Il est des visages qui marquent les esprits cinéphiles et resteront à jamais le reflet d'une personnalité, incarnation même d'un certain charisme. Dans le vaste univers du Septième art, nombre d'acteurs et d'actrices ont gagné leurs galons de gloire grâce à leur physique particulier qui leur par la même occasion leur donna l'occasion de jouer des personnages aussi peu sympathiques que marquants. Il en va ainsi de Franca Stoppi qui le temps d'un personnage se hissa sans honte en tête de liste des personnages les plus antipathiques du cinéma de genre italien. Incarnation parfaite de la sévérité et du sadisme, l'adjectif qui définirait le mieux cette étrange femme au teint blafard serait: terrifiante! Bien peu de choses ont été écrites sur cette actrice hors pair. C'est avec avec un plaisir suave que Le Maniaco se propose de mieux vous faire découvrir ce personnage haut en couleur aux antipodes des rôles qu'elle a pu interpréter.

Franca voit le jour dans les années 50 et déjà petite fille, outre sa passion pour les animaux, elle est très attirée par les costumes et les maquillages. Elle ne rêve que de théâtre, se délectant des pièces qu'elle peut jouer pour l'école ou des mises en scène privées qu'elle orchestre chez elle avec sa grande soeur. Adolescente, sa passion pour les planches ne la quitte pas malgré les études scientifiques qu'elle entreprend. Elle décide à 17 ans de partir pour Milan où elle va suivre des cours de comédie et deviendra surtout modèle, splendide jeune fille au visage d'un autre âge, glamour et pleine de sensualité. Sa première rencontre avec le cinéma se fera en 1974 avec le film de Carlo Di Palma Mimmi Bluette, fiore del mio giardino dans lequel elle tient un tout petit rôle. La carrière de Franca est amorcée et le succès ne la quittera plus. Franca peut vivre enfin son rêve de petite fille.
C'est Dino Risi qui la dirige ensuite en 1976 dans Telefoni Bianchi / Carrière d'une femme de chambre. Même si elle n'y a qu'une scène, Franca en garde un excellent souvenir d'autant plus qu'elle donnait la réplique au grand Vittorio Gassman. Si elle ne délaisse pas les planches sur lesquelles elle monte régulièrement, Franca va poursuivre son petit bonhomme de chemin au cinéma et fait son incursion cette année là dans le cinéma de genre qui composera la majeure partie de sa carrière au grand écran. Elle tourne donc pour Virgilio Mattei l'hallucinant Bestialità où elle apparait dans l'extraordinaire séquence pré-générique où elle se donne passionnément à un doberman, un très court rôle dont aujourd'hui elle rit beaucoup. "Une actrice est une actrice et elle se doit de tout essayer" confesse t'elle. Quoiqu'il en soit, Franca à la sortie du film sera condamnée, à sa grande surprise, pour outrage aux bonnes moeurs par un juge italien particulièrement choqué. Franca acceptera néanmoins un Bestialità 2 qui malheureusement ne se tournera pas.

Il faudra attendre 1979 pour retrouver Franca sur les grands écrans même si entre temps elle ne chômera pas puisqu'elle se donne à fond à sa pasion première: le théâtre. Elle fera le tour de l'Italie en jouant sur les planches des pièces à grands succès.
Franca tourne également beaucoup pour la télévision. C'est d'ailleurs sur le tournage d'un téléfilm qu'elle rencontrera celui qui deviendra son fidèle compagnon, l'acteur Simone Mattioli, le héros moustachu  de Zombi Horror / Le manoir de la terreur de Andrea Bianchi. C'est à ses cotés qu'elle fondera par la suite sa propre compagnie de théâtre. Franca ajoutera une autre corde à son arc, le doublage, une activité dans laquelle elle s'investit beaucoup.
Elle est de retour sur les écrans de cinéma en 1977 mais si son nom est crédité dans deux co-productions italo-espagnoles de Tonino Ricci, Pasion d'amore et Delirio d'amore, Franca n'y apparait pourtant pas. L'intéressée déclare que ce sont pour des raisons de co-production qu'elle figure au générique puisque des acteurs italiens devaient obligatoirement y figurer.
C'est en 1979 que Franca va enfin connaitre le succès cinématographique tout en acquérant une certaine reconnaissance du public grâce au film d'horreur de Joe D'Amato, Blue Holocaust, dans lequel elle est Iris, la glaciale et diabolique gouvernante de Kieran Canter. Si au départ le rôle ne devait pas lui échoir, elle remplacera au pied levé l'actrice qui devait interpréter ce personnage. Iris allait la propulser vers les sphères du succès, la cataloguant de suite dans les rôles de femmes austères, sadiques et terrifiantes. Teinte en noir, fort peu mise en valeur, Franca y fait éclater tous ses talents de comédienne, donnant toute sa force et son diabolisme à ce film qu'on ne présente plus et dont elle garde un très bon souvenir tant du tournage que de ses partenaires, Cinzia Monreale avec qui elle devint amie et Kieran Canter avec qui elle laisse coquinement sous-entendre certaines amitiés particulières. Marquée au fer rouge par ce personnage, elle ne connaitra plus que des rôles de femmes effroyables, incarnant le sadisme si cher au cinéma de genre italien d'alors dont elle devient alors une des figures emblêmatiques.
C'est son ami Bruno Mattei qui lui offre son prochain rôle en 1980 dans Novices libertines / La vera storia della monaca di Monza où elle est la mère supérieure du couvent où se retrouve enfermée Zora Kerowa qui ne tarit pas d'éloges concernant les talents de comédienne de Franca, compliments que lui retourne d'ailleurs cette dernière. Dans la foulée, Claudio Fragasso la dirige dans le fameux L'altro inferno / Le couvent infernal / L'autre enfer tourné simultanément avec Novices libertines. Elle y interprète le personnage principal, cette Mère supérieure diabolique désirant garder secrète la naissance coupable de son enfant que l'église a voulu tuer, réveillant ainsi les forces du mal. D'une réalisation assez pauvre, il faut reconnaitre que Franca tient sur ses épaules tout le film prouvant si elle en était encore besoin tout son talent et sa force de caractère. Ce rôle de nonne a d'ailleurs beaucoup amusé Franca puisque étant petite fille, devenir religieuse était un de ses rêves afin de suivre les traces de deux de ses tantes, femmes de Dieu dans un hôpital.
Elle retrouve ensuite une fois de plus Claudio pour le téléfilm Difendemi la notte.


