante que Martin va incarner Fabrizio le personnage masculin du si scandaleux La maladolescenza. A 17 ans, Martin relève avec ce film son plus gros défi, audacieux et téméraire, aux cotés de Eva Ionesco et Lara Wendel alors âgées de 12 ans.
Film sur l'éveil de la sexualité, les premiers frissons et désirs mais également sur la perversité et la perversion inhérente à cette période de la vie, La maladolescenza, tourné en haute Autriche, provoqua une vague de protestation en Allemagne lors de sa sortie pour les scènes de nu qui couvrent une partie du film et les séquences de sexe plutôt explicites entre Martin et Eva. Il fut alors totalement interdit jusqu'à sa sortie en DVD qui réouvrit la polémique avant que le disque ne soit retiré de la vente. En 2006, le film de Murgia fut de nouveau condamné et seules les versions exemptes de nudité et de scènes de sexe circulent aujourd'hui de l'autre coté du Rhin.


Après cette vague de souffre, Martin réapparait en 1979 dans Roberte de Pierre Zucca. Le jeune acteur y interprète Antoine, le neveu de Pierre Klossowski, un artiste qui a pris pour modèle sa femme afin de la mettre en scène contrainte et forcée dans de très osés tableaux vivants qui illustrent ses fantasmes. En découvrant petit à petit l'univers interdit de sa tante, l'adolescent se sent de plus en plus attirée par cette femme.
Ce sera le dernier rôle de Martin au cinéma qui en six petites années et quatre films marqua l'histoire des enfants terribles du 7ème art pas uniquement pour son audace mais surtout par son talent et sa rigueur dans des compositions pas toujours évidentes. Amie de la famille et du réalisateur Jean Eustache, proche de Martin, la comédienne et directrice de casting Edith Cottrell tenta vainement de le persuader de continuer son métier de comédien.


Ses efforts restèrent vains. La décision de Martin fut irrévocable. Rattrapé par les aléas de la vie, Martin disparut au fil du temps.
Aussi bref que fut son parcours cinématographique, Martin aura su en l'espace de quelques films marquer d'une part l'histoire du cinéma français à travers des rôles aussi intenses que douloureux, d'autre part graver de son incroyable audace nos mémoires de bissophiles voyeurs par sa sulfureuse prestation dans La maladolescenza.