Maniaco Deprebis

  • Les Films
  • Hardcore italien
  • Cinéma X
  • Cinéma Gay
  • Dossiers
  • Bios
  • Maniaco-Grévin
  • Salle des Dieux
  • News

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

A visages découverts: Les enfants de Salo et leurs mystères

victimes.jpgvictimes_2.jpg

Salo et les 120 jours de Sodome, l'ultime film particulièrement controversé de Pier Paolo Pasolini qui aujourd'hui encore continue de défrayer la chronique, n'aurait certainement pas eu le même impact sur le public sans toutes ses jeunes victimes, ces adolescents martyrs prisonniers de bourreaux et maquerelles cruels. Leur jeunesse a souvent rendu le film parfaitement immoral et particulièrement insoutenable aux yeux de beaucoup. Dans le roman du Divin Marquis dont le film s'inspire les victimes étaient beaucoup plus jeunes. Leur âge s'étalait de 12 à 15 ans. Si pour des raisons évidentes Pasolini dut quelque peu vieillir ses salo 27.jpg malheureux protagonistes pour le besoin de son film ceci n'enlève rien à l'horreur des situations. Le spectateur gardera encore longtemps en mémoire ces visages désespérés, ces regards perdus qui n'attendent plus que la mort pour être enfin soulagés de cet enfer dans lesquels on les a plongé. Victimes, collaborateurs et sodomisateurs appelés à l'origine fouteurs, filles des quatre hauts dignitaires et servantes, ils restent tous de malheureuses victimes anonymes, un simple prénom, un simple visage souvent froid, presque fantomatique, un anonymat souhaité par Pasolini puisque donner une âme à ces jeunes leur aurait conféré une personnalité à laquelle le spectateur aurait pu s'attacher. Dans l'optique du cinéaste cette quasi perte d'identité a pour but de rendre leurs souffrances encore plus douloureuses et insupportables.
salo 6.jpgComme si l'atrocité de la fiction devenait une triste réalité il semble que ces jeunes comédiens pour une binne partie non professionnels se soient retranchés par la suite derrière un anonymat tout aussi dérangeant dés la fin du tournage tant et si bien qu'ils restent pour la majorité d'entre eux une énigme. Une grosse partie a totalement disparu comme évanouie dans le néant dés le clap de fin donné, d'autres refusent absolument de réapparaitre aujourd'hui et de parler de cette expérience cinématographique qu'on peut qualifier d'unique, peut être honteux de ce passage devant la caméra pour un des films les plus dérangeant de l'histoire du cinéma italien. D'autres sont malheureusement morts depuis.
Les interrogations demeurent aujourd'hui, plus de quarante plus tard, et tous continuent d'intriguer. Qui étaient ils? D'où venaient ils? Que fut leur après Salo? Que sont ils devenus à la fin du tournage? Ces questions reviennent souvent, hantent tant l'esprit des inconditionnels du film que du spectateur lambda souvent troublé par ces visages aux regards vides, ces corps totalement soumis. Très peu de choses ont fusé sur ces jeunes acteurs. Les retrouver aujourd'hui est un véritable labeur, une sorte de quête du salo 8.jpgsalo 7.jpgSaint Graal. Certains y ont pourtant dévoué leur vie. Des années de travail parfois, de recherches méticuleuses, de recueils de témoignages pris ça et là qui se résument parfois à une phrase mais de fil en aiguille les réponses sont doucement apparues même si parfois elles aussi se résument à d'infimes éléments.
Le Maniaco se devait de consacrer un dossier spécial aux Enfants de Salo. Ce dossier est le fruit d'un long travail de recherches personnel mais aussi le concentré de nombreux autres travaux provenant de diverses sources, le travail de fourmi effectué depuis des années par les très éminents journalistes de Nocturno, les ouvrages parus sur le film, le travail de Fabian Cevallos et Deborah Bahr, les interviews de quelques rescapés de cet enfer tels salo 38a.jpgsalo 102.jpgAntinisca Nemour, Franco Merli et Ezio Manni mais également Paolo Bonacelli et Hélène Surgère, l'incontournable ouvrage de Uberto Quintavalle, les archives de la presse italienne d'alors, les témoignages d'époque et bien entendu des documentaires aussi précis qu'exceptionnels que Pasolini prossimo nostro et La voce di Pasolini.
Ce dossier à visage découvert devrait réjouir les inconditionnels de Salo et apporter les réponses aux principales questions qu'il se pose. Il était évident qu'un tel dossier devait être complété par une revue tout aussi poussée des quatre hauts dignitaires, des trois maquerelles et de la pianiste eux aussi sujet à bon nombre de questions. C'est donc avec grand plaisir que Le Maniaco vous offre en bonus un second dossier consacré aux quatre acteurs et quatre actrices qui interprètent les terribles bourreaux et les obscènes narratrices.

Bon voyage au coeur d'un monde aussi cruel qu'impitoyable, celui de Salo et les 120 journées de sodome, le chef d'oeuvre de Pier Paolo Pasolini réalisé quelques mois avant son assassinat en novembre 1975.

salo_ado.jpg

 

Regard sur la jeunesse pasolinienne:
Tout au long de sa prodigieuse carrière Pasolini a toujours choisi avec soin les jeunes acteurs de ses films. Il n'a jamais tenté de cacher son attrait pour la jeunesse, sa fascination pour l'attrait érotique ou simplement érotisant de la juvénilité. C'est un des principaux points communs aux films de la deuxième partie de son oeuvre constituée par la trilogie de la vie, soit Le Décaméron, Les contes de Canterbury et Les 1001 nuits, trois films qui sont en fait une magnifique ode à l'amour, à la sexualité et à la lumière. Salo ou les 120 journées de Sodome en est la totale antithèse, une représentation de la mort, de la perversion, de la régression humaine jusqu'à son annihilation par le pouvoir.
A travers ces quatre films mais aussi les films qu'il réalisa dans les années 60 on peut facilement mettre en évidence, définir le profil de ce qu'on appelle d'une façon parfois un peu généraliste le jeune pasolinien.

salo 11.jpgsalo 12.jpgQui est il donc? Il est assez facile de dresser son portrait. Pour Pasolini il est le plus souvent le prototype même de l'enfant des rues, cette jeunesse délinquante indubitablement issue des couches sous prolétaires ou prolétaires. Parfois acnéique, pas forcément beau dans le sens esthétique du terme, le jeune pasolinien possède cependant toujours ce charme inhérent à l'adolescence, aussi particulier ou ingrat soit il, qu'il ait la peau mate du sud ou le teint clair du nord même si Pasolini n'a jamais caché son profond amour pour les jeunes romains. 
De cette ingratitude physique cependant attrayante, parfois même séduisante émane unsalo 14.jpgsalo 15.jpg naturel souvent émouvant, un peu gauche mais toujours spontané que Pasolini recherchait pour ses films. L'important à ses yeux, et c'est selon lui ce qui caractérisait cette jeunesse saine et enthousiaste, pleine de valeurs de cette fin d'années 60, c'était l'aspect candide, ingénu, un peu naïf. On est donc loin des canons de beauté requis par les modes et le 7ème art de manière plus globale. Ceci est particulièrement flagrant dans Le Décaméron et sa galerie de visages boutonneux qui surplombent souvent des corps aux formes grassouillettes. Il en va de même pour Les 1001 nuits et ses indigènes édentés aux yeux étincelants d'amour qui offrent leur corps nubile souvent somptueux. C'est le coeur, l'âme et ce qu'elle a à offrir qui détermine la beauté de l'être.
Dernier critère et non des moindres le jeune pasolinien s'il a le corps plutôt fin est le plus salo 18.jpgsouvent bien membré puisque le sexe joue un rôle primordial dans la vision cinématographique pasolinienne et que les organes génitaux masculins avaient une grande importance aux yeux du Maitre.

En ce qui concerne les jeunes filles Pasolini était beaucoup moins exigeant que pour ses acteurs masculins. Il leur fallait tout simplement être belles et surtout très à l'aise avec la nudité. Cette aisance à se dévêtir devant la caméra était le quasiment le seul point commun qu'elles partageaient avec leurs homologues mâles.
Novices ou semi-professionnels cette spontanéité n'empêchait pas le Maître d'être intransigeant et d'exiger de ces jeunes comédiens le meilleur d'eux mêmes. Il pouvait tournersalo 16.jpgsalo 17.jpg et retourner une même séquence un nombre incalculable de fois. Malgré son rigorisme, quasiment obligatoire puisqu'il avait souvent recours à des non professionnels, il était toujours à l'écoute de ses jeunes comédiens, une qualité pour lui indispensable lorsqu'on choisit justement de jouer avec des comédiens sans aucune expérience. Il prenait ainsi toujours en compte leurs idées ou suggestions. Il pouvait modifier une séquence si l'un d'entre eux refusait telle ou telle scène, une qualité du Maitre qui fut fort utile sur le tournage de Salo lorsque certaines actrices telle Renata Moar exigea certaines conditions lors des scènes à caractères sexuelles comme le refus de tout contact charnel avec ses partenaires salo 39.jpgce qui posa de nombreux soucis notamment lors de son dépucelage et celui de Sergio après leur mariage forcé. Pasolini dut en effet positionner ses caméras de façon à donner l'illusion que les corps se touchaient, un véritable casse-tête qui créa quelques moments comiques lorsque Son Excellence et le Président les rejoignent pour les sodomiser se rappelle Uberto Quintavalle. Sous les coups de reins de ce dernier Bonacelli ne cessait de perdre l'équilibre et sa tête heurtait à chaque fois la pauvre Renata. La jeune comédienne suite aux désagréments qu'elle subit lors de la séquence où elle doit avaler les excréments du Duc émit aussi un droit de veto sur un autre point: ne pas tourner de séquences qu'elle jugerait trop extrêmes. Le dialogue entre les acteurs et le cinéaste était essentiel pour Pasolini. Et ce dialogue était primordial sur le tournage d'un film tel que Salo. salo_ado_2.jpg


Le recrutement des futures victimes, fouteurs et collaborateurs de Salo:
Pour l'ultime film du Maitre le recrutement des jeunes acteurs et actrices se fit comme d'habitude avec une infinie minutie. Pasolini arpenta une fois de plus les rues de Rome à la recherche de ce fameux profil type afin de trouver ceux qui allaient devenir les seize protagonistes masculins, les huit victimes mâles et les huit victimes féminines auxquels s'ajoutent les quatre collaborateurs, les quatre sodomisateurs et les quatre filles des dignitaires.
Lors d'un déjeuner quelques semaines avant le début du tournage entre Pasolini et Uberto Quintavalle à qui le cinéaste offrait le rôle de Son Excellence Pasolini avouait que le choix des jeunes acteurs masculins fut particulièrement difficile et s'avéra un effroyable désastre. Il salo 19.jpgsalo 9.jpgrencontra quelques centaines voire quelques milliers de candidats mais aucun ne faisait vraiment l'affaire. Selon ses propos souvent très durs ils avaient tous des faces d'idiots dénués de personnalité, totalement inexpressifs, vides de toute émotion, de vrais cadavres. Entre la réalisation du Décaméron en 1970 et les préparatifs de Salo fin 1974 Pasolini trouvait que la jeunesse avait énormément changé en Italie. Elle avait perdu cette innocence, cette naïveté qui faisait tout son charme. Il n'y avait plus de jolis visages, sains, naturels, candides, une jeunesse détruite par une éducation trop permissive, privée de valeurs morales et désormais vouée à la société de consommation. Il aurait été incapable de refaire Le Décaméron quatre ans plus tard.
salo 10.jpgPour Salo Pasolini se refusa de choisir ses futurs comédiens parmi la petite délinquance. Ses victimes devaient en effet être raffinées, avoir une certaine classe afin de coller à l'histoire. C'est donc dans les milieux de la bourgeoisie romaine qu'il chercha ses acteurs durant de longs mois à l'exception de Franco Merli qui avait déjà travaillé pour lui l'année précédente sur les 1001 nuits. Pasolini était tombé sous le charme du jeune sicilien et c'est tout naturellement à lui que devait revenir le rôle de Franchino. Les inconditionnels du Maestro remarqueront l'absence au générique de Ninetto Davoli, l'acteur fétiche et amant du réalisateur durant de longues années. La rupture tant professionnelle que personnelle avait malheureusement eu lieu entre les deux hommes et Pasolini en souffrait beaucoup. Leur chemin s'était séparé et il le vivait très mal. Certains comédiens furent choisis pour leur ressemblance avec Ninetto, une manière pour le metteur en scène de pallier à son absence. salo 21.jpgsalo 20.jpgCe fut le cas pour Claudio Troccholi, un des collaborateurs, dont Pasolini fut toujours selon les souvenirs de Quintavalle, très proche durant le tournage jusqu'à partager sa chambre avec lui à l'auberge où il résidait. Il en va de même pour Giuseppe Patruno, choisi pour cette même ressemblance physique.
Encore plus difficile fut le choix des fouteurs. Pour incarner les sodomisateurs il fallait de jeunes hommes particulièrement bien dotés par Mère Nature. Trouver des candidats physiquement agréables ET généreusement membrés fut un véritable casse-tête pour Pasolini. Il passa en revue 10000 jeunes mâles, examinant avec minutie leurs attributs mais aucun n'avait le sexe suffisamment développé pour satisfaire le cinéaste qui dépité en arriva à penser que le mythe de l'étalon n'existait pas. Il n'avait pas vraiment l'intention de fouiller les salo 22.jpgmilieux du cinéma pornographique essentiellement américain ni chercher parmi la communauté noire car il se souvenait que lors de son séjour en Nubie pour Les 1001 nuits il n'avait jamais vu un homme de couleur dont le pénis correspondait à ce qu'il imaginait dans ses fantasmes. Il en arriva à penser que l'homme au sexe démesuré n'est en fait qu'un mythe. Dans l'impossibilité de trouver ses quatre spécimens Pasolini eut donc recours à un subterfuge. Il fit poser une prothèse en latex sur le sexe des quatre acteurs retenus d'où la raison de ces faux pénis énormes qu'ils portent tout au long du film y compris sous leur pantalon afin de donner l'illusion que ces étalons sont en perpétuelle érection. Simplement collées sur leur pénis ces prothèses tombaient régulièrement lors du tournage obligeant les maquilleurs à venir sans cesse les remettre en place.
salo 23.jpgsalo 24.jpgLe recrutement et le choix des huit victimes féminines fut beaucoup plus simple. Il était bien plus évident et surtout facile de trouver de jolies jeunes filles. Pour faire son choix Pasolini hanta les agences de modèles, les agences artistiques et de cinéma. C'est là qu'il trouva ses huit comédiennes qui pour certaines avaient déjà une petite expérience cinématographique derrière elles tandis que d'autres faisaient du mannequinat et avaient déjà posé nues pour des magazines. Elles avaient donc l'habitude d'évoluer en tenue d'Eve sous l'objectif. Ce sont d'ailleurs les actrices qui furent recrutées en premier. Pasolini cherchant encore les garçons quelques semaines avant le tournage. Ce qui saute aux yeux c'est que les victimes féminines sont cette fois pour la plupart assez loin du modèle pasolinien à l'exception de deux d'entre elles, Giuliana Melis dont la ressemblance avec Ninetto Davoli est assez évidente et Benedetta Gaetani qui devait visiblement lui plaire vu le nombre de gros plans qu'il fait de son visage.
salo 25.jpgLes quatre filles des dignitaires devaient quant à elles incarner la beauté, une certaine perfection physique. Les quatre actrices furent bien logiquement recrutées dans une agence de mannequins.
Ce sont les lycéennes des écoles avoisinant Bologne qui participèrent à la scène de recrutement des jeunes filles lors de l'ouverture du film. Celles ci ne se privèrent d'ailleurs pas de crier leur stupéfaction et surtout leur colère lorsque les actrices / victimes leur avouèrent qu'elles ne connaissaient ni le sujet du film, ni leurs dialogues ni même les scènes qu'elles devaient tourner et ne participaient en aucun cas à l'élaboration du scénario. Les lycéennes bolognaises allèrent trouver Uberto Quintavalle afin de lui dire qu'il était inacceptable de traiter les gens comme de simples objets... ce qui fit rire l'acteur!

