C'est sous un soleil quasi printanier et une floraison de jonquilles précoce cette année encore que s'est déroulée cette 15eme édition du Fantastic'Arts qui semble être la meilleure depuis bien des années de par l'effort fait par les organisateurs pour apporter du sang neuf à cette fabuleuse entreprise qui semblait bien moribonde au grand dam des fans de ce rendez-vous annuel.
Si on regretta l'absence de neige, c'est le visage réjoui et le sourire aux lèvres que nous découvrimes la programmation de cette édition 2008, nous delectant tant des films que du jury présent cette année. On eut droit en effet à un véritable éventail de professionnels et de grands noms liés au Fantastique tels que Stuart Gordon, Président du jury, ou Sean S. Cunningham mais également liés à un certain cinéma Bis avec la présence de Ruggero Deodato et l'incontournable Jess Franco.
Une telle affiche ne pouvait que faire songer aux années d'or du festival mais est ce que cela a suffit à redonner vie à notre vieux dinosaure? L'avenir nous le dira mais le public à l'image du Maniaco sembla lui totalement satisfait et surtout pleinement heureux.
Moins axée cinéma asiatique que les années précedentes mais trés orientée cinéma espagnol cette fois, la programmation tenta de renouer avec un fantastique plus traditionnel.
Le festival s'ouvrit avec CLOVERFIELD, un film de monstres qui divisa le public. La présence de Deodato nous rapelle combien son Cannibal holocaust semble avoir influencé un certain cinéma actuel. Cloverfield fait partie de ceux ci avec son coté caméra vérité qui tressaute à chaque plan en suivant ici les tribulations d'un monstre ayant hérité de Godzilla dans sa forme. On aime ou non, ce style de cinéma peut ou non donner mal au crâne, une chose est sûre: pour apprécier Cloverfield mieux vaut aimer la DV et prendre le film au premier degré.
Toujours dans le plus pur style de Cannibal Holocaust, REC de Jaume Balaguero n'a guère d'autre utilité que de satisfaire un certain public amateur de faux documentaire, ici une femme reporter enregistrant caméra en main une équipe de pompiers dans un immeuble infesté de zombis contagieux. Sa caméra tourne, on revient un peu au style lancé par Blairwitch baignant ici dans une atmosphère à la 28 jours plus tard, quelques effets de style afin de pour reveiller nos peurs primaires mais comme trop souvent, cela devient vite fastidieux. Ce style de films fonctionne totalement sur un certain public, public qui ne s'y trompa pas en lui attribuant justement le Prix du Public.
Le dernier George Romero, DIARY OF THE DEAD, joue également sur ce registre. Ces trois films auraient pu comme l'a si bien dit Suart Gordon sur scène s'apeller le festival Deodato tant ils reprennent ce que le réalisateur avait inventé avec son Cannibal holocaust. Ce nouvel opus du réalisateur laissa plutôt perplexe le public, qu'il soit déçu ou sous le charme de cette nouvelle entrée dans le monde des morts-vivants. Plus adulte certes que Cloverfield ou REC, Diary of the dead tente une relecture du fameux thème des zombis en utilisant internet cette fois, un choix plutôt controversé qui en tout cas surpris.
THE BROKEN, un des points forts de cette édition, est un interessant film sur le thème du miroir et du double maléfique, prenant du début à la fin. S'il ne marquera pas l'histoire, The Broken vaut esssentiellement pour son ton froid, parfois glacial, ses images desespérées baignant dans la grisaille d'une pluie incessante. Tout est tristesse ici, tout est là semble t'il pour faire peur, un bruit, un son, un détail même si la conclusion reste décevante et revele les incohérences d'un scénario qui aurait pu être en tout point excellent.
Il en va de même pour JOSHUA qui reprend le thème de l'enfant maléfique qui débute lentement- trop?- bercé par les cris incessants du bébé avant de prendre sa vitesse de croisière jusqu'a la conclusion là encore décevante et par trop rationelle. Peut être une erreur dans cette programmation car on cherche vainement le Fantastique dans cette gentille production qui nous présente avec délicatesse et cruauté un environnement familial équilibré et qui lentement va vers l'effondrement grâce à un enfant en apparence sage mais foncièrement malin et mauvais conduisant son père vers l'autodestruction.
TEETH est une des plus belles surprises de cette édition, trés agréable film d'horreur viscéral avec son heroine possédant un vagin denté qui tranche les pénis, vieille lmégende du vagin denté que met ici en scène le réalisateur. L'amateur de castrations et autre effet gore aura eu sa dose, osant ici ce que le cinéma américain se refuse désormais, un gore transgressif, mais on regrette une fois enore la conclusion décevante. Teeth reste un simple mais trés bon divertissement horrifique plutot comique et léger qui prouve que le cinéma d'horreur a encore de l'imagination.
On saluera FRONTIERE(S) non pas pour son scéario d'un ridicule fini à la limite du vide intersidéal mais pour avoir osé ce que le cinéma gore francais n'avait jamais osé à un tel degré, 90 minutes de boucherie gratuite d'une violence inouie. Cinéma resolumment axé jeune public, friand de barbarie et d'hystérie qui fait illusion, cette brutalité cachant l'absence d'histoire, hommage à un certain TCM matiné de nazi et autre thèmes classiques d'un certain cinéma mélé ici à un contexte contestable mais très à la mode, les banlieues. Sans prétention, hommage à un certain Bis, Frontière(s) rate peut être son but mais sa simplicité reste justement sa force. Frontière(s) est du pur cinéma d'exploitation qui certes s'enlise dans ses propos et ne donne guère d'illusion sur l'avenir du cinéma fantastique français mais pris comme tel, il est hautement plus interessant qu'un nauséeux Sheitan auquel on pense de prime abord.