Suivra en 1982 une apparition dans la comédie sexy La gorilla de Romolo Guerierri avec Lory Del Santo. Elle y interprète une épouse acariâtre qui finira par offrir ses charmes à une bande de voyous qui l'attaquent. Ces années furent pour l'actrice une période intense de travail, partagée entre cinéma et théâtre. Entre les tournages de ces deux nunsploitations et La gorilla, elle partait aussitôt rejoindre les scènes de théâtre où elle se produisait avec succès. Un rythme de travail trépidant qui la fait sourire aujourd'hui
Elle retrouve Bruno Mattei pour une énième aventure de notre belle Emanuelle, Emanuelle, violenza in carcere femminile / Pénitentier de femmes où elle incarne Mme Gerbaut, la gardienne chef sadique et voyeuriste de cette prison lubrique tenue par sa grande amie Lorraine De Selle. Le chignon strict, le regard cruel, le visage déformé par la haine, la matraque à la main, Franca n'a rien à envier à une Ilsa dont elle pourrait être une digne descendante. Elle volerait presque d'une certaine façon la vedette à Laura Gemser. Le personnage de Mme Gerbaut restera un des personnages inoubliables du WIP à l'italienne. Tout bissophile se souvient avec quelle hargne et surtout quel plaisir elle matraque la pauvre Laura recouverte d'excréments ou frappe avec sadisme la cloche où la belle Emanuelle est enfermée. Elle garde néanmoins un souvenir douloureux du film mais qui la fait sourire désormais. Lors de la scène où elle meurt sa fausse matraque lui rentra dans le ventre par accident et faillit lui transpercer l'abdomen. En bonne professionnelle, elle termina la séquence mais le rictus de souffrance qu'elle affiche à l'écran à cet instant précis n'était en rien simulé!
Elle reprendra le même rôle dans Blade violent / Emanuelle fuga dallinferno / Révolte au pénitentier des filles, réalisé simultanément là encore avec Pénitentier de femmes par Claudio Fragasso. Même casting, même rôle, même scénario à quelques nuances prés mais en plus pauvre mais cela n'enlève rien à la présence diabolique de Franca dont l'oeil brille toujours autant de cette étoile de sadisme pervers, la matraque toujours aussi alerte.
Ce sera sa dernière apparition au cinéma, pas forcément par désir mais plus par la force des choses, le cinéma de genre s'éteignant lentement. Franca travaillera encore énormément par la suite pour le théâtre pour lequel elle voyagera beaucoup, jouant les plus grandes pièces, et pour la télévision dont la série Dei miei bollenti avec entre autre Luc Merenda et Leonora Fani, sa partenaire de Bestialità avec qui elle fut trés amie jusqu'à sa retraite, loin du show-bizz.
Franca mit fin à sa carrière en 1994 et s'est retirée du monde du spectacle dont elle garde de tendres souvenirs. Petite, timide, pleine de bonté et de générosité, d'une grande beauté sous sa chevelure auburn, Franca Stoppi est une merveilleuse femme qui se remémore avec tendresse ce glorieux passé, ses personnages qui aujourd'hui la font beaucoup rire. A la question de savoir pourquoi elle n'a joué que des rôles de femmes austères, elle répond simplement: On joue souvent l'opposé de ce qu'on est.
Aujourd'hui, Franca vit non loin de Rome à Foligno. Elle y mène une vie fort bien remplie avec Simone Mattioli puisqu'elle n'est ni plus ni moins que la directrice de l'UNA locale, l'équivalent de notre SPA. Franca gère de main de main de maître un refuge pour chats et milite pour la maltraitance des animaux, en parfaite émule de Brigitte Bardot à qui elle voue une grande admiration. Ce combat, elle le menait déjà lorsqu'elle était actrice. C'est aussi une des raisons pour laquelle les réalisateurs comme Bruno Mattei se souviennent de Franca puisqu'ils devaient attendre qu'elle quitte les plateaux pour tourner les plans mettant en scène des animaux qu'on "maltraitait" pour les besoins des scénarii ou qui nécessitaient tout simplement la présence d'animaux.
Franca s'est désormais adonnée à sa seconde passion, cette dévotion qu'elle avait déjà enfant, celle des animaux, auxquels elles consacre tout son temps. La boucle est ainsi bouclée.
Adepte du végétarisme, Franca vit une vie simple, un peu effacée. Elle garde en elle beaucoup de nostalgie de cette époque. Si on sait que le démon sait se faire ange, Franca, elle, est un ange, un vrai, tombé du Paradis du Septième Art.. ou du paradis tout court!
Malheureusement le destin a récemment frappé cet ange puisque Dieu l'a rappelé à lui le 9 juillet 2011. Au revoir adorable Franca.
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