salo 37a.jpg
Une cohabitation réussie:
Mineurs lors du tournage pour une partie d'entre eux puisque leur âge s'étalonnait de 15 à 18 ans c'est donc une bonne trentaine de jeunes garçons et jeunes filles qui durent vivre en communauté les quelques deux mois et demi que dura le tournage avec ce que cela compte en discipline. Le film exigeait en effet que tous soient présents chaque jour sur le plateau. Hormis quelques heurts et prises de bec inévitable lorsqu'on vit en communauté, il n'y eut pourtant pas si on se fie aux souvenirs de Quintavalle et Bonacelli d'incidents majeurs ni salo 47.jpgsalo 46.jpgd'absentéisme hormis pour raisons personnelles et surtout pour cause de courte maladie. Le château où se déroule la plupart du récit ne possédait quasiment plus de toit. Il y faisait souvent un froid glacial et les jeunes comédiens jouaient pour la plupart du temps nus ou très peu vêtus. On imagine sans mal qu'on puisse facilement tomber malade dans de telles circonstances.
Les garçons étaient ouverts et avaient le contact facile, toujours prêts à discuter et se confier. Il régnait dans la troupe une ambiance cordiale et bon enfant. Un tournoi de football fut même organisé entre l'équipe de Salo nommé "120" et celle du film 1900 que Bertolucci tournait non loin du lieu où se dressait le plateau de Salo, Le tournoi fut honteusement perdu par les "120" ce qui cassa par la suite quelque peu l'ambiance de tournage selon les dires de Uberto Quintavalle. Pasolini était furieux!
salo 26.jpgLogés dans une auberge les comédiens regagnaient chaque soir leur chambre respective à l'exception du favori de Pasolini qui dormait avec lui après que le cinéaste leur ait bien rappelé tel un véritable père et ange gardien qu'il interdisait tout rapport sexuel entre filles et garçons, sachant pertinemment qu'ils n'obéiraient pas. Certains avouèrent ainsi avoir eu une liaison durant le tournage. Ceci permettait au Maître de les piquer parfois avec cynisme s'ils ne donnaient pas le meilleur d'eux mêmes lors du tournage, jetant ainsi la faute sur les dangereuses relations hétérosexuelles!

Les garçons étaient par contre plutôt réticents face à l'homosexualité. C'était un sujet qu'ils n'aimaient pas traiter. Si certains avouaient avoir eu des rapports homosexuels c'était contre de l'argent mais aucun n'acceptait d'avouer une homosexualité latente encore moins salo 45.jpgsalo 44.jpgd'accepter l'homosexualité. Leurs réactions pouvaient alors être assez violentes. Quintavalle se rappelle que l'un deux, Franco Merli dont la relation privilégiée qu'il entretenait avec Pasolini depuis Les 1001 nuits faisait beaucoup jaser, fut sujet à moquerie. Ces railleries le mirent sur la défensive, le rendirent nerveux et irascible, toujours prêt à répondre violemment. Il finit par demander à n'avoir aucun contact charnel avec un autre garçon lors des scènes à caractère sexuel.
Un autre confessa que plus aucun de ses amis ne voudrait le revoir après la sortie du film. Un troisième fut de façon désobligeante surnommé "Frocchio" (la tapette) même si durant ces deux mois il était soi-disant tombé amoureux d'une des filles et passa tout son temps à ses cotés.
S'il régnait une ambiance cordiale sur le plateau, s'il n'y eut aucun réel incident et mésentente les quelques témoignages des comédiens qui aujourd'hui acceptent de parler affirment cependant qu'il n'y eut aucune véritable amitié, aucun lien qui se tissa entre eux. Franco Merli affirme qu'ils n' avaient aucun lien en dehors du tournage. Tous se perdirent de vue dés le film terminé.



LE TOURNAGE DE SALO:
Une fois le casting terminé il ne restait plus qu'à donner le premier tour de manivelle dans un château à l'abandon au toit quasiment détruit qui laissait pénétrer un froid hivernal parfois pinçant qui gêna par instant non seulement les narratrices mais également les jeunes acteurs souvent dénudés. Le château était soigneusement gardé pour assurer la sécurité de toute l'équipe mais aussi pour que ne filtre aucune information sur le film durant les quelques mois qu'allait durer un tournage que Hélène Surgère qualifie de pesant dû aux pressions extérieures et aux menaces.
salo 29.jpgsalo 28.jpgContrairement à ce qu'on pourrait penser le tournage qui s'étala de mars 75 à la mi-mai de la même année fut loin d'être un supplice. Une ambiance allègre régnait sur le plateau qui se transformait régulièrement en une sorte de cour de récréation pour grands enfants. Hélène Surgère qui incarne la Vaccari, la première des narratrices, confirme ces propos, en appuyant le fait que tout le plateau se transformait souvent en cour de récréation une fois la caméra éteinte. Tous ces jeunes romains s'amusaient et plaisantaient entre eux, parfois dans leur propre dialecte avoue t-elle. On est donc loin de l'ambiance pesante du film même si par moment la tension était palpable.

C'est dans une ambiance collégiale que se déroula le tournage que Hélène Surgère mais également Paolo Bonacelli qualifient souvent de cour de récréation. Tous ces adolescents aimaient plaisanter et rire entre eux lors des pauses mais également durant le tournage durant lequel il était parfois difficile de les faire garder leur sérieux. Tous étaient heureux de pouvoir jouer des scènes d'action car ils passaient beaucoup de temps immobiles, passifs, à écouter les récits des narratrices ou à jouer les figurants. Ainsi la fameuse scène dite des chiens fut pour eux un réel bonheur malgré les ecchymoses aux genoux qu'ils gardèrent durant plusieurs jours!
salo 30a.jpgA l'écoute de ces jeunes acteurs Pasolini était ouvert aux suggestions voire à certains refus comme en témoigne Antiniska Nemour. Elle se souvient de la gentillesse du Maître, un véritable père pour eux. Par contre ils ne connaissaient absolument pas leurs scènes ni leur contenu qu'ils découvraient quelques minutes avant le tournage afin d'accentuer le naturel. Cette technique eut malheureusement quelques effets négatifs sur certains acteurs. Renata Moar vomit pour de vrai, fut prise d'une crise de larmes et dut être évacuée du plateau lors de la scène où elle est forcée de manger les excréments du Duc. Ses larmes ne sont donc pas feintes. A partir de ce jour Renata suivie par d'autres actrices exigea que de nouvelles clauses soient rajoutées à son contrat afin d'éviter ces détestables surprises. Hélène Surgère elle même posa ses limites suivies par la suite de Elsa De Giorgi et Caterina Boratto. Elles refusèrent catégoriquement tout acte sexuel simulé qu'il soit oral ou manuel. salo 32.jpgsalo 31.jpgCela explique pourquoi c'est Rinaldo Massiglia, un des sodomisateurs, qui explique à Giuliana Melis comment masturber un sexe à l'aide d'un mannequin.
Il en va de même pour Franco Merli qui fut lui aussi pris d'une véritable crise de larmes lorsque l'Evêque s'apprête à lui tirer une belle dans la tête suite à son élection du plus beau cul. Surpris par cette issue non prévue, terrifié, Franco pensa qu'il allait réellement mourir et dut être calmé par un assistant de Pasolini. Quant à Lamberto Book il se rebella contre Uberto Quintavalle ne comprenant pas pourquoi il devait être fouetté aussi violemment. Là encore un assistant dut le calmer.Les quatre comédiennes qui interprètent les filles des dignitaires, indignées par une telle scène, refusèrent dans un premier temps de se plonger dans le bac de merde (en fait un savant mélange de chocolat et de confiture préparé avec salo 36.jpgsoin par un pâtissier présent sur le plateau) lors du dernier cercle. L'une d'elles, Tatiana Mogilanski, fut à son tour prise d'une crise de larmes. C'est Ezio Manni, un des acteurs qui joue un collaborateur, qui réussit à la calmer et la scène put être tournée.
Si le fait de connaitre à la dernière minute les scènes qu'ils devaient tournées fut donc à l'origine de quelques désagréments cette technique remporta un vif succès auprès de nos apprentis comédiens. "Cela avait un coté exaltant, même amusant" commenta Tatiana Mogilansky. Amusant est d'ailleurs le mot qui revient le plus souvent tant de la bouche des actrices narratrices, des acteurs dignitaires et des quelques adolescents dont on possède les brefs témoignages. Tous ces jeunes se sont fort amusés et ont beaucoup ri y compris lors des scènes de nu et des scènes sexuelles. A 16 ou 17 ans cela est vraiment amusant salo 33.jpgsalo 34.jpgconfessa une des actrices du film. La nudité ne fut pas un problème en soi. A ce sujet les témoignages des jeunes comédiens se rejoignent tous. Jouer nu lorsque tout le monde l'est est finalement facile car on s'y habitue vite. Il est par contre plus difficile de jouer dévêtu lorsque tout le monde est habillé. Contrairement à ce qu'on pourrait croire dans de telles circonstances il n'y eut aucun écart, aucune incartade. Tous furent très respectueux.
La spontanéité, le naturel des jeunes comédiens, si recherchés par Pasolini, donnent au film un coté réaliste que capte très bien la caméra. Chaque expression, chaque geste, chaque réaction des victimes, n'était pas forcément dicté. L'objectif les surprenait souvent et les enregistrait, un procédé par moment flagrant comme par exemple, et c'est peut être un des meilleurs, le mariage de Sergio et Renata. Lorsqu'on regarde bien on peut facilement salo 40.jpgdistinguer la diversité des réactions des victimes. Certains semblent gênées, d'autres esquissent un sourire ou se retiennent de rire, certains se grattent, soupirent et donnent l'impression d'être las, fatigués.
Si les rires n'étaient pas toujours feints notamment lors des scènes de Aldo Valletti dont Pasolini utilisa à son avantage l'aspect comique les larmes étaient pour la plupart du temps de la simple glycérine à l'exception des pleurs de Renata lors du cercle de la merde et des larmes de terreur de Franco Merli, tous deux en état de crise lors du tournage de ces séquences, deux des plus forts du film.
Malgré le coté bon enfant du tournage l'atmosphère était parfois surréaliste, très étrange, macabre lorsque les lumières éclairaient les sombres décors comme en témoigne salo 41.jpgsalo 42.jpgAntinisca Nemour et le souligne aussi l'écrivain Fabian Cevallos qui eut accès au plateau. Cette ambiance donnait aux acteurs le sentiment d'être plongés dans un autre monde comme coupés de la réalité. Ils ressentaient souvent une impression indéfinissable qui s'arrêtait au moment où s'éteignaient les caméras. Le retour à la réalité était donc par moment assez pénible, curieux. Mais dés que les adolescents avaient retrouvé leur esprit la bonne humeur refaisait vite surface.
C'est une grande fête qu'organisa toute l'équipe à la fin du tournage où tout le monde se retrouva pour danser et chanter ensemble sur un boogie-woogie endiablé comme en témoignent les images du film Pasolini prossimo nostro. une scène qui est en fait la fin alternative du film qui devait se terminer comme une pièce de théâtre. Victimes, bourreaux, salo 43.jpgnarratrices, collaborateurs, fouteurs et même l'équipe de techniciens ainsi que Pasolini lui même apparaissaient sur cette séquence, réconciliés et... bien vivants, une façon de dire aux spectateurs que toutes les horreurs qu'ils venaient de voir n'était que du cinéma! Ce final ne fut pas conservé, Pasolini lui ayant préféré celui bien plus intimiste et surréaliste où Maurizio et Fabrizio, les deux collaborateurs, s'enlacent et esquissent un pas de danse au milieu du salon.
Ce qui sur le plateau fit le plus enragé Pasolini hormis ces crises de larmes fut les scènes d'actes sexuels notamment de sodomie. Aucun des jeunes comédiens n'arrivait à vraiment reproduire un mouvement de bassin crédible, une telle catastrophe que cela lui faisait souvent s'écrier: "Mais vous n'avez jamais enculé personne?". Et Pasolini de leur montrer le mouvement qu'il attendait d'eux.
salo 50.jpgsalo 49.jpgUne des scènes pour laquelle Pasolini fut le plus exigeant fut celle où les quatre dignitaires tuent Ezio après l'avoir découvert au lit avec la servante noire. Quintavalle ne l'avait jamais vu aussi exigeant. Il voulait qu'elle soit le plus réaliste possible notamment au niveau du maniement des pistolets, de la manière dont ils les tenaient et tiraient. Cette scène lui tenait très à coeur car pour lui elle résume parfaitement le film, l'idée phare, celle de la liberté qui se rebellera toujours contre le pouvoir aussi extrême soit il, une séquence d'autant plus forte qu'elle met aussi en scène une relation interraciale. Au rigorisme de cette scène s'ajoutent deux autres points noirs: le sexe de Ezio ne retombait jamais exactement comme Pasolini le désirait et surtout les huit heures que durent attendre Ezio et Ines Pellegrini entièrement nus salo 48.jpgdans la pièce privée de chauffage où serait filmée la scène sans jamais en connaitre la raison.
On dénota un seul incident lors du tournage que l'équipe préféra taire à l'époque. Il fut révélé bien plus tard par une des assistantes du cinéaste. Une des jeunes victimes féminines dont le nom ne fut jamais révélé fut brulée au fer rouge durant l'ultime cercle. La protection appliquée sur sa peau ne fut pas efficace car mal positionnée. Elle dut être hospitalisée. Il est cependant assez facile de mettre un nom sur la comédienne puisqu'on sait comment meurent les onze jeunes filles sauf une, Giuliana Orlandi, une des filles des dignitaires. Hormis la voir se faire fouetter sur les clichés de tournage sa mort reste une énigme. On peut donc en déduire qu'il s'agit d'elle même si à ce jour le doute subsiste.

