Danilo Mattei: Et il fut le neveu de Deneuve!


Tout le monde a encore à l'esprit Cannibal ferox dont on en connait tous les différents protagonistes de Lorraine de Selle à Zora Kerowa en passant par Giovanni Lombardo-Radice. Mais le film de Umberto Lenzi compte aussi parmi ses personnages principaux un acteur dont on parle malheureusement que trop peu. Il s'agit de Danilo Mattei, découvert en 1976 par Dino Risi, connu également sous son pseudonyme anglais Brian Redford ou Bryan Redford selon les orthographes. Le teint halé, un bandana rouge noué autour du cou, le corps musclé, Danilo y incarnait Rudy, le frère de Lorraine De Selle. Mais qui était donc ce jeune acteur qui malgré un nom de famille plus que réputé n'avait aucun lien avec le célèbre Bruno Mattei? C'est avec plaisir que le Maniaco vous invite sans plus attendre à faire plus ample connaissance avec le jeune et lumineux Danilo.


Né à Rome le 26 mai 1954 d'un père officier parachutiste et d'une championne de natation le jeune Danilo, de son véritable nom Danilo Mezzetti, fait de studieuses études au collège des Jésuites de Rome. Très attiré par le monde du spectacle il entre ensuite à la célèbre accademia Fersen de Rome pour y prendre des cours de théâtre et de récitation. C'est en 1973 que Danilo tout juste âgé de 19 ans, fait de timides débuts à l'écran en apparaissant au générique d'un péplum particulièrement méconnu aujourd'hui oublié réalisé par Joe D'Amato Diario di una vergine romana également titré Livia una vergine per l'impero. Il y incarne le jeune esclave Claudio dont Lucretia Love tombe amoureuse. Malgré la faiblesse de l'intrigue Danilo, très peu vêtu, déjà si séduisant, y montre de réels talents de comédien notamment dans les scènes qu'il partage avec l'éblouissante Lucretia dont une inoubliable et très sensuelle séquence de massage. 
C'est trois ans plus tard en 1976 que Dino Risi le révèle au public en lui offrant l'un des rôles principaux de son film Anima persa / Ames perdues. Choisi contre toute attente parmi plus de 200 candidats dont Miguel Bosé Danilo se retrouve soudainement sous le feu des projecteurs, promu à un bel avenir cinématographique. Malheureusement fort mal distribué en France le film passera pratiquement inaperçu sous nos cieux. Film sur la peur de vieillir et la folie Anima persa est une oeuvre belle, morbide mais humaine où Danilo très à l'aise pour son premier véritable grand rôle fait preuve d'une naïveté et d'un naturel étonnant face à une éblouissante Catherine Deneuve et un pathétique Vittorio Gassman dans un de ses plus fabuleux numéro d'acteur. Face à ses deux monstres sacrés du cinéma Danilo relève haut la main le défi, confirmant sans mal ses talents d'acteur entraperçus dans le film de Joe D'Amato.


Danilo qui restera celui que Dino Risi découvrit enchaine l'année suivante sur un autre très beau rôle dont il est également très fier. Il est en effet à l'affiche de l'intéressant drame historique de Luigi Magni, le spécialiste de l'histoire romaine, In nome del papa re / Au nom du pape roi. Il y incarne Cesare Costa, un jeune garibaldien qui vient d'être condamné à mort. Sa mère va alors demander au juge qu'il l'a condamné de le gracier mais devant son refus elle lui révélera qu'il est son fils. Adroitement réalisé, oscillant sans cesse entre larmes, rires, tendresse, satires et tartufferies, Au nom du pape roi confirme le talent du jeune acteur qui semble alors en route pour entamer une flamboyante carrière. A cette époque, Danilo vit


une histoire d'amour intense et passionnée avec la superbe Eleonora Giorgi, une des sexy stars du cinéma de genre italien, qui malheureusement prendra fin quelques temps plus tard. Il part alors s'installer pour New-York afin d'intégrer la fameuse école de Lee Strasberg dans laquelle il côtoiera quelques grandes stars américaines dont Shelley Winters. A cette époque il vit également une jolie romance avec Kerry Kennedy, la fille du sénateur Bob Kennedy. Inséparables, la presse américaine en fait ses choux gras et les voit déjà mariés. Leur liaison prendra malheureusement fin.
Il faut attendre 1980 pour revoir Danilo sur les écrans lorsqu'il décroche le rôle principal du film de l'espagnol Francisco Lara Polop, l'inédit La patria del rata qui connaitra un joli succès en Espagne et dans les pays d'Amérique latine. Tourné en Espagne Danilo y