On oubliera le coréen EPITAPH, nouvel opus de fantôme asiatique mélant ici la reincarnation et la schyzophrenie, véritable concentré de sommeil s'étirant sur deux heures.
Dans la section teen slasher, on eut droit a l'agréable ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE qui reprend tous les poncifs du genre, agréable donc dispensable et vite oublié mais surtout sans surprise d'autant plus que le twist final ne surprendra personne. Mais pourtant le film séduit par son naturel, son scope généreux et la beauté de sa photographie, ce petit cours de vie comme Teeth et Joshua revient à un fantastique plus délicat et subtil que les grosses machienries à peur que veulent être Cloverfield, REC et Diary of the dead.
L'ORPHELINAT était un film calibré pour le Grand Prix. Consensuel, avançant en terrain connu et porté par une histoire touchante... et le Grand Prix il reçut à la grande joie du réalisateur venu présenter son oeuvre. Nous sommes là face à une resucée des Innocents ou des Autres qui a bénéficié d'une audience record en Espagne, enregistrant son plus gros succès de tous les temps. Film d'atmosphère joliment réalisé, L'orphelinat ne fait que compiler des effets déjà vus auparavant. Cette relation femme/enfant a déjà été explorée dans des films tels que The ring, Dark waters ou encore Le 6eme sens. Somme toute, l'orphelinat suit une lignée internationale, exportable et bien calibrée mais à qui il manque le plus important: l'originalité !
Malheureusement présenté hors compétition, STUCK réalisé par Stuart Gordon, l'heureux président du jury fut une très plaisante surprise, Gordon signant là un de ses meilleurs films. Poursuivant son chemin réaliste entamé avec King of the ants, Gordon opère un virage faramineux qu'on pourrait nommer sociologico-gore. Stuck nous conte les aventures d'une infirmière renversant par accident un cadre en voie de clochardisation. Elle le laissera lentement mourir dans son garage. Ce qui frappe au prime abord est l'image délibérément réaliste qui jamais ne met absolument en valeur ses deux protagonistes. Mené par un duo désespéré, Stuart Gordon appuie là où ça fait mal en présentant une société malade, déshumanisée et quasi robotisée par une administration qui ravage et mine l'individu. Tout dans Stuck est sale. Stuart Gordon se laisse aller ici à un constat politique et social d'une noirceur surprenante.
On ne parlera pas du crocodile de BLACK WATERS qui apparait deux minutes pour nous laisser avec les deux heroines perchées sur leur arbre 80 minutes durant ni du serpent ailé - de synthèse bien sur- de DRAGON WARS, autre somnifère, tous deux présenté dans la categorie Video tout comme DETOUR MORTEL 2 dont l'unique atout était cette fois de se dérouler au coeur d'une TV reality façon Kho Lanta. Ce nouvel opus s'avère nettement plus convaincant que le premier volet de par son contexte. Pour le reste, ce N°2 n'est qu'une pure distraction gore sans surprise.
Les fans de Jess Franco, malheureusement en chaise roulante mais toujours fort vaillant, accompagné de son épouse Lina Romay, ont pu se rejouir certes de sa présence mais aussi de la projection de L'HORRIBLE Dr ORLOFF lors de la Nuit des maitres du genre. L'oeil toujours pétillant et la langue bien pendue, Jess sut ravir ses nombreux fans par sa sympathie et sa générosité.
Dans la section des projections d'hier, on put revoir VENDREDI 13 mais aussi des titres tels que: L'INCINERATEUR DE CADAVRES, EVIL ALIENS ou THE DESCENT.
On retiendra aussi la projection très intéressante de deux chefs-d'oeuvres du cinéma espagnol, LA RESIDENCE et LES REVOLTES DE L'AN 2000 tout deux signés Narciso Ibanez, véritable plaisir de les redécouvrir sur grand écran.
Etrangement LA TERZA MADRE, le film tant attendu de Dario Argento fut diffusé le dimanche soir aprés les résultats, pas trés sympathique pour les impatients qui attendaient le retour de Argento et du tout aussi attendu troisième volet des Trois Mères. Mais au vu du résultat désastreux, devant une telle catastrophe que Bruno Mattei n'aurait pas reniée jadis on peut désormais comprendre le choix des programmateurs qui ont du penser qu'ils feraient fuir le public si le film était diffusé à une autre plage horaire!
En conclusion, cette 15ème édition du Fantastic'Arts fut une fort agréable surprise qui prouve que cette manifestation aujourd'hui quasi légendaire n'a pas dit son dernier mot et prouve que le cinéma fantastique n'est pas aussi moribond qu'on peut parfois l'écrire. On appréciera également le gros effort effectué sur le choix des personnalités invitées et l'absence enfin de people parasites, un effort louable et qui s'applaudit avec en sus, la présence de noms que le bissophile aura su apprécier!
Voilà qui laisse augurer du meilleur pour les prochaines éditions de ce rendez-vous géromois.