UNE BIEN DIFFICILE IDENTIFICATION:
Qui un jour n'a pas tenté d'identifier tous ces visages tant féminins que masculins, victimes, collaborateurs et fouteurs, sans toutefois parvenir totalement à mettre un nom sur les jeunes acteurs mais également sur les rôles qu'ils interprètent. S'il est une chose certaine qui dans un sens facilite cette identification c'est que tous les personnages du film portent leur véritable prénom à l'exception de Dorit Henke rebaptisée Doris, Faridah Malik devenue Fatma et Olga Andreis renommée Eva pour les jeunes filles. Quant aux garçons Gaspare Di Jenno devint Carlo tandis que Bruno Musso fut appelé Rino. 
salo 35.jpgSi la plupart des prénoms et certains noms de famille notamment Claudio Cicchetti et Tonino Orlando correspondent donc aux personnages du film d'autres ne sont pourtant pas facilement identifiables de prime abord puisque quasiment anonymes. C'est encore plus vrai pour les collaborateurs qui n'ont quasiment aucune scène à eux ou ne sont jamais nommés. Hormis le fait de n'être que des prénoms du moins pour ceux qui ont la chance d'être nommés, une large partie de ces adolescents se ressemble tant ei bien qu'ils deviennent presque interchangeables. Difficile par exemple de différencier Rino, Carlo, Tonino ou même Claudio (Claudio Troccoli, le milicien aux faux airs de Ninetto Davoli). Même cheveux frisés, même petite bouille, au premier abord rien ne permet vraiment au spectateur de réellement les distinguer s'il n'est pas très attentif.

salo 85.jpgLa curiosité est dit-on un bien vilain défaut mais elle est totalement normale et surtout humaine, Difficile pour tout passionné de ne pas avoir quelques favoris, de ne pas être attiré par l'un ou par l'autre. Impossible de ne pas se poser la question de savoir qui ils étaient, d'en connaitre un peu plus sur eux d'autant plus que bien peu de choses ont été dites, écrites sur eux. C'est beaucoup de patience qu'il a fallu à l'amateur plus généralement à tout passionné pour extirper d'un dialogue ou simplement au détour d'une phrase leur nom. Beaucoup de fouilles ont du être faites pour trouver quelques informations. Ce sont bon nombre d'arrêts sur image, de retours en arrière grâce à la magie de la télécommande, de recherches dans la presse et les documents d'époque qui auront finalement eu raison d'une grande partie de ce mystère. Et c'est ainsi que lentement mais sûrement s'est faite l'identification de ceux qu'on nomme désormais les enfants de Salo.

salo 101.jpg
UNE ERREUR DE JUGEMENT:
En ne donnant pas corps à ses jeunes victimes Pasolini souhaitait que le spectateur ne s'identifie pas à eux, ne s'y attache pas, encore moins lui donner l'occasion de les aimer. Dans sa logique ce sentiment évite ainsi tout sentiment de pitié, tout sentimentalisme. Privés d'identité, d'individualité, privés de psychologie, il est difficile pour le spectateur de ressentir une quelconque sympathie pour ces adolescents. A ses yeux leur funeste sort, l'horreur des salo 98.jpgsituations est donc bien plus supportable. Cet anonymat accroit également leur déshumanisation, les prive de toute compassion de la part du public. Quelle importance finalement de savoir qui est qui, comment disparait ou meurt tel ou tel personnage. Les victimes sont enlevées, humiliées, assouvissent les pires fantasmes sexuels de leurs tortionnaires puis sont exécutées. Fin! On n'est pas loin du terrible anonymat des camps SS et de leurs déportés transformés en simple matricule auxquels Pasolini a peut être également voulu faire référence. Qu'y a t-il de pire que de mourir dans la plus totale indifférence, de disparaitre sans laisser derrière soi de traces, dépourvu de toute identité. En écrivant son prénom dans la poussière du sol Claudio n'a t-il pas tenté à travers ce geste de briser cet anonymat suffocant, insupportable, laissé un souvenir de son passage sur terre?

salo 88.jpgEfisio et le duc.jpgPourtant au fil des années on constate que Pasolini s'est finalement trompé dans son implacable logique. Avec l'importance qu'a pris  Salo au cours des décennies, véritable film culte pour d'innombrables fans à travers le monde aujourd'hui, force est de reconnaitre qu'il avait tort puisque contrairement à ce qu'il cherchait tous ces adolescents sont devenus malgré eux de véritables objets de curiosité qui attisent les passions, soulèvent bien des interrogations quant à savoir qui ils étaient, ce qu'ils sont devenus, extraordinaires sujets à énigmes qui continuent à faire couler beaucoup d'encre. Certains sont même devenus d'incroyables figures cultes, des icônes que leurs admirateurs vénèrent. Ces jeunes acteurs fascinent, intriguent. De l'anonymat de base voulu par Pasolini ils sont passés à la postérité. Cela n'était il pas inévitable?

salo 89.jpgPasolini a t-il pris en compte que bien plus qu'un roman le cinéma est une incroyable, une puissante machine à fantasmes. Selon comme on regarde Salo le film a une certaine  incidence sur l'esprit. N'est-il pas normal, humain même, que tel ou tel comédien, tel ou tel personnage retienne en premier lieu l'attention du public pour d'évidentes raisons physiques d'autant plus lorsque ces personnages traversent plus de la moitié du métrage en tenue d'Adam dans un fort contexte sexuel. A moins de faire totale abstraction de cet aspect physique pour ne voir, ne garder que l'horreur du film qu'on soit bisexuel, gay ou hétérosexuel l'oeil est forcément attiré vers certains plus que vers d'autres selon des critères qui sont propre à chacun, quelque soit l'importance du personnage dans l'histoire. De manière bien plus vicieuse le contexte sexuel, la nudité aident très surement le spectateur à projeter à salo 91.jpgsalo 90a.jpgtravers eux ses propres fantasmes, perversions et autres désirs intimes. Ils prennent vie, ils prennent corps dans son imagination. Ils deviennent soudainement concrets. Pasolini fait ici l'étalage de toute une multitude de perversions, de déviances sexuelles, de pratiques qui ne sont jamais que des portes ouvertes où se glisse le spectateur afin de les vivre à son tour suivant ses tendances, ses envies les plus secrètes dans un contexte fortement sadomasochiste évident. Le regard de l'urophile se portera très certainement sur Giuliana et Fatma. Les amateurs d'inspection corporelle se tourneront vers Rino entrain de déculotter Carlo pour son inspection anale ou s'attarderont sur le déculottage public de Franchino et Sergio.

L'attrait physique et sexuel mis de coté reste peut être le point de réflexion principal, le reflet de soi, la reconnaissance. Un film, ses interprètes ont toujours, du moins très souvent un effet miroir sur le spectateur. Les figures de Salo, dignitaires et narratrices compris, ne salo 100.jpgpouvaient y échapper. Laissons de coté les tortionnaires et maquerelles dont une partie du public voudrait sans aucun doute prendre la place selon ses préférences et ne gardons ici que les jeunes victimes, militaires et sodomisateurs inclus puisque eux aussi victimes à leur manière des exactions de ses hommes et femmes cruels. Huit garçons et huit filles victimes, quatre miliciens et quatre fouteurs auxquels s'ajoutent les quatre filles des dignitaires soit trente deux protagonistes présents tout au long du film jusqu'aux ultimes images. A ces trente deux interprètes on peut en enlever quelques uns déjà qui n'ont aucune scène propre, font uniquement acte de présence en se transformant en simples silhouettes. Difficile de s'intéresser par exemple à Lamberto ou Fatma qu'on ne remarquerait même pas s'il n'y avait pas les scènes de groupe ou si sur deux heures de film ils n'avaient pas pour eux deux minuscules minutes de gloire. L'intérêt dans leur cas si jamais il y en avait ne peut être qu'exclusivement physique.
salo 92c.jpgIl n'en va pas de même pour une bonne partie d'entre eux notamment chez les garçons victimes dont essentiellement quatre sur les huit sortent du lot. Rino, Carlo, Sergio et Umberto, quatre jeunes hommes dans lesquels le spectateur pourra sûrement se retrouver, s'identifier même si leur portrait reste somme toute superficiel. Ce sont avant tout les symboles qu'ils incarnent qu'on retient. Rino et Umberto portent en eux les graines du mal, ils représentent ceux qui se rangent du coté du pouvoir, ceux qui prendront le relai. Ils sont l'avenir du fascisme que ce soit par conviction ou fascination (Umberto) ou plus sournoisement, de manière plus ambigüe, par contrainte pour sauver sa peau (Rino).

Le personnage de Umberto est si limpide qu'il en devient odieux, méprisable. Détestable lorsque devenu milicien il fait mine de fusiller ses anciens compagnons en éclatant de rire salo 96.jpgsalo 95.jpgUmberto finit par être l'égal de ses ex-bourreaux lors des tortures finales. Lorsqu'il plonge sa main dans le pantalon de Umberto le Duc, ravi, constate qu'il est en érection lorsqu'il observe à ses cotés la mise à mort de ses camarades. Umberto est définitivement un des leurs, sexuellement excité par ces funestes visions.

Plus ambigu est le comportement de Rino dont la complicité avec le Duc dès les premières images est évidente. Echanges de regards et de baisers langoureux, sourires entendus et oeillades discrètes les signes qui tendent à montrer leur entente sont nombreux. Pourtant contrairement à Umberto rien n'est cette fois réellement explicite. Rino exprime t-il une homosexualité latente, une attirance pour le pouvoir où n'est ce qu'un simulacre pour sauver sa peau, objectif atteint dans ce cas puisqu'il sera gracié et assistera en spectateur aux exécutions finales sans en tirer visiblement de plaisir si on observe bien sa moue contrairement à Umberto. Quelque soit ses raisons Rino demeure un personnage fascinant de par cette ambiguïté.

salo 97.jpgQuant à Carlo il personnifie simplement celui qui se dresse contre le pouvoir, l'autorité, cet espoir qui permettra au Mal d'être sans cesse combattu pour que la liberté reprenne ses droits, un caractère d'autant plus attachant que Carlo est drôle, vif et insolent.

Sergio est de son coté indissociable de Renata qui ensemble forme un duo clé omniprésent tout au long du film, deux protagonistes qui interviennent régulièrement dés l'ouverture, ensemble ou séparément, unis ce force. Du honteux déculottage public du garçon à l'union du couple, leur défloration respective en passant par l'obligation de Renata, hystérique, à manger les excréments du Duc et le mariage contre nature de Sergio et de son Excellence impossible pour le spectateur d'effacer de sa mémoire ce tandem devenu depuis un duo culte indissociable au film. Ils sont la pureté, l'innocence violée puis annihilée, incarnations de l'avilissement, de la rétrogradation.

salo 94.jpgsalo 93.jpgIl est évident que pour le public il est simple de s'identifier aux personnages qui se rapprochent le plus de ses convictions, de son état d'esprit, de sa mentalité. Des Rino, Umberto, Carlo, Sergio, Renata il y en a partout. Anonymes ou pas cela n'empêche en rien d'effectuer ce rapprochement encore plus si le physique rentre en ligne de compte.

Pour quelques autres caractères tels Tonino ou Franchino ce sont avant tout leur supplice respectif qui les a porté à la postérité. S'il n'a aucune scène à lui comment oublier l'atroce mise à mort de Tonino, le sexe brulé à la flamme par le Président? Comment sortir de son esprit Franchino déjà remarqué pour sa brillante interprétation de Nurredin dans Les 1001 nuits transformé au fil du temps en véritable martyr, son visage devenu aujourd'hui le symbole même de Salo grâce à deux inoubliables scènes: le plan sur son regard terrorisé salo 99.jpgembué de larmes, un pistolet sur la tempe prêt à être tué et son exécution la langue tranchée au couteau, une image qui a fait le tour du monde et symbolise encore aujourd'hui le film.

Pasolini avait-il pris en compte ses éléments en écrivant Salo? Avait-il prévu un tel emballement sur le long terme? Peut être serait-il aujourd'hui très étonné de cette folie collective que suscitent ses adolescents certes toujours enveloppés d'un voile de mystère, l'engouement dont jouissent aujourd'hui ses jeunes victimes qui d'anonyme n'ont finalement plus que l'apparence. Tous autant qu'ils sont ils feront encore couler beaucoup d'encre et seront encore longtemps au centre de nombreuses recherches.

Ne reste plus maintenant qu'à vous les présenter un par un de manière la plus détaillée possible.



                                                                                   LES ENFANTS DE SALO:

LES QUATRE FILLES DES DIGNITAIRES:
salo 56.jpg

Pour jouer les filles des quatre bourreaux il fallait des jeunes femmes au port altier, possédant ce coté noble inhérent au rang qu'elles occupent dans le film et dont la beauté n'a d'égal que la cruauté de leur père respectif. «Ils ignorent que nous les bourgeois n'hésitons pas à tuer nos propres enfants» s'écrie le Duc! Ce sont quatre jeunes modèles trouvées dans des agences de mannequins que Pasolini choisit. Outre le mannequinat deux d'entre elles avaient déjà une toute petite expérience cinématographique derrière elles, certaines avaient aussi tourné dans des publicités. Avec les quatre fouteurs ce sont les plus âgés de la distribution, toutes et tous ayant entre 20 et 30 ans.

SUSANNA RADAELLI:

- Suzy: Elle est la fille du président. Suzy est interprétée par Susanna Radaelli. Cette jolie brunette au corps élancée qui croque une boulette de polenta garnie de clous lors de la scène dite des chiens est née à Milan.
Avant ce rôle, Susanna était discrètement apparue, cachée sous une perruque blonde dans l'énigmatique Maldoror de Alberto Cavallone. Après Salo, elle connut une toute petite carrière cinématographique en interprétant toujours de très courts rôles à la limite de la figuration. L'amateur s'amusera donc à la repérer dans le giallo E tanta paura de Paolo Cavara et la comédie Stangata in famiglia de Franco Nucci aux cotés de Lino Banfi, Femi Benussi et Patrizia Gori. Le cinéma n'a jamais été la passion première de Susanna, grande adepte de photographie et de lecture, qui durant cinq ans fut modèle dans le monde de l'habillement. Elle s'est spécialisée par la suite dans les vêtements pour enfants en ouvrant ses propres boutiques. Elle s'est exilée en Amérique, un pays dont elle est tombée amoureuse. Elle s'est installée à Los Angeles puis a changé d'orientation. Elle a en effet monté sa propre entreprise de paysagisme. Elle dessine des parcs et des jardins pour résidences.

TATIANA MOGILANSKY:


- Tatiana: Elle est la fille de son Excellence. Tatiana est interprétée par Tatiana Mogilansky. Cette blonde romaine d'origine slave aux boucles épaisses, aux grands yeux vert de poupée était elle aussi modèle. Elle fut choisie pour sa beauté et son corps parfait. Pour interpréter la fille de son Excellence il fallait cette grâce naturelle et cette beauté presque noble que Tatiana possédait si naturellement. Cette jeune fille timide presque mal à l'aise face à la caméra lors d'une des très rares interviews qui existe des jeunes acteurs, une tatiana.jpginterview hollandaise, ne cache ni le professionnalisme ni la gentillesse de Pasolini dont elle vante la sympathie. Elle confesse également qu'il exigeait d'eux du sérieux. Ils ignoraient les scènes qu'ils allaient tourner et les découvraient cinq minutes avant le tournage. S'ils devaient être effrayés ils feignaient la peur, s'ils devaient paraître joyeux, ils feignaient alors la joie. C'est de cette spontanéité que vient ce naturel qui caractérise Salo. «C'est bien ainsi. Cela ajoute au naturel et à l'excitation du moment» s'étrangle t-elle d'une voix toute timide, l'air heureuse, malicieuse avec son petit accent. Ce fut le seul film de Tatiana qui disparut par la suite. Tatiana fut un temps la petite amie de Ezio Manni, le collaborateur au poing levé, suite à une crise de larmes dont elle fut victime lors de la scène où avec les trois autres filles des dignitaires elle doit s'immerger dans un tonneau rempli d'excréments. Les quatre comédiennes, indignées par cette scène se rebellèrent. Tatiana finit en pleurs. Ezio vint la consoler et ainsi naquit leur brève romance.
tatiana 7.jpg

GIULIANA ORLANDI:

liana acquaviva 2.jpgliana acquaviva.jpg
 - Giuliana: La fille du duc est interprétée par Giuliana Orlandi. On ne la voit finalement que très peu dans le film puisqu'elle n'a aucune scène qui lui est propre. Avant Salo, Giuliana était brièvement apparue dans la décamérotique Histoires scélérates de Sergio Citti et Pier Paolo Pasolini, un rôle malheureusement de simple figurante. Il faudra donc beaucoup de patience et surtout une minutieuse attention pour la repérer. Ce furent ses deux seuls essais cinématographiques avant de totalement s'évaporer de la surface de la planète. Plus jamais on n'entendit parler de Giuliana dont on ne sait strictement rien.