incarne El rata, un jeune marginal écopant de 20 ans de prison pour actes anti-franquistes. Bénéficiant d'une amnistie, il sort de prison, attaque une banque et s'enfuit. Recherché par la police, il doit se cacher et fait la rencontre d'une petite fille diabétique avec qui il va tisser une extraordinaire relation. Situé dans une Espagne en pleine tourmente, La patria del rata est un film à la fois tendre et cruel dans lequel Danilo démontre une fois de plus ses talents d'acteur. Alternant avec un certain brio tendresse et violence, Danilo donne ses lettres de noblesse à ce petit polar socio-politique ibérique méconnu. Cette même année il est cité sans certitude aucune au générique de La via del silenzio de Franco Brocani, un énigmatique petit film d'exploitation aujourd'hui aussi invisible qu'introuvable dans lequel on retrouverait les tout aussi incertains Franca Stoppi, Tina Aumont, Marc Porel et Caterina Boratto.

Si la carrière de Danilo était promise à un bel avenir, elle va cependant prendre une toute autre tournure. Après trois réussites où il côtoie quelques uns des plus grands noms du cinéma italien avec une étonnante aisance, des acteurs qui ont été de véritables maitres pour lui il bifurque vers le cinéma de genre et d'exploitation pour ne plus réapparaitre ensuite que dans des rôles de second ordre.
1981 sera encore pour le jeune Danilo une année fort bien remplie puisqu'il ne tournera pas moins de quatre films. Tout d'abord, c'est sous la direction de Umberto Lenzi qui le choisit
donc pour être Rudy, l'intrépide aventurier de Cannibal ferox, un film aujourd'hui culte qu'on ne présente plus. Si Giovanni Lombardo-Radice, son partenaire sur le tournage, se souvient de sa gentillesse, Zora Kerowa garde quant à elle un tendre souvenir de Danilo avec qui elle devint un temps amie puisqu'en compagnie de Giovanni, il la retrouva totalement désorientée dans la jungle après qu'elle se soit malencontreusement égarée. Si Cannibal ferox comme Cannibal holocaust est devenu un incontournable du cinéma gore, vénéré par toute une génération, Danilo, choisi pour sa connaissance parfaite de la langue anglaise, confesse cependant aujourd'hui qu'il accepta de faire ce film non seulement pour l'argent mais avant 
tout par amour pour les pays chauds et la chaleur qu'il affectionne tout particulièrement. Cette décision eut malheureusement son revers puisque toujours selon Danilo le film eut un impact négatif sur sa carrière. Habitué jusqu'alors à un cinéma de plus grande envergure, Cannibal ferox fut une sorte de régression professionnelle que l'acteur ne renie pourtant pas d'autant plus qu'il garde un excellent souvenir du film..
Avant son entrée définitive dans l'univers du Bis transalpin, Danilo est encore à l'affiche du film du français Benoit Jacquot, Les ailes de la colombe, un drame tourné à Venise aux cotés de noms aussi prestigieux que Isabelle Huppert, Jean Sorel et Michele placido dont il joue le meilleur ami gondolier, un personnage quasi muet qui ne fait malheureusement que quelques trop brèves apparitions.


Second film du réalisateur, l'histoire raconte les machinations diaboliques d'une femme avide d'argent afin de conquérir et épouser son bel amant qui lui en préfère une autre. Ce sera pour le jeune acteur le dernier véritable bon film qu'il tournera puisque dés lors il sera essentiellement abonné à de petites séries B plus ou moins anodines et autres oeuvrettes d'exploitation. Toujours en 1981 on le voit ainsi dans la peau d'un apôtre moderne dans la comédie biblique Miracoloni de Francesco Massaro avec notamment Ania Pieroni puis il incarne un dangereux proxénète tout de cuir noir habillé dans le piètre Falco e la colomba / Point de mire / Justice city de Fabrizio Lori, un petit polizesco dont il partage la vedette avec


