Il est un nom, un visage surtout qui restera à jamais associer au monde controversé de Pier Paolo Pasolini. Si on vous dit Franco Merli cela ne vous évoquera peut être rien mais si on fait référence au jeune héros des 1001 nuits du sulfureux réalisateur, cela vous éclairera de suite.
Recruté avec soin par Pasolini pour son coté à la fois innocent, un peu sauvage et campagnard, son corps fin mais musclé et son teint mat alors qu'il était garçon pompiste à Corleone, ce jeune sicilien né en 1957 avait tout juste 16 ans lorsqu'il fut choisi pour interpréter Nuredin, personnage pivot des 1001 nuits, tourné en 1974. C'est à travers sa quête pour retrouver sa jeune esclave Zummurud que chacun des segments du film sont reliés entre eux.
Sa fougue, son insolente jeunesse, ses yeux verts entre enfance et adolescence qui tranchent sur sa peau halée donne au film cette force et cette innocence, indispensables à la transposition de ces contes. N'hésitant pas comme d'accoutumée à déshabiller son héros, Pasolini nous fait découvrir un jeune acteur très à l'aise en toute circonstance, formant un couple idéal avec la belle Ines Pellegrini, la jeune érythréenne qui tenait le rôle de l'esclave Zummurud.
Dés mars 1975, Franco est de nouveau appelé à jouer pour Pasolini dans Salo et les 120 journées de sodome. A 17 ans, l'adolescent est presque un jeune homme et même s'il a perdu ce visage un peu enfantin qu'il arborait dans les 1001 nuits, son jeu est tout aussi bon. Il n'en est que plus méritant au vu de l'extrême dureté de ce film dont la réputation n'est plus à faire. Devant dés l'ouverture du film subir une inspection intime par ses bourreaux, Franco joue Franchino, un des enfants-victimes, vainqueur de l'élection du plus beau cul. C'est ainsi qu'il affiche sa mine boudeuse tout au long du film où il mourra, la langue arrachée. Salo ne fut pas pour Franco une partie de plaisir. Une rumeur concernant son éventuelle homosexualité l'obligea à faire face aux railleries de ses camarades. Toujours sur la défensive, il pouvait parfois devenir violent et se transformer en une véritable boule de nerfs jusqu'à refuser qu'on le touche hormis pour les besoins du film.

On le retrouve ensuite toujours en 75 dans la comédie sexy La collegiale / La collégienne en vadrouille de Gianni Martucci aux cotés de Sofia Dionisio et Femi Benussi. Cheveux et sourcils décolorés en blond du plus mauvais effet, il est Stefano, le jeune neveu de l'héroïne, vilain adolescent maître-chanteur qui ne rêve que d'humilier sa tante incarnée par Sofia Dioniso. Pervers Franco? Surtout étonnant lorsqu'il donne une sévère fessée à sa tante mortifiée avant qu'elle ne se venge plus tard de l'impudent garçon en lui administrant la pareille alors qu'il arbore pour l'occasion un éblouissant slip jaune canari.
En 1976, c'est Ettore Scola qui le choisit pour être l'un des fils de Nino Manfredi dans sa glaciale satire de la société italienne Affreux, sales et méchants. Devenu adulte, Franco reprend içi avec conviction un rôle assez controversé, celui d'un homosexuel travesti qui se prostitue, ce qui ne l'empêche pas de cocufier son frère dés qu'il en a l'aubaine! Si Franco obtient ce rôle c'est aussi grâce au soutien de Pasolini, alors ami de Scola, qui le pistonne.

La suite sera plus dure. A la mort de Pasolini, privé de son mentor, Franco a du mal à trouver une place dans l'univers cinématographique. C'est en 1979 qu'il réapparait sur les écrans pour un court rôle à la limite de la simple figuration dans Il Malato immaginario / Le malade imaginaire de Tonino Cervi aux cotés de Bernard Blier, Laura Antonelli et Marina Vlady.
Franco disparut par la suite des écrans et retourna à sa Sicile natale puisque malgré cette passion pour le cinéma il n'a pas réellement réussi à percer et trouver sa vraie place dans cet univers impitoyable, trop marqué par un genre qui lui avait apporté une petite notoriété et en très net déclin à la fin des années 70. Le jeune acteur n'est plus jamais réapparu, il a alors choisi de vivre dans le plus parfait des anonymats loin de cette image qu'il l'a trop longtemps suivi.
Si le jeune comédien n'a pas pu prouver qu'il était autre chose qu'un acteur sorti des écuries pasoliniennes, belle gueule, beau corps, il restera pour nous non seulement un des jeunes comédiens pasoliniens les plus mignons mais aussi et surtout un comédien méritant dont le talent et le courage ne sont plus à démontrer, vu les films peu évidents dans lesquels il a brillé l'espace de quelques années.