LIANA ACQUAVIVA:


- Liana: Elle est la deuxième fille du Duc. Elle est incarnée par une autre modèle LIANA ACQUIVIVA. On se souviendra surtout de la scène où durant le repas du premier cercle elle est projetée à terre et sodomisée par Efisio, un des fouteurs, sous l'oeil réjoui du Président. Ce fut pour cette grande brune son unique rôle au cinéma. Comme Giuliana Orlandi elle disparut elle aussi totalement par la suite.

LES 8 VICTIMES MASCULINES

salo_victime_male.jpg
FRANCO MERLI:

- Franco dit Franchino est joué par FRANCO MERLI. S'il fallait définir l'acteur pasolinien par excellence Franco pourrait en être la parfaite incarnation. A l'époque de Salo le jeune garçon n'était pas un inconnu. Né en 1958 à Corleone ce jeune sicilien de 16 ans avait déjà arrêté ses études lorsque Ninetto Davoli le remarqua lors du casting des 1001 nuits alors qu'il était garçon pompiste dans une station d'essence. Certain qu'il tenait la perle rare qui séduirait Pasolini Ninetto le présenta quelques jours tard au cinéaste qui fut de suite séduit par son air de petit paysan sicilien, sa teint mat, son regard à la fois sauvage et innocent, par la maturité de son corps (il aimait le définir comme un garçon de 16 ans dans un corps d'un garçon de 18 ans) et bien sûr son aisance à se mettre nu face à la caméra. Ce fut pour Pasolini un coup de foudre. Il tenait son jeune héros, l'incarnation rêvée de son Nureddin. Franco étant mineur il demanda bien entendu l'autorisation à ses parents puisqu'il aurait à jouer des scènes de nu. Ils n'y virent aucun inconvénient et c'est ainsi que Franco, fou de joie, s'envola quelques temps plus tard pour le Yémen et l'Iran. C'est naturellement que Franco se retrouva dans Salo l'année suivante.
franco merli 15.jpgfranco merli 20.jpgLe film ne fut pas toujours une partie de plaisir pour Franco qui, souvent sur la défensive suite à une rumeur sur son homosexualité, pouvait facilement devenir violent, se transformer en une boule de nerfs face aux railleries de ses camarades jusqu'à refuser qu'on le touche pour les besoins du film. Il n'y a guère de doute sur la relation intime que partageaient le cinéaste et le garçon qu'on a souvent dit très proches. Uberto Quintavalle confirme dans son livre qu'ils se quittaient rarement hors du plateau, tant aux repas que le soir à l'auberge. Paolo Bonacelli confirme encore aujourd'hui que Franco dormait régulièrement dans la chambre de Pasolini où se rendaient également Claudio Troccoli et Ezio Manni, deux des comédiens qui jouaient les gardes. Est-ce étonnant si dans le film Pasolini lui fait remporter l'élection du plus beau derrière, une scène qui aujourd'hui fait rire jaune Franco?
franco merli 22.jpgfranco merli 21.jpgDe Salo c'est avant tout deux images de Franco qu'on gardera en tête, celle où il se fait arracher la langue lors des tortures finales et celle de son regard terrorisé, les yeux mouillés de larmes reflétant la peur à l'état pur, lorsque l'évêque lui pose un pistolet sur la tempe et feint de l'exécuter. Pour l'anecdote Franco n'était pas au courant de ce qui allait se passer durant cette séquence. La terreur qu'on peut lire dans son regard n'était donc pas feinte. Le jeune comédien terrorisé, pensant réellement qu'il allait mourir, fut pris d'une violente crise de nerfs. Un des assistants de Pasolini dut le rassurer et le calmer avant que le tournage ne reprenne.
franco 2.jpgfranco 3.jpgCes deux scènes dont Franco parle avec un certain humour aujourd'hui firent le tour du monde et caractérisent encore aujourd'hui Salo. Ce rôle, ces images aujourd'hui indissociables du film, allaient pourtant fortement nuire à ses projets de carrière. S'étant pris de passion pour ce métier Franco prit des cours de comédie mais la suite s'annonça cependant bien moins évidente.
Si entre Les 1001 nuits et Salo Franco, les cheveux teints en blond, tourna dans la sexy comédie de Gianni Martucci La-collegiale / La collégienne en vadrouille, il y joue un adolescent pervers, un petit maitre chanteur qui donne la fessée à Marta Katherine, l'après franco merli 25.jpgSalo fut par contre plus difficile. En 1976 il décroche un rôle dans l'excellente satire Affreux sales et méchants. de Ettore Scola. Il y joue le fils travesti gay et prostitué de Nino Manfredi. Il obtint ce rôle car Ettore Scola était un ami de Pasolini qui lui recommanda le jeune comédien.
A la mort du cinéaste Franco se retrouva seul à Cinecitta. Privé de son mentor, marqué à jamais par les stigmates de Salo, son image de jeune acteur pasolinien collée à la peau, les portes se fermèrent devant lui. Désillusionné Franco après une apparition en 1979 à la limite du caméo dans Il malato immaginario / Le malade imaginaire de Tonino Cervi quitta le monde du cinéma sans grand regret car comme il l'affirme aujourd'hui il n'a jamais eu l'ambition d'être un jour acteur encore moins celle de briller sous le feu des projecteurs. C'est donc serein qu'il retourna un temps en Sicile où il retrouva l'anonymat.
Franco a cependant ressurgi quinze ans plus tard en aout 1989 à l'occasion d'une longue interview qu'il accorda à l'écrivain Leonard Loonen, auteur du livre De magische drie in Il fiore delle mille e una notte van Pasolini. Il y évoqua ses souvenirs, parla de cette période, des 1001 nuits et de Salo mais aussi de Pasolini. Avec humour et pas mal de recul il aborda toute cette partie de sa vie. A cette époque Franco avait quitté la Sicile pour s'installer à Rome où il était alors chauffeur livreur pour une fabrique de moteurs GPL. Aujourd'hui Franco vit toujours à Rome. Marié il est père de deux fils.
Devenu l'empreinte même de Salo, véritable icône masculine du film, Franco compte non seulement des milliers de fans à travers le monde mais il est aussi la star de nombreux sites internet dédiés.
La biographie complète de Franco est disponible ICI.
franco merli 18.jpgfranco merli auj 2.jpg


SERGIO FASCETTI:
  sergio 2.jpgsergio.jpg- Sergio est joué par Sergio Fascetti: Autre figure emblématique du film, le jeune Sergio avait tout juste 17 ans. Sa blondeur, son visage encore angélique séduisit Pasolini qui le choisit sans hésiter pour incarner le malheureux Sergio. Marié de force à Renata dés le début du film après avoir été dépucelé par le Duc il devient l'époux de son Excellence et finira les tétons brulés au fer rouge.
Le destin de Sergio fut malheureusement tout aussi tragique. A la fin du tournage Sergio, jeune romain né le 4 juillet 1958, retomba dans l'anonymat et retrouva sa vie d'avant, une vie sergio 4.jpgsergio 3.jpgmarquée par les problèmes et surtout la toxico-dépendance. C'est tristement qu'il s'éteindra le 22 mars 1992 à tout juste 34 ans à Rome, sa ville natale, d'une overdose d'héroïne aux cotés de deux autres garçons, un yougoslave de 41 ans, Bosko Grcic, et un jeune italien Gabriele Luciani, 25 ans. Sergio qui vivait alors dans la périphérie romaine, plus exactement dans le quartier de Centocelle, fut trouvé mort par des proches dans sa baignoire, une seringue usagée et un lacet hémostatique trainant sur le sol de la salle de bain. Ainsi se termina donc la vie du malheureux Sergio emporté par ce fléau qui marqua l'Italie des années 80 et 90.
sergio_fascetti_3a.jpg
ANTONIO ORLANDO:
antonio orlando 1.jpgAntonio Orlando 2.jpg
- Tonino est joué par Antonio Orlando: Un visage triste surmonté d'une touffe de cheveux frisés, Tonino, fils d'un magistrat ami de son Excellence, fait partie des personnages qui ont très peu de scènes à eux dans le film. On se souvient essentiellement de lui pour son arrestation et surtout sa mise à mort lors des tortures finales, le pénis brulé à la flamme d'une chandelle.
Né à Naples le 15 mars 1960 Antonio avait tout juste 15 ans lors du tournage. Il faisait donc partie des plus jeunes acteurs du film. Pour les garçons il est avec Franco Merli un des Antonio Orlando.jpgantonio orlando 7.jpgrares acteurs qui avaient déjà derrière lui une expérience cinématographique.
En effet ce jeune napolitain appartenait à une troupe de comédiens de La commedia dell'arte. Il fit ses débuts au grand écran en 1974, soit un an avant Salo, aux cotés de Claudia Cardinale et Fabio Testi dans Lucia et les gouapes de Pasquale Squitieri. L'après Salo fut pour lui que bonheur. Il est un des rares jeunes acteurs du film à avoir réussi tant sa vie privée que sa vie professionnelle. Dés la fin du tournage de Salo il va enchainer les films. Comédien talentueux et prometteur Antonio va tourner sous la direction de quelques grands noms du cinéma italien. On le vit ainsi le plus souvent dans de petits antonio orlando 8.jpgantonio orlando 9.jpgrôles dans La grande bagarre de Pasquale Festa-Campanile aux cotés de Bud Spencer et Marc Porel, La femme du dimanche de Luigi Comencini avec Marcello Mastroianni et Jean-Louis Trintignant ou encore L'affaire Mori de Pasquale Squiltieri.
Dans les années 80 il devint non seulement l'acteur fétiche du cinéaste allemand et militant gay Werner Schroeter mais également son compagnon dont il partagera la vie jusqu'à sa mort prématurée. Werner offrira à Antonio ses plus beaux rôles, ses plus forts, l'occasion pour le jeune comédien de laisser enfin exploser tout son talent dans des compositions souvent difficiles, dramatiques. Sous sa direction il tourne le magnifique et tragique Le règne de Naples, la tragédie sicilienne épique Palerme ou Wolfsburg et antonio orlando 3.jpgantonio orlando 4.jpgLe roi des roses, un petit chef d'oeuvre du cinéma gay allemand dans lequel il interprète l'amant martyr du héros joué par Mostefa Djadjam. On le verra également dans un registre tout aussi spécial chez Walerian Borowczyk dans L'art d'aimer.
Pour la télévision française il tourne Le Quartet Basileus de Fabio Carpi et la mini série Les belles années. Il fut également au générique de quelques épisodes de la très fameuse série policière italienne La piovra. Alors que tout semblait lui sourire Antonio trouva malheureusement la mort dans un tragique accident de voiture le 15 juillet 1989 à Naples. Il avait tout juste 29 ans.
antonio orlando 6.jpgantonio orlando 5.jpg

UMBERTO CHESSARI:
umberto chessari.jpgumberto chessari 2.jpg

- Umberto est joué par Umberto Chessari. Il a lui aussi plutôt bien réussi son après Salo. En effet dans le film il réussit à passer du statut de victime au statut de milicien. Il passe du coté des bourreaux et prend la place de Ezio après qu'il ait été abattu par les dignitaires. Umberto va prendre un plaisir presque sadique à feindre mitrailler ses ex-camarades lors du final. Il est aux cotés du Duc lorsque celui ci observe à la jumelle les quatre premiers suppliciés puis, après avoir ouvert sa braguette, le Duc constate qu'il est en érection et le félicite pour cette réactivité.
umberto_chessari_1.jpgSi en 1974 soit un an avant Salo Umberto était apparu dans la comédie estudiantine de Mino Guerrini Professore venga accompagnato da suoi genitori dans laquelle il interprète Turturo, un des élèves du lycée, à la fin du tourn,age du film de Pasolini il mit un terme à sa courte carrière de comédien et retourna à ses études sans pour autant déserter le 7ème art. Les milieux du cinéma continuèrent à l'intéresser, pas en tant que comédien mais dans un toute autre domaine. Préférant oublier son passé pasolinien il passa en effet derrière la caméra dés les années 80 sous le pseudonyme de Bart Hassar préférant être dans l'ombre umberto 7.jpgumberto 8.jpgdes projecteurs. Il devint chef électricien et de l'équipement. Il travailla notamment sur quelques films de Claudio Fragasso et Bruno Mattei tels que Strike commando, Zombi 3, Robowar, Non aprite la porta. C'est donc dans les coulisses du 7ème art qu'il poursuivit tranquillement une partie de sa vie jusqu'au début des années 90. En 1992 Umberto avait accepté de faire une interview pour parler de Salo mais il se désista au dernier moment sans aucune explication. Il ne donna plus signe de vie par la suite et semble avoir depuis disparu à son tour.
umberto chessari 3.jpgumberto chessari 4.jpg


  LAMBERTO BOOK:


- Lamberto est joué par Lamberto Book. Ce surprenant patronyme anglosaxon est-il un pseudonyme? Dans le film on remarquera qu'il est appelé Lamberto Gobbi. Fait étrange puisque la plupart des jeunes acteurs portent leur véritable nom. Voilà un détail qui rend ce personange encore plus énigmatique d'autant plus que Lamberto n'a quasiment aucune scène à lui. Il est aussi le personnage masculin qu'on voit le moins à l'écran et a totalement disparu lors des séquences de tortures y compris des photos de plateau.
On retiendra de Lamberto la séquence, sa seule minute de gloire, où il se fait violemment lamberto.jpgfouetter par son Excellence lors de la scène dite des chiens. Après Salo Lamberto a tout bonnement disparu des feux de la rampe. Son physique quelque peu ingrat ne se prêtait guère au cinéma avouons le. Si Lamberto s'est contenté d'être une des victimes anonymes du film il sut pourtant se faire remarquer lors du tournage durant cette fameuse scène. Ne comprenant pas vraiment pourquoi il était fouetté si brutalement Lamberto, pris de colère, se rebella et se dressa contre Uberto Quintavalle qui interprétait Son excellence. Un des assistants de Pasolini dut intervenir et calmer le garçon en lui expliquant que ce n'était que du cinéma et qu'il devait simplement faire ce qu'on lui demandait. Tout rentra alors dans l'ordre.