Lara Wendel et Fabio Testi. La très bonne prestation de Danilo sauve une fois de plus ce film plutôt poussif et insipide. Il retrouvera d'ailleurs Lara en 1983 pour la mignonne comédie juvénile de Salvatore Samperi, Vai alla grande. Il y interprète un jeune séducteur qui à la tête de son groupe de joyeux lurons va tenter de séduire Lara, une jeune prostituée en cavale. On retiendra ici les quelques pas de danse qu'effectue Danilo lors d'une belle séquence de bal plutôt endiablée. Si la carrière de Danilo est en chute libre, ce milieu d'années 80 sera néanmoins à marquer d'une pierre blanche. C'est à cette époque en effet qu'il fait la connaissance de Robert De Niro dont il deviendra un ami très proche. Une amitié indéfectible va très vite naitre entre les deux hommes. Danilo se propose tout naturellement


de devenir son agent et représentant en Italie. Les deux hommes ne se quitteront plus et continuent aujourd'hui encore à collaborer. De son coté la carrière de Danilo se poursuit lentement. En 1983 il retrouve Umberto Lenzi pour Ironmaster / La guerre du fer dans lequel il joue Tog, l'un des acolytes de George Eastman. Il y retrouve également son compagnon de Cannibal Ferox, Walter Lucchini qui interprétait Joe, le contrebandier blessé. Danilo avoue qu'il n'était guère enthousiaste à l'idée de jouer dans ce film qu'il refusa dans un premier temps, mécontent d'interpréter un homme sauvage qui passe la plupart du métrage à hurler, le type de rôle à l'opposé de sa véritable personnalité. Après pas mal de tergiversations Lenzi sut le convaincre d'accepter. C'est à la télévision qu'on le voit ensuite. Il est un des protagonistes de deux mini-séries Illa: punto d'osservazione.et I racconti del maresciallo avec Carole André. La carrière de Danilo s'essouffle de plus en plus, coïncidant avec la lente agonie du cinéma de genre. Ses apparitions vont se faire de plus en plus rares.


Si on le crédite parfois au générique de l'insignifiante comédie juvénile très dansante d'Angelo Pannaccio Un età da sballo ainsi qu'au générique de I briganti, une petite comédie en costumes moyenâgeux signée Giacinto Bonacquisti avec notamment Al Cliver et Maria Fiore, il n'y apparait malheureusement pas du tout, une erreur qu'il nous fallait rectifier ici.
En 1986 Danilo retrouvera enfin un vrai rôle, l'ultime véritable rôle de sa carrière en fait. Il s'agit d'un sous Indiana Jones signé de son ami Massimo Pirri l'intéressant Meglio baciare un cobra dans lequel il Incarne l'aventurier impétueux compagnon pour le meilleur et surtout le pire de Andy J. Forest, le héros, et de la future pornostar Milly D'Abraccio. Cette même année Danilo interprète un des huit brigadiers de Il caso Moro / L'affaire Moro de Giuseppe Ferrara aux cotés tout de même de Gian-Maria Volonte, un film qui retrace la fameuse affaire Moro qui défraya la chronique dans les années 80.


En 1987 il tient le court rôle d'un jeune lieutenant qui relève plus de la simple figuration dans le film de Michael Cimino Le sicilien avec Christophe Lambert puis apparait brièvement dans Hotel colonial de Cinzia Th. Torrioni auprès de John Savage et Rachel Ward. Danilo va par la suite disparaitre des écrans pour mieux s'occuper d'autres projets. Il devient notamment responsable de recrutement pour la Clemi Cinematografica, l'ex-Orion, de Gianni Di Clemente. C'est à cette époque que Danilo va traverser une des périodes les plus noires de sa vie. Si la drogue faisait partie de la vie de Danilo depuis déjà quelques temps elle va bien tristement le mettre sous les feux des projecteurs. Et si Danilo fait la une des journaux en Italie ce n'est plus pour son talent d'acteur mais pour une des plus importantes affaires de 
drogue que le pays ait connu en cette fin d'années 80, début d'années 90. C'est à Ibiza où il gérait une boite de nuit parallèlement à un petit club de vacances en Thaïlande que Danilo fait la connaissance de Rino Bonifacio, un des plus puissants chef de la Camorra et du trafic de stupéfiants, un des plus dangereux également. Rino et Danilo deviennent vite amis. Celui qu'on surnomme "Il re" fait de Danilo son bras droit, un de ses associés les plus proches. Le luxe, l'argent, la drogue, les amitiés dangereuses, c'est le début pour l'ex-protégé de Dino Risi d'une longue spirale infernale qui lui feront rapidement toucher le fond. Bonifacio est arrêté en 1991. Danilo tombe avec lui. Accusé d'association de malfaiteur et de trafic de drogue au premier degré Danilo est condamné à 10 ans de prison ferme ramenées à seulement six années en appel suite à ses sérieux problèmes de santé dus à sa consommation de stupéfiants.