CLAUDIO CICCHETTI:

- Claudio est joué par Claudio Cicchetti. Ce brun aux yeux verts avait 16 ans lors du tournage. On se souvient essentiellement de lui en pleurs lorsqu'il est arrêté par les miliciens puis incapable de satisfaire les désirs sexuels de l'Evêque. S'il est le tout premier à être inscrit claudio.jpgdans le carnet des punitions Claudio a longtemps été au centre d'un mystère. Lors d'un récit de La Vaccari on le voit en effet écrire avec son doigt dans la poussière du sol un mot qu'on identifie au premier abord comme étant "dio" mais en y regardant de plus prés il s'agit en fait de "Claudio", son prénom, une façon très discrète de laisser derrière lui une trace alors qu'il est voué à une mort certaine. Comme Graziella et Eva il fera preuve de délation lors du troisième cercle en révélant à l'Evêque que Graziella dissimule sous son oreiller une photo de son fiancé, un fait rigoureusement interdit. Cette délation ne lui épargnera malheureusement pas sa condamnation à mort.
Comme Lamberto, Gaspare et Bruno Claudio a lui aussi disparu à la fin du tournage et ne donna plus signe de vie.
claudio 3.jpgclausio 2.jpg

BRUNO MUSSO:

bruno musso 4.jpgbruno musso 3.jpg

- Carlo est joué par Bruno Musso. On se souviendra de son physique de petit clown indiscipliné qui rit de bon coeur lors de son arrestation à l'ouverture du film. On ne le verra guère tout au long de celui ci si ce n'est lors de la fameuse séquence du pot de chambre. Lors de l'inspection des vases de chambre le Président constate que Carlo a non seulement bruno musso 5.jpgdéféqué mais après que Rino l'ait déculotté il constate également qu'il a eu l'audace de s'essuyer. Il sera inscrit de suite sur le carnet des punitions pour un tel geste! Même si le personnage de Carlo n'a que peu de présence à l'écran il est cependant très intéressant car Carlo représente tout ce qui peut faire obstacle au pouvoir. L'arrogance, l'insolence, la désobeissance,, il possède tous ses défauts et c'est sans doute la raison pour laquelle lors des tortures finales Carlo est un de ceux qui souffrira le plus, celui dont le calvaire sera le plus long. Il est tout d'abord énuclée (les deux yeux et non pas un seul comme on peut le voir dans la version courante) puis abattu de plusieurs balles dans le dos, une séquence absente du montage actuel.
Ce sera la seule participation de Bruno au cinéma. Le jeune homme au regard si malicieux disparaitra par la suite sans laisser de trace.
bruno musso.jpgbruno musso 2.jpg

GASPARE DI JENNO:

gaspare.jpggaspare 2.jpg
- Rino est joué par Gaspare Di jenno, un jeune garçon d'origine romaine. Il est le préféré du Duc avec qui il échange régulièrement dés son arrestation au début du film (une longue séquence qui ne fut pas intégrée au montage final mais dont les nombreuses photographies de plateau témoignent) des regards langoureux, des airs complices avant un long baiser lors du mariage de Renata et Sergio puis un autre, plus passionné lors d'un des récits de La Vaccari.
De grande taille, une touffe de cheveux frisés, le regard rieur, Gaspare qui ressemble gaspare 6a.jpggaspare 5a.jpgbeaucoup physiquement à son partenaire Bruno Musso (Carlo) se fait même un plaisir d'aider ses bourreaux. Il est celui notamment qui déculotte Carlo afin que le Président vérifie s'il s'est essuyé après avoir osé déféquer. Avec Umberto Chessari devenu collaborateur il est le seul garçon dont le nom n'apparait pas dans le carnet des condamnés. Rangé du coté du Pouvoir il échappe donc aux tortures finales qu'il regardera, nu, debout dans la cour des suppliciés, une couronne de lauriers sur la tête, aux cotés de Graziella Aniceto.
Ce sera l'unique film que tournera Gaspare qui disparaitra par la suite. Selon les dires de ses partenaires Gaspare avait sur le tournage la réputation d'être un véritable petit bout en train.
gaspare 4.jpggaspare 3.jpg

MARCO LUCANTONI:

Non crédité au générique est Marco Lucantoni. Il incarne Tonna Peruggio, la jeune victime subversive qui tente de s'enfuir lors de l'ouverture du film. Il sera mitraillé. Marco avait commencé sa carrière en 1972 avec L'assassinat de Trotsky de Joseph Losey dans lequel il jouait le neveu de Trotsky. Il y donne la réplique à Alain Delon. On le verra par la suite aux marco.jpgcotés de notamment Paola Tedesco et Al Cliver dans Amore grande amore libero, puis l'excellent film de guerre Libera amore mio / Liberté mon amour de Mauro Bolognini, il y joue Carlo le fils adolescent de Claudia Cardinale, suivi en 1974 de la comédie estudiantine de Mino Guerrini Professore venga accompagnato da suoi genitori dans laquelle il interprète un étudiant révolutionnaire. Pour la télévision il tourne la mini-série Il vero corraggio. Après cinq petites années seulement Marco mit fin à une prometteuse carrière d'acteur en 1977 en interprétant un des étudiants révolutionnaires du film à scandale Si les porcs avaient des ailes de Paolo Pietrangeli tiré du roman éponyme de Marco Lombardo-Radice.
marco 1.jpgmarco 3a.jpgmarco 2b.jpg

LES 8 VICTIMES FEMININES:

salo_victime_femelle.jpg
ANTINISCA NEMOUR:
antinisca 6.jpgantinisca 5.jpg
- Antinisca est jouée par Antinisca Nemour parfois créditée Antiniska, Antinesca ou Antineska Nemour. Antiniska fut pourtant une des rares à gérer plus ou moins bien son après Salo. A la suite du film elle devint le temps de quelques courtes années une des nouvelles sexy starlettes du cinéma de genre. Née à Milan le 31 mai 1957 Antinisca faisait partie des comédiennes ayant déjà derrière elle un passé cinématographique. Repérée par Franco Nucci alors qu'elle fait partie d'une agence de mannequins le cinéaste lui offre son tout premier rôle dans le polizesco Il giudice e la minorenne. Elle apparait ensuite brièvement dans Storie di vita e malavita de Carlo Lizzani puis dans la sexy comédie Quella provincia maliziosa avec Karin Well. C'est alors que Pasolini la remarque et lui propose antinisca.jpgantinisca 2.jpgd'être une des huit victimes de Salo. Habituée à la nudité jouer nue ne la dérangea donc guère.
Par la suite son physique d'éternelle adolescente lui permit d'apparaitre dans quelques sexy comédies dont l'enjoué La sposina / Une petite femme très brûlante, Il bocconcino / Cours spéciaux pour collégiennes et Brogliaccio d'amore. On la vit ensuite en déportée torturée dans Bourreaux SS de Cesare Canevari pour lequel selon un de ses partenaires, Tino Polenghi, elle tourna des scènes hardcore qui furent ensuite retirées de la copie originale. Antiniska tourna son ultime film en 1977, le sexy giallo La sorella di Ursula. C'est cette même année qu'elle devint une des vedettes favorites du public italien grâce à l'émission télévisée Portobello. Elle fut la antinisca 3.jpgséduisante standardiste qui accueillait les auditeurs. Lorsque le show prit fin qui prit fin en 1983 la jeune fille se retira alors du show biz, s'installa un temps à Rome pour se consacrer à sa vie de famille.
Antinisca est aujourd'hui une des seules à ne pas renier ni son passé d'actrice encore moins Salo dont elle accepte de parler avec grand plaisir. Elle fut la seule également à accepter en 1997 de réapparaitre lors des Victim's reunion of Salo organisé par un jeune assidu. Simple, sociable Antiniska y raconta moult anecdotes. évoqua le bonheur d'avoir travaillé avec Pasolini en mettant l'accent sur l'attention qu'il portait à ses jeunes comédiens.
Aujourd'hui infirmière à Bologne Antinisca est réapparue publiquement en 2005 pour une interview aux cotés de Paolo Bonacelli diffusé dans les bonus du DVD La voce di Pasolini qui traite de la version longue de Salo.
Pour l'anecdote Cesare Canevari pour qui elle tourna Bourreaux SS se souvient d'elle pour une toute autre chose. Elle avait la réputation de ne pas beaucoup se laver et de sentir quelque peu. Pour Bourreaux SS, lors de sa scène d'amour où l'officier SS doit lui lécher les pieds, l'acteur l'obligea à aller se doucher avant! Pour prendre sa défense, Canevari ajoute: Dans les années 70, l'hygiène corporelle n'était pas aussi importante que de nos jours!

RENATA MOAR:

- Renata est jouée par Renata Moar. Renata reste certainement le personnage féminin qu'on remarque le plus dans le film dont elle est d'une certaine manière la principale figure féminine. Renata est en effet au centre de plusieurs scènes clé, celle de son mariage avec Sergio avant sa défloration par le Duc mais surtout celle où, nue, elle supplie, pleure et implore ses bourreaux de la tuer avant la mythique séquence où, victime des délires scatophages de Paolo Bonacelli, elle est contrainte de manger ses excréments déposés au milieu de la salle des orgies. Cette scène est restée à jamais gravée dans la mémoire de toute la troupe. En effet l'atmosphère était si tendue que la jeune comédienne après avoir renata 13.jpgrenata 12.jpgréellement vomi de dégout fondit en larmes, proche de la crise nerveuse. Elle dut même être évacuée du plateau quelques instants à la grande colère de Pasolini. L'actrice se mit alors à hurler qu'aucun d'entre eux ne méritait d'être ainsi traité. Les larmes que versent Renata lorsqu'elle mange les excréments du Duc furent cette fois bien réelles, le visage crispé par l'horreur de la situation. Suite au tournage effarant de cette séquence Renata suivie de quelques autres de ses partenaires ajouta quelques clauses à son contrat qui lui donnaient le droit de refuser certaines scènes qu'elle estimerait trop extrêmes et d'imposer aussi certaines volontés. Elle refusa entre autre tout contact charnel avec ses partenaires lors de scènes à caractère sexuel comme celle où Paolo Bonacelli la dépucelle. Pasolini dut renata 14.jpgrenata 15.jpgdonc tourner cette séquence de façon à donner l'illusion que l'acteur la tient réellement en la serrant contre lui, illusion ratée selon Uberto Quintavalle peu convaincu par la réussite du plan.
Il fallait pour incarner ce douloureux personnage une actrice ayant déjà fait ses preuves devant la caméra. Née en 1955, originaire de Monteverde, un quartier de Rome, Renata n'était pas une inconnue des amateurs de cinéma de genre. Un corps parfait, une silhouette de rêve, la peau claire, à tout juste 18 ans, c'est avec cet air de femme-enfant que la blonde romaine aux yeux verts nous avait séduit dans La lame infernale, un giallo réalisé par renata 16.jpgrenata 17.jpgMassimo Dallamano en 1974. Elle est Laura l'adolescente qui raconte par flashes back son viol lors de ballets roses organisés par une secte de bourgeois dépravés.
Après le film de Pasolini tourné l'année suivante Renata va souffrir quelque peu du syndrome lolita. Etiquetée "lolitrash", victime de Salo dans tous les sens du terme, la reconversion sera assez difficile malgré ses réelles talents d'actrice. Elle réapparait en 1976 dans le SS movies Destin de femmes de Mario Caiano. Elle est la soeur dévouée au 3ème reich d'un officier SS joué par Roberto Posse, un rôle assez court mais elle a cependant le temps d'exhiber une fois encore son magnifique corps nu. Ce sera son ultime rôle au cinéma. Etre renata 18.jpgcomédienne n'a jamais été l'objectif de Renata qui avouait-elle à l'époque nourrissait d'autres ambitions dans la vie. Voir les portes du cinéma se refermer ne fut donc pas une tragédie pour elle.
Après avoir posé nue pour le magazine de charme espagnol Interviu en novembre 1977, six magnifiques portraits érotiques qui firent le bonheur de ses admirateurs, des clichés disponibles ICI, la belle Renata met un terme définitif à ses activités artistiques et retourne alors à l'anonymat le plus total. Il semble que Renata se soit depuis volatilisée dans le néant. Elle a tout simplement disparu sans laisser de trace.
Si Franco Merli demeure l'icône masculine du film Renata en reste quant à elle l'icône féminine. Il est d'ailleurs amusant de savoir qu'on voue un culte à Renata au Japon où les sites dédiés ne cessent de se multiplier au fil du temps!
La biographie complète de Renata Moar se trouve ICI.


DORIT HENKE:
dorit henke.jpgdorit henke 2.jpg
- Doris est jouée par Dorit Henke, un nom de famille d'origine hébraïque. Née le 19 juin 1953 les origines de Dorit reste floues. On ignore en effet où elle est née. Mais pourquoi Doris et non pas Dorit? Il est quasiment certain que si Pasolini a préféré l'appeler ainsi c'est que ce prénom vient plus facilement en tête que Dorit. Quoiqu'il en soit la belle allemande n'était pas vraiment une inconnue du moins pour les férus de polissonneries germaniques. En effet Dorit apparut très jeune dans un petit nombre de films érotiques adolescents, ces softcore alors à la mode souvent chauds qui aimaient allier gentiment sexe et exploitation. Dés 1971 elle est ainsi à l'affiche du troisième volet de la longue série des Hausfrauen report puis celle des Blutjunge verfurherinnen, le premier volet, Les gourmandines, et le second dorit 3.jpgdorit 4.jpgCollégiennes perverties. Elle est également à l'affiche de Zum Zeiten frühstück: Heibe Liebe Mädchen, Die nach München kommen, Frühreife Betthäschen / Les minettes en folie et Krankenschwestern-Report / Les savoureuse. Elle s'installe alors à Rome et va apparaitre dans une poignée de films coquins. Si on la voit notamment chez Bruno Corbucci dans Trafficone Dorit va surtout devenir l'espace d'un temps une habituées des décamérotiques, Elle est au générique de Le favolose notti d'oriente, Comment faire cocus les maris jaloux et E si salvo solo l'aretino pietro con una mano avanti e l'altra dietro ces deux derniers signés Silvio Amadio. Elle apparait ensuite dans la série télévisée Malombra. Parallèlement à sa carrière de comédienne Dorit pose également pour de nombreux magazines de charmedorit.jpgdorit 2.jpg dés le début des années 70 et apparait au générique de bon nombre de romans-photos tant italiens que germaniques.
Habituée aux photographies et productions érotiques audacieuses jouer nue dans Salo ne dérangea donc pas Dorit. L'après Salo fut par contre un peu plus dur. Toujours installée à Rome Dorit voit les propositions se raréfier. Elle apparait très brièvement en 1976 non créditée au générique du Sexycon de Martino dans lequel elle est une des victimes de Dracula puis dans un épisode de la série télévisée Rosso veneziano, trop peu pour pouvoir survivre dans la capitale. La jolie teutonne se retrouve sans travail. Par chance Dorit avait connu jadis le célèbre play-boy MAL, un des rois du roman-photo italien, ex-petit ami de la starlette Patrizia Viotti. Désemparée elle dut se résigner à frapper un jour à sa porte. Au dorit 6.jpgdorit 5.jpgchômage Dorit cherchait un toit. MAL la recueillit. Ils vécurent quelques temps une belle histoire d'amour. Leur relation permit à Dorit de refaire un temps surface. Elle renoua en effet avec l'univers du roman-photo et joua aux cotés de MAL le temps de quelques aventures. Sa beauté typiquement allemande plaisait beaucoup aux lecteurs et ce regain de popularité lui permit de se refaire une santé financière jusqu'au jour où le terrible séducteur rencontra une nouvelle starlette. Ceci mit fin à leur histoire. Dorit fit par la suite une ultime apparition au grand écran en 1977 dans le sixième volet de la série Hausfrauen report puis elle disparut alors pour ne plus jamais réapparaitre du moins publiquement. Dorit s'est en fait mariée à un italien et a fondé une famille. Elle vit toujours en Italie mais s'apellle désormais Dorit Henke Capelli.



GRAZIELLA ANICETTO:

- Graziella est jouée par Graziella Anicetto. Elle est la meilleure amie de Eva avec qui elle entretient une relation presque maternelle. Elle est la seule fille à échapper aux tortures pour avoir dénoncé sa camarade coupable d'avoir eu des relations sexuelles avec Antinisca. Elle assiste aux carnage, vêtue d'une robe blanche aux cotés de Gaspare Di Jenno, nu, une couronne de lauriers sur la tête.
Ce fut l'unique rôle de la jeune fille qui s'est ensuite évaporée.

OLGA ANDREIS:
olga andreis.jpgolga andreis 2.jpg
- Eva est jouée par Olga Andreis. Voici une jeune modèle italienne choisie par Pasolini pour la perfection de son corps et la beauté de son visage. Elle devait être parfaite puisque Eva est présentée aux quatre hauts dignitaires en quête de perfection humaine. Malgré sa beauté Olga ne fut guère sollicitée par le cinéma. Elle fit une très furtive apparition dans le film de Pasquale Festa-Campanile Week end à l'italienne puis elle s'en retourna à l'anonymat mais elle reste certainement une des plus belles figures du film.


GIULIANA MELIS:
giuliana_melis_1a.jpggiuliana_melis_2a.jpg

- Giuliana est jouée par Giuliana Melis Avec ses cheveux frisés coupés très courts, Giuliana fait partie de ces beautés particulières comme Pasolini aimait souvent en choisir. On peut facilement constater qu'elle devait beaucoup plaire à Pasolini au nombre de gros plans sur son visage qu'il fait tout au long du film. Impossible de ne pas noter la ressemblance de Giuliana avec Ninetto Davoli, une ressemblance qui fut surement décisive pour Pasolini dans le choix de la jeune actrice, ce qui expliquerait aussi ces gros plans giuliana melis 3.jpggiuliana melis 2.jpgréguliers. Giuliana a deux scènes importantes à son crédit dans le film. Maladroite et fuyante, elle est tout d'abord sujette à moquerie lorsque la Vaccari s'aperçoit qu'elle ne sait pas masturber un homme. «Troia!» lui lance alors Rinaldo qui est chargé de lui montrer comment empoigner un sexe masculin. L'évêque la forcera ensuite à uriner tandis que ce dernier se soulage lui aussi la vessie. 
Originaire de Sardaigne cette charmante petite rondouillarde aux cheveux frisés, au regard malicieux connut par la suite une brève carrière le temps de deux films. Elle apparait la giuliana melis.jpgmême année dans I violenti di Roma bene / La nuit des excitées, un polar brutal signé Sergio Grieco, dans lequel elle est une des deux jeunes filles sauvagement violées puis brûlées par les voyous. L'année suivante elle est au générique de la sexy comédie La presidentessa dans laquelle elle interprète la jeune domestique fougueuse de Mariangela Melato. Pleine de vie, pétillante, Giuliana prouvait qu'elle pouvait être également à l'aise dans un registre comique. Pourtant ce fut là son ultime prestation au grand écran. Giuliana disparut totalement par la suite.
giuliana_melis_4.jpggiuliana_melis_3.jpggiuliana_melis_5.jpg

BENEDETTA GAETANI:
benedetta gaetani 1a.jpgbenedetta gaetani 2a.jpg
Benedetta Gaetani de son nom complet Benedetta Gaetani Aragona est la huitième victime. Si son prénom n'est jamais utilisé dans le film elle est également peu présente si ce n'est en figurante. Elle n'apparait étrangement pas dans la séquence de la remise des rubans, ni dans celle où toutes les victimes tant masculines que féminines sont réunies pour le sketch de la Vaccari et de la pianiste dans le cercle du sang ni lors des séquences de torture. Benedetta disparait et réapparait pour finalement s'évaporer lors du cercle des tortures confirmant que Salo fut amputé de certaines séquences lors du montage. Il est cependant benedetta 3.jpgcertain que l'actrice a bel et bien participré au massacre final, torturée et exécutée lors du troisième cercle comme en témoignent les nombreux clichés de plateaau.
De la jeune Benedetta on retiendra surtout la scène où le Président vante la beauté du cul en lui caressant la culotte après l'avoir allongée sur ses genoux lors d'un des récits de la Vaccari.
Si on a l'oeil exercé on pourra entrapercevoir Benedetta en 1977 dans Mimmi Bluette, fiore del mio giardino de Carlo Di Palma, une simple et très furtive apparition, avant qu'elle ne s'évapore définitivement cette fois du monde du 7ème art. Napolitaine d'origine et descendante d'une famille noble, les Aragona, Benedetta vit aujourd'hui en Ecosse et refuse catégoriquement de parler de son passé pasolinien. Elle fut approchée en 2008 par le célèbre magazine Nocturno mais elle se désista au dernier moment, ne souhaitant en aucun cas revenir sur cette expérience qu'elle a rayé de son existence.

FARIDAH MALIK:

Faridah malik 2.jpgFaridah malik.jpg
- Fatma est jouée par Faridah Malik. Elle restera dans nos souvenirs celle qui doit uriner sur le visage du duc, sa seule et unique véritable scène dans le film. Ce fut l'unique prestation de Faridah avant de s'évaporer dans la nature.

LA 9ème VICTIME:
9eme victime.jpg9eme victime 2.jpg
On n'oubliera pas de mentionner la neuvième victime qui se fait malheureusement tuée au début du film lors du cercle des manies. Après avoir tenté de s'enfuir au cours du premier récit de la Vaccari ses camarades la découvrentlors du récit suivant la gorge tranchée, étendue sous une icône religieuse. Son interprète non créditée au générique est longtemps restée non identifiée, d'autant plus anonyme et donc énigmatique qu'elle est la seule à n'avoir aucun prénom dans le film. En fait son interprète n'était autre que la propre soeur de Claudio Troccoli, l'acteur qui incarne le collaborateur dont la ressemblance avec Ninetto Davoli est frappante. Si son identité est désormais connue son prénom reste un mystère comme demeure une énigme le fait de savoir pourquoi Pasolini n'a pas souhaité utiliser son prénom.

LES GARDES ou "FOUTEURS": Ainsi nommés en raison de l'incroyable taille de leur sexe. On les appelle aussi les sodomisateurs. Comme les collaborateurs, ils sont quatre. Ils sont les plus âgés du casting. Leur âge allait de 20/25 ans à 30 ans. Aucun d'eux n'avait d'expérience cinématographique. Ils avaient tous un métier qui n'avait aucun rapport avec le 7ème art. Hélène Surgère se souvient qu'il y avait parmi eux notamment un conducteur de camion, un boxeur et un footballeur (Ezio Manni).

EFISIO ETZI:
efisio.jpgefisio 2.jpg
- Fisio est joué par Efisio Etzi. Efisio n'a pour lui qu'une seule véritable séquence, celle où il sodomise Liana la seconde fille du Duc (Liana Acquaviva) lors du premier repas avant de se faire sodomiser à son tour par le Président, très excité par cette scène. Il épouse le Duc lors des simulacres de mariage.

RINALDO MISSAGLIA:

- Rinaldo est joué par Rinaldo Missaglia, le fouteur à moustache au sexe fort bien dimensionné toujours prêt à accueillir les caresses intimes des dignitaires lors des récits des narratrices. La scène où on le remarque le plus est celle où il donne une brutale leçon de masturbation à Giuliana Melis sous l'oeil sévère de La Vaccari. C'est à cette occasion qu'il prononce sa seule et unique réplique. Il épouse le Président lors des simulacres de mariage en fin de bande.
rinaldo 2.jpgrinaldo.jpg

GUIDO GALETTI:

- Guido est joué par GUIDO GALETTI, immortalisé pour sa relation maritale avec l'Evêque qu'il sodomise avec un évident plaisir lors de sa nuit de noces. Il est aussi celui qui apporte les alliances au mariage de Renata et Sergio qu'il dépucèle après la fin de la cérémonie tandis que la Vaccari s'occupe de déflorer Renata.

GIUSEPPE PATRUNO:

- Le 4ème garde est joué par GIUSEPPE PATRUNO anonyme et sans rôle déterminant. Il épouse Son Excellence lors des simulacres de mariage en fin de film. Giuseppe est né le 26 juin 1945 à Pistoia. Il avait auparavant fait une petite apparition dans le série Le avventure di Laura Storm en 1965.

LES COLLABORATEURS: Ils sont eux aussi au nombre de quatre. Ils sont recrutés dés l'ouverture du film par les soldats nazis, pour certains comme Ezio sous les yeux de leur famille. Ils servent pricipalement de gardes, assurent la sécurité des lieux et participent avec les fouteurs aux tortures finales. Ce sont les seuls à n'avoir aucune scène de nu durant tout le film à l'exception de Ezio.


EZIO MANNI:
ezio 8.jpgezio 7.jpg
- Celui dont on se souvient le plus puisqu'il est le seul à avoir un réel rôle est Ezio joué par EZIO MANNI. Dés le début du film il désobéit en adressant un regard à la servante noire puis il prend la défense des quatre filles des dignitaires après que ses compagnons d'infortune les ait maltraité. Il souffle un mot d'excuse "Pardon, on nous a demandé de faire ça" quand Claudio Troccoli crache au visage de Tatiana. Mais c'est surtout pour la scène de sa mort dont on se souvient d'Ezio. Pris en flagrant délit lorsqu'il fait l'amour à la servante noire il est ezio.jpgezio 2.jpgfroidement abattu alors qu'il fait le salut des partisans déstabilisant ainsi un instant ses bourreaux, un geste de révolte lourd de signification puisqu'il est le symbole de révolte, de l'espoir, celui qu'un jour le pouvoir aussi extrême soit-il pourra être renversé. A sa mort c'est Umberto qui prendra sa place passant ainsi du statut de victime à celui de collaborateur, le sexe toujours prêt pour assouvir les désirs du Duc.
Né en 1985 dans la banlieue romaine Ezio, alors jeune espoir du baseball italien, avait connu Pasolini en 1971 un soir dans un bar de Nettuno. Très vite une solide amitié naquit entre le cinéaste et le jeune homme. Ezio admirait Pasolini qui le séduisait par ses ezio 5.jpgezio 6.jpgconnaissances, sa culture. Pour le petit banlieusard qu'il était le maitre était une source infinie de connaissances, de sujets de discussion notamment politique. C'est tout naturellement que Pasolini lui proposa un rôle dans Salo après lui avoir demandé quel type de personnage il souhaitait interpréter. Quitte à perdre de l'argent Ezio choisit ce rôle muet qui ne demandait quasiment aucune scène de nu, Après sa participation à Salo Ezio préféra l'anonymat. Il retourna à sa vie d'avant. Il accepta de revenir sous la lumière des projecteurs en 2007 en Italie à l'occasion d'une interview dans laquelle il partage avec plaisir ses souvenirs de tournage et son amitié avec Pasolini.
Pour l'anecdote Ezio qui fut quelques temps le petit ami de Tatiana Mogilanski, une des filles des dignitaires, fut doublement mis à l'épreuve lors de la scène où, nu, il est abattu. D'une partesio 3.jpg Pasolini dut recommencer de très nombreuses fois le plan de sa mort, tentant de filmer le mieux possible son sexe. N'y arrivant pas, ce fut pour le jeune acteur, mort de honte, un véritable calvaire que Tonino Delli Colli, le directeur de la photographie, mit fin en faisant comprendre au Maître que le fascisme n'était en rien une question de longueur ou de beauté du pénis. D'autre part avant le tournage de cette scène mythique il dut sous ordre de Pasolini patienter huit heures entièrement nu aux cotés de Ines Pellegrini dans la pièce non chauffée où allait être filmée la scène.
Si on se fie aux souvenirs de Paolo Bonacelli Ezio aurait également été un temps le compagnon de Pasolini. L'acteur se souvient en effet que le garçon dormait de temps à autre dans la chambre du cinéaste à l'instar de Franco Merli et Claudio Troccoli, un fait confirmé par Quintavalle.

ezio 4.jpg
CLAUDIO TROCCOLI:
claudio_troccoli_1a.jpgclaudio troccoli.jpg
- CLAUDIO TROCCOLI interprète Claudio. S'il n'a pratiquement aucun dialogue il est avec Ezio celui dont la participation est cependant la moins anonyme. Lors du recrutement il crache au visage de sa mère en pleurs qui lui tend une écharpe. C'est également lui qui crache au visage au Tatiana en ouverture de film. Elle le gifle alors pour le punir de cette offense. Il est également assez actif lors du cercle des tortures en tant que sodomisateur. Lers derrières de claudio troccoli 2.jpgTatiana et Liana en seront les victimes. C'est aussi lui qui clôt le film avec la célèbre scène de la danse qu'il effectue avec Maurizio Valaguzza. Ce sera pour Claudio Troccoli son seul rôle au cinéma. 
Selon Uberto Paolo Quintavalle qui jouait Son Excellence, Pasolini était très proche de Claudio. Il entretenait avec lui une relation qui n'était pas sans rappeler celle qui le liait à Ninetto Davoli auquel Claudio ressemblait beaucoup. Outre ses cheveux frisés son visage rappelait étrangement celui de Ninetto. C'est cette ressemblance dit-on qui a convaincu Pasolini alors très affecté par sa récente rupture avec son jeune protégé d'engager Claudio pour le rôle. Sous son air tranquille Claudio était pourtant un jeune homme tourmenté plutôt mal dans sa peau se souvient Uberto. Claudio s'est lui aussi volatilisé après la fin du tournage.