A la fin de sa peine courant 1998 Danilo refait surface pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. Il tente un retour au cinéma en acceptant un tout petit rôle, celui d'un joueur de poker, dans Il mio West de Giovanni Veronesi, une sorte de comédie western avec son ami Harvey Keitel et David Bowie. Le temps de quelques petites minutes on retrouve Danilo dont la prestance est toujours aussi forte malgré un visage prématurément vieilli par ses années sombres, le regard toujours aussi vif et séducteur, lors de sa trop courte confrontation avec Harvey Keitel dans le saloon.
Si par la suite Danilo Mattei disparaitra par la suite des écrans il continuera cependant à s'occuper de la carrière de Robert De Niro dont il est resté l'agent et l'ami intime. Il va tirer un trait sur son passé d'acteur et débuter une nouvelle vie. Assagi, toujours aussi lumineux, séduisant et séducteur, il est aujourd'hui agent immobilier et se partage entre les USA où il réside, l'Italie où il revient très souvent et Ibiza. Danilo n'a pas pour autant coupé les ponts avec le show-bizz, le cinéma et la télévision.


Par amitié pour Giovanni Veronesi Danilo est récemment réapparu sur les écrans de cinéma pour le plus grand plaisir de ses nombreux inconditionnels puisqu'on a pu le voir en 2011 dans Manuale d'amore 3 / L'amour a ses raisons avec De Niro, une simple figuration de quelques secondes durant laquelle il est interprète Manlio, l'ami avec qui Daniele Pecci dine au restaurant. Au printemps 2015 il accepte de tourner un court-métrage d'une vingtaine de minutes, Cannibal ferox: Danilo's Mattei's Amazon adventures, dans lequel il raconte à l'occasion de la sortie du triple Blu ray les souvenirs qu'il a gardé du film de Umberto Lenzi. Il y dévoile maintes anecdotes de tournage, parle de ses partenaires, des conditions de travail et l'omniprésence de la cocaïne mais explique également comment le film aussi culte soit il aujourd'hui a fait d'une certaine manière régresser sa carrière. Cette même année avec l'aide de De Niro et du chanteur et ami Bruce Springsteen il produit le film documentaire Il segreto di Otello. Outre ses activités de comédien, producteur et agent immobilier Danilo organise également de nombreux festivals de musique à travers le monde. Il est entre autre responsable du grand concert que donna Zucchero en avril 2012 à Saint Petersbourg.
Bien malheureusement Danilo va de nouveau faire parler de lui en ce début 2016 pour cette 
fois une grave affaire d'escroquerie qui fait resurgir son triste passé mafieux. Il est en effet accusé d'avoir extorqué en 2014 6000$ à la scénariste Stefania Grassi afin de mettre la main sur le scénario d'un film que Robert De Niro aurait du tourner en Italie. Danilo aurait ensuite disparu et commencé les repérages du film en 2015 après quelques interviews données à la presse. C'est alors que Stefania Grassi aurait affirmé reconnaitre de nombreux éléments de son scénario dans un court-métrage intitulé "Ellis" dans lequel apparait De Niro. De là à parler de vol il n'y a qu'un pas. En janvier 2016 la scénariste a porté l'affaire devant les tribunaux et souhaite gagner le procès qu'elle intente à Danilo mais également à De Niro qui de son coté nie tout complot ou vol et n'a que faire des allégations d'une scénariste inconnue en mal de reconnaissance.
Nonobstant ces problèmes juridiques Danilo poursuit allègrement sa carrière d'artiste. Aux nombreuses cordes qu'il possède déjà à son arc il en rajoute une en 2018, celle de réalisateur. Il envisage en effet de mettre en scène son premier film, une sorte de film semi autobiographique où il mettrait en lumière quelques points de sa vie. Ce film qui serait le film de toute une génération devrait s'intituler Destiny.