maurizio et fabrizio.jpg
Les deux autres collaborateurs sont MAURIZIO VALUGUZZA (à gauche)et FABRIZIO MENICHINI (à droite) qui eux aussi disparurent dés la fin du tournage pour retourner dans le plus complet anonymat. Contrairement à Ezio Mani et Claudio Troccoli plus actifs Fabrizio et Maurizio font simplement acte de présence en surveillant essentiellement les victimes.
fabrizio 3.jpgConcernant Fabrizio Menichini son seul et unique moment de gloire est son arrestation au tout début du film. Alors qu'il s'enfuit en vélo avec deux amis il est rattrapé par les officiers SS puis embrigadé. Fabrizio est un des rares acteurs du film à n'avoir aucune ligne de dialogue, pas même un mot murmuré. Leurs personnages prennent cependant un peu plus d'importance en toute fin de film lors du cercle du sang puisqu'ils participent aux tortures des victimes même si malheureusement pourr Fabrizio il est absent du montage qu'on connait. Il reste dans la chambre des observations lors du premier cercle, assis en arrière-plan derrière le Duc, puis disparait du film. Seuls les clichés de plateau témoignent de sa présence dans la cour des tortures lors des cercles fabrizio.jpgfabrizio 2.jpgsuivants. Avec Umberto il maintient Giuliana Orlandi lorsque Doris se fait fouetter par l'Evêque puis observe Claudio Troccoli entrain de sodomiser Liana avant son exécution sur la chaise électrique.
Un peu plus présent est Maurizio Valaguzza qui restera célèbre pour la fameuse séquence qui clôt Salo. Enlacé à Claudio Troccoli il exécute un pas de danse au son d'une musique qui passe à la radio, une séquence presque surréaliste, comme hors du temps, alors que dans maurizio 3.jpgmaurizio 2.jpgla cour les jeunes victimes sont tuées. Lors des supplices il aide notamment les fouteurs à pendre Suzy après que Claudio Troccoli l'ait sodomisé, seule scène où on l'aperçoit dans le montage définitif. Comme pour Fabrizio ce sont les photos de plateau qui révèlent sa présence lors des autres tortures. En caleçon il se tient par exemple derrière Tatiana lorsque Claudio Troccoli la sodomise sur le grill.
Après pratiquement 45 ans de silence Maurizio Valuguzza aujourd'hui sexagénaire a miraculeusement ressurgi du néant et a accepté de revenir sur son expérience lors d'une interview accordée à Nocturno au printemps 2019 dont le contenu devrait être prochainement dévoilé.
maurizio.jpg
LA SERVANTE NOIRE:


Elle est interpretée par l'érythréenne INES PELLEGRINI, la petite protégée de Pasolini qui fut l'héroine avec Franco Merli des 1001 nuits. Ines, prénom que Pasolini lui donna (son vrai prénom est Marcia), débarquée en Italie de son Afrique natale après des études de commerce, avait accepté malgré ses réticences de tenter sa chance au cinéma afin de pouvoir réaliser son rêve: avoir suffisamment d'argent pour pouvoir s'installer definitivement en Afrique et y vivre heureuse. Désillusionnée elle mettra fin à sa carrière à l'aube des années 80. Ines durant presque sept ans fit cependant les délices du cinéma de genre italien, alternant sexy comédies, films érotiques, giallo et films de pure exploitation. Elle sera une des rares actrices de couleur dans l'univers du Bis transalpin et obtiendra un joli petit statut de  sexy starlette à la fin des années 70.
On la vit notamment dans Una bella governante di colore / Poupées sur canapé, Gatti rossi in un labirinto di vetro de Umberto Lenzi. Elle y trouvait le rôle le plus étoffé de sa carrière. Elle est l'intrigante bonzesse chauve dans Laure de Massimo Dallamano puis une des otages de Violez les otages entre autres films. Elle est au générique d'un des cinq films de science-fiction de Alfonsio Brescia, le mauvais La guerre des robots, puis tournera encore quelques inepties érotiques en tant que simple figurante.
Après avoir mis un terme à sa carrière de comédienne Ines se maria à un italien et partit vivre à New York où elle a ouvert un négoce et s'occupe encore aujourd'hui des plus déshérités.

salo 59.jpg
Salo et les 120 journées de sodome ce sont aussi des visages d'enfants et d'adolescents témoins ou victimes qui se retranchent derrière le silence de la mort en se fondant dans un cruel anonymat. A gauche Albertina enlevée de force d'une école catholique qui échappera de justesse à la terrible sélection des futures victimes Sous son apparente perfection les dignitaires s'aperçoivent en effet qu'il lui manque une dent. A droite deux enfants qui disent au revoir à Ezio emmené par les soldats.
Ces scènes furent tournées à Bologne.


LES MYSTERES INSOLUBLES DE SALO:
Nombreux sont les mystères qui entourent Salo et nombreux sont ceux qui ont tenté d'apporter leurs lumières afin d'éclaircir ces énigmes. Ce chapitre n'a pas pour objectif d'essayer une nouvelle fois de résoudre ces zones d'ombre mais d'apporter d'une part quelques points de réflexion aux lecteurs sur quelques éléments, d'autre part de confirmer l'existence de scènes jadis coupées au montage qu'on espère découvrir un jour mais également de faire découvrir l'ultime cercle de tortures, celui où l'Evêque est placé en tant qu'observateur, absent de la version qu'on connait. Jusqu'à ce jour la seule manière de le reconstituer et par conséquent de connaitre le sort des victimes qui le composent sont les précieux et innombrables clichés de tournage pris par Deborah Barr, la photographe de plateau. Ces photographies aident également à mieux comprendre certaines scènes ou certaines des relations qu'entretiennent entre eux les personnages. Ainsi la complicité entre salo 54.jpgRino et le Duc débute dés le recrutement du garçon lors de l'ouverture. Pasolini avait en effet filmé son arrestation, une longue séquence où Rino, habillé d'un long imper, semblait heureux d'être choisi et souriait déjà au dignitaire. Sans nul doute on devait en savoir un peu plus sur ses origines et la raison de ce choix. Il en va de même pour l'arrestation de Renata qui elle aussi a été filmée. On y voyait notamment le suicide de sa mère après sa tentative de protéger sa fille et la détresse de la malheureuse qu'elle évoque bien plus tard dans le cercle de la merde juste avant d'être contrainte de manger les excréments du Duc. Ces deux séquences ne furent malheureusement pas retenues au montage final.

Pour tout ceux qui ont vu Salo et l'ont surtout attentivement regardé il est impossible qu'ils salo 57.jpgn'aient pas remarqué bon nombre d'incohérences troublantes qui au fil du temps se sont transformées en véritables énigmes d'autant plus qu'elles vont à l'encontre de l'implacable logique, la rigueur quasi mathématique dont a fait preuve Pasolini tout au long du métrage. Voici résumées les plus gros mystères de Salo qui aujourd'hui encore restent insolubles malgré les recherches, le travail acharné des passionnés qui depuis des années planchent dessus sans encore avoir pu trouver de réponse satisfaisante à la plupart d'entre elles.
Une des incohérences majeures du film concerne essentiellement les personnages, plus précisément quatre d'entre eux, qui ne cessent d'apparaitre et de disparaitre tout au long du métrage. sans aucune explication rationnelle.
benedetta 2.jpgbenedetta.jpgLe premier de ces personnages est celui interprété par Benedetta Gaetani, la seule à n'avoir jamais son prénom cité, difficilement identifiable donc pour le novice (Benedetta est la jeune fille que le Président allonge sur ses genoux pour lui caresser les sous-vêtements lors d'un récit de la Vaccari). Si on est un tant soit peu attentif on s'aperçoit que Benedetta est mystérieusement absente lors du mariage de Sergio et Renata ainsi que de la séquence dite "des chiens". Elle réapparait ensuite lors de tous les récits formant les trois cercles mais elle est de nouveau absente lors d'une scène clé, celle de la remise des rubans bleus lorsque le Duc annonce le nom des condamnés. On la revoit dés la séquence suivante tout comme elle est présente lors des scènes de tortures même si sa mort n'est pas intégrée dans la version du film qu'on connait puisqu'elle est suppliciée lors du cercle manquant, celui de l'Evêque. Les photos de tournage témoignent de sa présence, le fessier transformé en pelote d'épingles.

Le problème est le même avec Antonio Orlando qui interprète Tonino. Sans aucune raison apparente il est lui aussi absent lors de la scène du mariage de Sergio et Renata.

graziella 2.jpggraziella.jpgQuant à Graziella Anicetto (Graziella) son parcours est quant à lui truffé d'énigmes. Si elle est étrangement absente de la scène dite des chiens bien des mystères entourent son rôle somme toute assez restreint car elle n'a aucun dialogue. Elle se contente d'être la meilleure amie de Eva dont la relation est quasi maternelle et surtout elle est celle qui par jalousie dénonce à l'Evêque la relation saphique qu'entretiennent Eva et Antinisca.
La principale énigme reste la raison pour laquelle Graziella est épargnée et fait ainsi partie des survivants aux cotés de Umberto et Rino. Son nom n'est pas cité lors de la remise des rubans bleus et durant les tortures de ses camarades elle assiste à leurs supplices vêtue d'une robe blanche aux cotés de Rino, nu, une couronne de lauriers sur la tête. Rien n'explique vraiment dans le montage qu'on connait les raisons qui ont poussé les bourreaux salo 51.jpgà l'épargner. La délation n'a cependant pas empêché Claudio et Eva d'être châtiés. Pourquoi Graziella aurait elle été graciée d'autant plus qu'elle cachait une photo interdite? Un élément est troublant. En observant les clichés de tournage pris par Deborah Barr on remarque un plan qui ne fut pas inclus dans le montage actuel. Lors de la remise des rubans bleus on voit Graziella lancer clairement un sourire complice au Duc. Pourquoi cette soudaine complicité qui rappelle celle qu'il entretient dés le départ avec Rino? Que s'est il passé entre le moment où Graziella dénonce ses camarades et l'annonce des condamnés? Il est certain qu'il manque des éléments qui ont disparu du métrage qu'on connait et aideraient à éclairer ce mystère.
On peut par contre expliquer les absences de ces trois acteurs lors de certaines scènes en imaginant qu'ils ont simplement quitté le plateau avant la fin du tournage pour raisons salo 53.jpgsalo 52.jpgprofessionnelles ou personnelles d'autant plus que les scènes concernées furent pour la plupart tournées quelques jours avant le clap final. Une autre explication avancée est qu'ils n'aient pas pu assister au tournage car malades le jour de la mise en boite de ces scènes. On se reporte ainsi aux dires de Uberto Quintavalle qui confiait que certains acteurs avaient du s'absenter pour cause de maladie.
 
Un autre grand mystère est celui qui entoure le personnage de Eva interprété par Olga Andreis. Elle aussi disparait juste avant le cercle du sang, plus exactement après qu'elle ait dénoncé les rencontres nocturnes de Ezio et de la servante noire, une délation qui conduira à leur froide exécution. Eva s'est tout bonnement volatilisée lors de l'ultime bobine. Qu'est il olga andreis 3.jpgolga andreis 4.jpgadvenu de la jeune fille? La réponse se trouverait là encore dans les clichés de tournage qui nous apprennent que Eva a été tuée après avoir dénoncé Ezio. Se sentant responsable de la mort du couple, traumatisée par leur assassinat, elle tente de fuir et se fait abattre, une scène qui là encore a disparu du métrage actuel mais qui nuit beaucoup à la logique du film. Y aurait il un lien avec les raisons pour lesquelles Graziella est graciée? Le saura t-on un jour.

Un final tronqué: la disparition de l'ultime cercle des tortures:
Si toutes ces interrogations sont passionnantes le plus intéressant est sûrement la preuve de l'existence de scènes coupées lors des tortures finales. Si la maison de production PEA, le producteur Alberto Grimaldi, en sont en partie responsable, ils jugeaient le film trop long et exigèrent de passer des 145 minutes originelles à 117, la faute ne leur en incombe pas entièrement. Il faut en effet prendre en compte qu'une partie des bobines fut volée durant le tournage et jamais retrouvée mais d'autres facteurs bien plus mystérieux rentrent aussi en compte. On sait que lors de la première projection privée du film en Italie les journalistes présents dont Edward Behr qui en fit un compte-rendu précis pour La stampa purent voir une salo 64.jpgversion bien plus longue notamment en ce qui concerne les fameuses tortures finales (Behr évoque en effet l'éventration de Dorit Henke et l'extraction du cerveau de Faridah Malik après son scalp) mais c'est la version actuelle qui fut présentée à Paris pour la sortie officielle de Salo quelques semaines plus tard le 22 novembre 1975. Que s'est il donc passé durant ce laps de temps? Là réside tout le mystère. Les nombreux clichés, plus de 8000, pris par la photographe Deborah Barr lors du tournage témoignent de l'existence de ces scènes et permettent surtout de retracer l'intégralité des tortures même s'il demeure quelques doutes et interrogations sur certaines victimes.
Ainsi Dorit Henke / Doris se fait éventrer par l'évêque tandis que Giuliana Melis / Giuliana se fait sodomiser par le Duc alors que gardes et collaborateurs lui tranchent les seins à l'aide d'une lame de rasoir. Si on aperçoit certains suppliciés et futures suppliciées au loin, Dorit et Giuliana sont totalement absentes de cet ultime cercle.
salo_torture_24.jpgsalo_torture_23.jpg
Sont tout aussi invisibles Benedetta Gaetani, Antinisca Nemour pour les filles et Claudio Cichetti pour les garçons.
Pour les quatre filles des dignitaires, seul le supplice de Susanna Radaelli / Suzy, la première fille du Duc, est montré. Aprés avoir été sodomisée par Claudio Troccoli, elle est pendue. Si Liana Acquaviva, la deuxième fille du Duc, est absente de cet ultime segment, on apercevra furtivement Tatiana Mogilansky sodomisée et Giuliana Orlandi être fouettée par l'évêque. Ni plus ni moins.
salo_torture_26a.jpgsalo_torture_27a.jpg
Quant aux victimes masculines si son Excellence sodomise un garçon nu couché à terre qu'on devine être par simple déduction et logique Lamberto Book, sa mort fait elle aussi partie des scènes manquantes. Plus intéressant est le supplice de Sergio Fascetti qui devait être plus long puisqu'on le voyait se faire ligotter avant d'être marqué au fer rouge. Lors de ce plan, on découvrait surtout en arrière-plan deux corps pendus qu'on identifie comme étant sûrement Claudio Cicchetti et de façon plus incertaine Tatiana Moligansky. Ceci nous permet donc d'imaginer le sort qui leur avait été réservé lors du montage initial.
Pasolini avait clos le carnage par un plan final sinistre qui montrait seize corps dont certains recouverts d'un drap allongés côte à côte dans la cour des supplices suivi du départ des quatre dignitaires s'enfonçant dans leur voiture. On la voyait alors s'éloigner du château des horreurs juste avant le générique de fin.
salo.jpg
REVELATIONS FINALES D'UN CARNAGE:
Le cercle du sang tel qu'il apparait dans la version actuelle se divise en trois parties toutes basées sur le même principe. Trois des bourreaux s'affairent aux tortures des victimes tandis que le quatrième, assis dans un grand fauteuil, un collaborateur à ses cotés, les observe à la jumelle dans le salon qui surplombe la cour des supplices. Si on enlève Tonna Peruggio, le jeune homme mitraillé lors de l'ouverture du film alors qu'il tentait de s'enfuir, la jeune fille anonyme dont on a tranché la gorge lors du premier cercle après qu'elle ait elle aussi essayé salo 84.jpgsalo 83.jpgde s'échapper, Eva assassinée lors de sa fuite et les trois rescapés, Rino, Graziella et Umberto il reste donc seize victimes, six garçons et dix filles dont les quatre des dignitaires.
Seize victimes dont les mises à mort comme on vient de le voir ne sont pas toutes montrées à l'écran même si on sait désormais que Pasolini, grâce aux photos de Deborah et à différents témoignages, les a tournées sans qu'elles soient intégrées au montage final pour les diverses raison qu'on a évoqué. Quelques uns de ces clichés sont ici présentés afin de donner aux lecteurs un aperçu des cruautés dont on l'a privé. La question qui vient de suite à salo 82.jpgl'esprit est de quelle manière exactement toutes les malheureuses victimes ont trouvé la mort.
Essentiellement basé sur les observations faites en regardant minutieusement images par images le cercle des tortures tel qu'on le voit dans le montage du film et en observant les quelques milliers de Deborah qui aujourd'hui ressortent et apportent de nombreux éclaircissements sur ces mystérieuses scènes manquantes, voici le récapitulatif le plus exhaustif possible des différentes tortures dans l'ordre logique où elles semblent être infligées et le résumé précis du mystérieux 4ème cercle, celui de l'Evêque.

salo 60.jpgsalo 61.jpg
La première session de tortures:
C'est sous l'oeil du Duc que le Président, l'Evêque et son Excellence ouvrent le carnage soit les quatre premières victimes, Tonino, Renata, Franchino et Suzy. Il est intéressant de savoir qu'au départ on voyait entrer par le coté gauche de la cour les seize suppliciés revêtus de la chemise grise des condamnés et se faisaient brutalement dévêtir par les dignitaires, une scène disparue au montage. De ces chemises grises ne subsiste que le plan lointain où on aperçoit deux corps pendus revêtus de ces fameuses casaques.
salo 77.jpgsalo 78.jpgLes tortures débutent avec Tonino. Le Président lui brûle le pénis avec la flamme d'une bougie puis c'est à Renata qu'il brule ensuite les seins après qu'elle ait été violée avant de trancher au rasoir la langue de Franchino. Les trois victimes sont maintenues par les quatre fouteurs nus. Susy, la fille du Président, tenue par Maurizio Valaguzza, un des collaborateurs, est sodomisée par Claudio Troccoli puis pendue. Alors que le Duc masturbe Umberto un plan éloigné montre la cour. Les trois corps sont étendus à terre, Suzy se balance au bout d'une corde sous l'oeil de l'Evêque, du Président, de son Excellence, de Rino et Graziella.
salo 62.jpgsalo 63.jpg


La seconde session de torture:
C'est ensuite au tour du Président d'observer le carnage tandis que le Duc, l'Evêque et son Excellence infligent les supplices à quatre autres victimes, Fatma, Tatiana, Carlo et Antinisca.
Fatma est scalpée, Carlo, attaché à terre, maintenus par quatre fouteurs, est énuclée par son Excellence qui sodomise ensuite une victime identifiée comme étant Antinisca pendant que les quatre fouteurs apportent la chaise électrique. Antinisca a confirmé ce viol  puis a révélé la manière dont elle mourrait, une scène disparue du montage actuel. Elle est en fait étouffée la tête plongée dans un baquet. Est ce un baquet de merde, ce même baquet d'excréments salo 67.jpgsalo 66.jpgoù étaient attachées les victimes lors de l'ouverture du cercle, ou un baquet d'eau, Antiniska ne le précisa pas. Tatiana, la fille de son Excellence, est juste à coté, culotte baissée, on devine qu'elle a été probablement sodomisée par Claudio Troccoli et Maurizio Valaguzza, les deux collaborateurs qui se tiennent derrière elle. La façon dont elle est exécutée reste une énigme même si lors d'une rapide scène on aperçoit en arrière-plan deux corps pendus revêtus d'une casaque grise, celui d'un garçon, visiblement Claudio Cicchetti, et celui d'une jeune fille qui ressemble à Tatiana mais c'est logiquement impossible. Fatma est quant à elle scalpée par l'Evêque. A l'origine la scène du scalp était plus longue. On voyait l'Evêque lui extraire le cerveau de la boite crânienne.
salo 68.jpgsalo 69.jpgOn s'attardera sur la mort de Carlo sur lequel les bourreaux s'acharnent. Si dans le film on le voit se faire arracher un seul oeil, ce sont en fait les deux qu'on lui extirpe des orbites avant de le garroter sur une chaise, exsangue, sous les rires moqueurs des fouteurs  et des collaborateurs.
Pour quoi un tel acharnement? Carlo représente en fait l'opposition au Pouvoir, il incarne la rebellion. Il est le seul à avoir eu l'audace de demander au Duc quel sera le sort qu'on leur réserve, de se dresser contre Umberto  lorsque celui ci devient un collaborateur et à oser répondre au Président lorsqu'il constate que le garçon a déféqué malgré l'interdiction. Son châtiment devait donc être à la hauteur de ce qu'il incarne aux yeux des quatre dignitaires.
salo 70.jpg
La troisième session de tortures
C'est son Excellence qui succède au Président sur le siège des observateurs tandis que le Duc, le Président et l'Evêque ont pris en charge quatre autres victimes, Sergio, Giuliana la fille du Duc les deux seuls qu'on voit dans le montage actuel. On sait grâce aux photos de plateau que les deux autres sont Doris et Benedetta.
salo 72.jpgsalo 71.jpgDéchainé, l'Evêque fouette Giuliana tenue par Umberto et Fabrizio, celui ci identifié grâce aux clichés de tournage, puis les trois autres victimes ligotées au sol qu'on ne fait que deviner. La mort de Giuliana n'est pas montrée. On l'aperçoit par contre sur les photos de tournage ligotée sur la chaise où Carlo a trouvé la mort. On peut donc supposer qu'elle est morte de la même manière que lui. Sergio a ensuite la poitrine brûlée au fer rouge mais on sait désormais que son supplice fut bien plus long puisque les images de tournage nous le salo 75.jpgsalo 76.jpgmontre en arrière-plan lors du second cercle de torture ligoté sur une chaise basse, tourné vers le mur, le dos criblé de balles. Ce plan rapide nous apprend que l'ordre des tortures n'est pas celui dans lequel elles furent tournées, un illogisme qui prouve que Pasolini fut contraint de les filmer de manière anachronique.
Ce sont les images de plateau qui nous apprennent comment sont mortes les malheureuses Benedetta et Doris, leur sentence ayant disparu de la version qu'on connait. salo 73.jpgsalo 74.jpgBenedetta a les fesses transpercées de longues aiguilles par l'Evêque tandis que Doris, après avoir été fouettée, est éventrée toujours par l'Evêque à coups de rasoir à moins qu'il ne s'agisse d'un couteau ou de l'étrier qu'il porte sur l'épaule au début de la séquence. Ce troisième cercle de supplices se terminera sur le plan des trois bourreaux se mettant à danser bras dessus bras dessous dans la cour suivi du plan des deux gardes, Maurizio Valaguzza et Fabrizio Menicchini, s'enlaçant tendrement au milieu du salon pour danser sur un air de musique ringarde diffusée par un poste de radio. Générique de fin.

salo 5.jpgsalo 4.jpg

La session manquante: les ultimes tortures:

Reste donc l'ultime observateur. C'est au tour de l'Evêque de prendre place dans le grand fauteuil alors que le Duc, son Excellence et le Président s'occupent des ultimes victimes, Lamberto, Claudio, Liana et Giuliana. Non intégrée au métrage final, cette ultime séquence demeure un véritable Graal pour les amoureux de Salo mais aussi une énigme sur bien des points. A ce jour seules les images de plateau prises par Deborah témoignent de cette dernière salve de tortures. On aperçoit tout d'abord Liana, la seconde fille du Duc, être sodomisée par Claudio Troccoli avant d'être condamnée à la chaise électrique. Giuliana est sodomisée par le Duc avant d'être tondue et avoir les seins tranchés au rasoir.

salo 81.jpgsalo 55b.jpg

Il ne reste par simple déduction que deux victimes, Lamberto et Claudio. On aperçoit deux corps masculins nus attachés à des piquets, étendus au sol devant la chaise électrique où Liana est morte, à sa droite on voit Carlo énucléé garroté sur sa chaise. On reconnait à gauche Lamberto même si son visage est tourné vers le sol. L'autre victime à droite par simple déduction logique ne peut être donc que Claudio. Leur mort demeure quant à elle un mystère puisque aucune photo ne montre de détail précis la concernant même si en observant attentivement certains clichés on aperçoit au loin deux corps pendus revêtus d'une casaque grise, une fille et un garçon qui ressemble à s'y méprendre à Claudio. Par contre aucune information, aucune photo, aucun aperçu aussi minime soit il permet de voir ce qu'il est advenu de Lamberto dont la mise à mort demeure encore aujourd'hui une énigme insoluble. Seule la photographie des seize cadavres étendus côte à côte prouve qu'il est bel et bien mort.
salo 79.jpgMais cet ultime cercle demeure cependant bien flou car il comporte une énorme incohérence quant à Claudio justement. En effet les photos de plateau ci dessus et ci dessous nous apprennent qu'il est déjà mort lors du second cercle. On le voit en effet pendu à coté de cette fameuse jeune fille à gauche de l'image alors que Tatiana se fait sodomiser! Voilà qui remet en question l'ordre de passage des victimes. On savait déjà que Sergio n'était pas tué lors du troisième tour mais du second. Il y a par conséquent au moins deux suppliciés qui n'appartiennent pas au cercle dans lesquels on les voit. Voilà qui prouve bien quel capharnaüm est l'ultime section du film, au combien elle dut être difficile, compliquée à filmer et monter suite aux déboires que Pasolini rencontra lors des derniers jours de tournage.
Cette dernière remarque concernant Claudio amène à se demander qui est la victime allongée aux cotés de Lamberto dans le quatrième cercle puisqu'il ne s'agit donc pas du garçon, à qui appartient cette touffe de cheveux noirs. On peut supposer que c'est Giuliana Melis morte dans ce cercle. Cette silhouette pourrait lui ressembler en effet. Mais cela reste une supposition qui peut être un jour se confirmera comme un jour peut être toutes les questions concernant Salo trouveront enfin espérons le une réponse.

salo 80.jpg
Les survivants du massacre: Rino, Umberto et Graziella:
Nous avions au départ vingt futures victimes, les quatre filles des dignitaires, les huit garçons et les huit filles. A la mort d'Eva tuée lors de sa tentative de fuite du château, une scène disparue du film, échappent donc au carnage trois personnages. Nous savons qu'il y a seize cadavres allongés côte à côte dans la cour à la fin des supplices comme en témoignent Paolo Bonacelli et surtout les lugubres photos de plateau qui montraient le final non retenu par Pasolini. Ces trois rescapés de l'enfer sont Umberto promu collaborateur à la mort d'Ezio, Rino et Graziella, tout deux se tenant debout dans la cour, immobiles, témoins oculaires du carnage. Rino est nu, le sexe caché par ses mains, une couronne de lauriers sur la tête, symbole de victoire. Graziella en robe blanche, symbole de pureté et de rédemption.
salo_final_5.jpgLes raisons pour lesquelles Rino échappe aux punitions sont claires. On les trouve disséminées tout au long du film. Dés son recrutement, une séquence non intégrée au film mais largement détaillée sur les photos de plateau, il est évident qu'il existe déjà une certaine complicité entre lui et le Duc qui en fait vite son préféré. Il l'embrasse sur la bouche lors du mariage de Renata et Sergio ainsi que lors d'un récit de la Vaccari et lui adresse régulièrement des regards complices. C'est Rino également qui assiste cette fois le Président lors de l'inspection des derrières. Il lui confie la tâche de déshabiller Carlo afin d'inspecter ses fesses. C'est aussi lui qui est le premier a entamé le chant lors du premier repas. Obéissant et dévoué Rino à l'instar d'Umberto s'est visiblement rangé du coté des bourreaux par conséquent du Pouvoir. Aux yeux des dignitaires tout deux méritent amplement d'échapper à la mort.
graziella 3.jpgLes raisons pour lesquelles Graziella a échappé à la mort sont beaucoup moins évidentes. Pour les trouver il faut peut être regarder de bien plus près certains passages du film. Avoir dénoncé les désobeissances de sa compagne et amie Eva qui entretenait une relation saphique avec Antiniska est très certainement un des points à retenir. Dans un sens sa délation lui a certainement sauvé la vie. On peut alors se demander pourquoi Graziella a été ainsi récompensée et non pas Claudio dont le nom fut le premier à être inscrit dans le carnet des punitions qui lui aussi avait pourtant fait preuve de délation vis à vis d'un de ses camarades. Graziella n'a que très peu d'importance tout au long du film et n'a quasiment aucune scène à elle. On la présente simplement comme la fille désespérée, la plus faible, soutenue par son amie Eva qui la réconforte et la pousse à obéir. En observant bien les photos de tournage de la scène de la remise des rubans on aperçoit Graziella adresser un franc sourire au Duc. Pourquoi ce sourire? Rien ne l'explique dans le montage qu'on connait du film. On sait juste que son nom n'est pas cité par ce dernier. Ce sourire radieux reste à ce jour une énigme. Quelles sont donc les réelles motivations qui ont poussé les bourreaux à lui laisser la vie sauve aux cotés de Rino et Umberto? Existe t-il certaines scènes coupées au montage ou disparues qui pourraient clarifier cette énigme? Espérons qu'un jour toute la lumière soit faite sur ce point crucial du film.

salo 65.jpg

UNE VALSE A 4 TEMPS:
Quatre bourreaux pour quatre maquerelles dans quatre cercles qui longtemps encore résonneront comme un grondement sourd et menaçant aux quatre coins du monde. Quatre fois quatre victimes gardées par quatre miliciens et quatre colloborateurs dont les suppliques étouffés de sanglots nous saisiront encore longtemps à la gorge. Le chiffre 4, le carré a marqué tout le film qui fut construit autour de lui, de cette logique tant au niveau des personnages que des décors et des plans.
Mais derrière l'horreur il y avait des acteurs et un plateau de tournage qui par la magie du cinéma se transformait en château de l'effroi. Derrière les cris et les larmes il y avait les rires et les facéties d'une troupe de jeunes comédiens déshinibés qui s'amusèrent beaucoup durant les quelques mois de tournage que dura Salo et qui ne prirent jamais au sérieux ce qu'on leur demandait de faire. Et ce n'est pas l'immense fête qui réunit tous les acteurs et techniciens qui dira le contraire.
Quatre bourreaux, quatre maquerelles, quatre fouteurss et quatre collaborateurs pour quatre fois quatre victimes tous unis par le bonheur et le rire une fois la défroque de leur personnage laissée au vestiaire.
Salo démystifié, Salo ou le bal des artifices, enivrant comme une valse à quatre temps!

APRES L'HORREUR...








LE BONHEUR!






 
 
  • Par Éric Draven | mardi, 17 juillet 2012 | 15h40
    |Plus
  • Commentairesun commentaire CatégorieLes Dossiers du Petit Maniaco

« Accueil

« A visages démasqués: Les Maîtres de Salo Le nazisploitation »

Gravatar de Eric Draven

Eric Draven | jeudi, 27 août 2009 | 22h59

Catégories

  • La photo de la semaine
  • Les films
  • Hardcore italien
  • Le cinéma X
  • Le cinéma gay
  • Les courts et moyens métrages
  • Biographies
  • Visages d'un jour Visages de toujours
  • Le petit musée du Maniaco-Grévin
  • La salle des Dieux
  • Les Dossiers du Petit Maniaco
  • Les archives secrètes du petit écran
  • Réalisateurs et grands noms du Bis
  • Les nouvelles du jour
  • Emotions Bis

Propulsé par Dotclear - Thème Freshy de Julien de Luca adapté depuis Wordpress